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Alimentation humaine et animale Nanotechnologies : l’Afssa favorable à une AMM préalable

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L’Afssa a rendu le 23 mars un avis sur l’usage des nanotechnologies en alimentation humaine et animale. Elle conseille une autorisation de mise sur le marché préalable à toute commercialisation. Pourtant, des brevets ont été déposés et il semblerait que les nanotechnologies soient déjà utilisées en agriculture et en alimentation, selon le toxicologue Daniel Ribera.

Les applications des nanotechnologies sont déjà multiples : pharmacie, cosmétique, alimentation, habitat …, a expliqué Daniel Ribera, toxicologue, le 26 mars lors du salon Diétécom à Paris. Quelque 300 produits contenaient des nanoparticules en 2008 et 980 en 2010.
L’Afssa reconnaît, dans un avis du 23 mars, que « les connaissances sur la toxicité des nanoparticules manufacturées sont lacunaires » et « invite à la prudence ». Elle écrit qu’il « n’existe pas de méthode permettant de mesurer et de suivre le devenir de nanoparticules manufacturées dans des matrices complexes (environnement, aliments, organisme, etc.) ». Elle « préconise (…) que la présence de ces substances dans l’alimentation fasse l’objet d’une déclaration systématique et d’une demande d’autorisation de mise sur le marché ». Un avis qui reste à transcrire sous forme de loi pour le rendre effectif. En attendant, le marché explose, il est estimé à 1000 milliards de dollars d’ici 2015 contre 55 milliards en 2002. 15% des produits contiendront des nanoparticules en 2015, selon certains experts. En France, 4000 chercheurs travaillent sur le sujet.
En agriculture, des nano-robots sont déjà utilisés pour fabriquer des OGM (ils transportent un brin d’ADN où on veut l’insérer). Les nanoparticules sont encore utilisées pour les activateurs de croissance et les fertilisants. Des nanocapteurs servent à la surveillance des cultures et des animaux d’élevage (diagnostic de maladies, détection de bactéries). Un brevet a été déposé en 2007 pour la détection de mamites bovines.
En agroalimentaire, déjà, un pain contient des nanoparticules qui libèrent lentement dans l’estomac des omégas 3 de poissons. Le chocolat « éternelle jeunesse » (brevet de Mars) conserve un aspect brillant grâce à l’utilisation de nanoparticules de dioxyde de titane. Un ketchup est épaissi avec du dioxyde de silice (SI02) et une vinaigrette blanchie au dioxyde de titane. Unilever a déposé un brevet qui permet d’obtenir des pizzas d’aspect différent selon les températures de cuisson. Pour les boissons, il existe différents usages. Ainsi, du thé avec des nanoparticules de sélénium. Enfin, l’industrie agroalimentaire a mis au point des additifs, auxiliaires, arômes, colorants… utilisant cette technologie. Il existe également des emballages (encapsulation, protection, vectorisation…) utilisant des nanoparticules.

Des effets similaires à l’amiante
Quant aux effets sur la santé, ils ont peu été étudiés. Les études existantes portent essentiellement sur les métaux et oxydes métalliques (titane, silice, argent, cuivre…). Chez l’animal, on enregistre des dommages pulmonaires, des altérations cellulaires, des mécanismes d’inflammation, selon le toxicologue. On observe une similarité de toxicité avec l’amiante. Les nanoparticules franchissent toutes les barrières : une translocation est possible vers le foie et le cerveau, les reins, les testicules, le thymus. Elles passent la barrière placentaire.
« Nous avons besoin de méthodologie d’évaluation des risques. Certains produits anodins à taille normale deviennent dangereux sous forme de nanoparticules, comme le dioxyde de titane utilisé pour blanchir le sucre », poursuit Daniel Ribera.

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