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Interview de Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA « Ne laissons pas échapper la valeur ajoutée du non-alimentaire »

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Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA, qui présente le rapport de la FNSEA lors du congrès les 22 et 23 mars à Metz, insiste sur l’urgence pour la profession agricole d’investir dans le non-alimentaire. L’objectif est de maîtriser les débouchés, plutôt qu’être relégué à la fourniture de matières premières.

Pourquoi la FNSEA a-t-elle choisi les valorisations non alimentaires comme thème de son rapport d’orientation 2006 ?

L’objectif est double : d’une part, il s’agit de faire la démonstration que le non-alimentaire n’est plus du domaine du virtuel. Ce nouveau marché doit permettre une consolidation du revenu des agriculteurs en devenant complémentaire de l’alimentaire. D’autre part, nous voulons poser la question de la maîtrise de ces filières : sommes-nous condamnés à être de simples producteurs de matières premières ou sommes-nous capables d’investir suffisamment pour maîtriser ces débouchés ? L’enjeu est primordial.

Dans quelles conditions la valeur ajoutée des biocarburants et des bio-produits peut-elle revenir aux agriculteurs ?

Les filières doivent être très organisées et doivent investir massivement dans l’aval et dans la recherche. De plus, nous devons développer des partenariats avec des industriels afin d’assurer un transfert de technologies. Je crains que le jour où les marchés explosent, on nous relègue à la fourniture de matière première car nous n’aurons pas investi assez tôt dans l’outil et le process industriel. On aura manqué le coche. Je fais la comparaison avec la distribution alimentaire. L’agriculture ne s’y est absolument pas impliquée dans les décennies précédentes, et aujourd’hui les acteurs de la grande distribution sont devenus nos donneurs d’ordre. Attention de ne pas se retrouver dans la même situation sur le marché des biocarburants et des bioproduits.

Donc, la seule solution est d’investir dès aujourd’hui ?

Exactement. Tant que l’on est sur quelques pourcents de part de marché de l’énergie, pas grand monde ne s’y intéresse. Mais soyez sûre que dans les dix années à venir, ça va générer des convoitises. Ne nous réveillons pas trop tard. Mais avons-nous la volonté de le faire ? C’est une vraie question. La démarche est la même pour les bioproduits : faisons en sorte de garder la longueur d’avance que nous possédons, par exemple avec le pôle de compétitivité agro-ressources en Champagne-Ardenne, et de maîtriser les process.

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Les syndicats agricoles au niveau européen se mobilisent-ils suffisamment sur le non alimentaire ?

Notre tâche a été grandement facilitée par la Commission européenne elle-même qui a ouvert la voie avec des directives européennes courageuses. Il faut le dire. Mais il y a une vraie mobilisation sur ce sujet au sein du Copa-Cogeca, avec la France et l’Allemagne en tête. Au niveau européen, nous formulons deux demandes. D’une part, une revalorisation de l’aide aux cultures énergétiques (ACE – actuellement de 45 euros/ha) et un déplafonnement de cette aide en termes de surface car la limite de 1,5 million d’hectares va être vite atteinte dans les années à venir (600 000 à 700 000 ha en 2006). D’autre part, nous demandons que l’UE prenne une initiative à l’OMC pour qu’elle puisse instaurer un contingentement d’importation des biocarburants vis-à-vis des pays tiers.

Sur quel principe ?

Nous proposons que l’UE impose un seuil d’importation calé sur un taux de consommation de biocarburant au sein de l’UE, comme l’ont fait les Etats-Unis (où le taux est de 7 %). Nous ne sommes pas opposés à des importations, mais il faut les maîtriser, notamment pendant la phase d’investissement dans les outils industriels. C’est dans ces conditions que l’incorporation peut devenir obligatoire. Sinon, nous risquons de voir des sociétés s’approvisionner directement sur le marché mondial plutôt qu’au sein de l’Union européenne.