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Eric Terré, président du directoire de Savena-Sfinc « Ne pas transférer notre savoir-faire trop vite »

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Savena-Sfinc fait partie des success-story du secteur des ingrédients. Eric Terré, qui a créé Savena (qui a fusionné avec Sfinc en début d’année), sait que la croissance viendra de l’international. Pour lui, un renchérissement des produits alimentaires est inévitable si les consommateurs européens veulent consommer de plus en plus de produits naturels. Une tendance en contradiction avec la détérioration du pouvoir d’achat.

Quels sont les leviers de développement de Savena-Sfinc ?
Notre principal levier de développement, c’est l’international, en nous focalisant sur des zones à croissance relativement forte. Nous n’avons pas encore complètement arrêté notre plan d’action, mais il va sans doute s’agir de l’Asie du Sud Est et de la Chine, de l’Europe de l’Est et de la zone Turquie / Moyen Orient. En Europe occidentale, nous allons essayer de renforcer nos positions. La croissance y est plus faible et les parts de marché y sont plus difficiles à conquérir.
 
Allez-vous vous implanter industriellement en Asie et en Europe de l’Est ?
Nous aurons peut être de petites implantations, mais nous ne voulons pas transférer notre savoir-faire trop rapidement. Elles serviront plutôt à améliorer la supply chain et la gestion des questions réglementaires.
 
Vous n’irez pas en Amérique du Sud ?
Le marché y est déjà plus mature qu’en Asie et nous préférons choisir quelques zones et bien les travailler.
 
Quels sont les freins au développement de l’activité ?
La crise économique est un vrai frein, et elle va affecter la « vieille Europe » pendant encore quelques années. Or, elle représente 80 % de nos ventes. Nous y connaîtrons le taux de croissance moyen de l’alimentaire, qui ne sera pas extraordinaire. En Asie, par exemple, la croissance, même si elle ralentit, est très importante.
Un autre frein durable, c’est la hausse des matières premières. On a d’abord considéré qu’il s’agissait d’à-coups, mais nous sommes sur une véritable tendance haussière. Les grands sauts de productivité ont déjà été faits et il n’y a pas forcément d’acceptation des consommateurs sur des techniques comme les OGM ou la chimie pour améliorer la productivité. Si on y ajoute les perturbations climatiques et la spéculation, la situation est vraiment très compliquée. Le comportement des consommateurs diffère selon les zones, mais j’ai peur que le consommateur doive faire face à des moments difficiles en Europe de l’Ouest. Ce qui est difficile, c’est l’effet ciseau entre les attentes consommateurs de produits naturels et la dégradation de leur pouvoir d’achat. En outre, la hausse des matières premières impacte la rentabilité de nos entreprises.
 
Quelle appréciation portez-vous sur l’action des pouvoirs publics ?
Nous avons besoin d’un environnement réglementaire et fiscal stable. Le gouvernement devrait nous donner beaucoup plus de visibilité sur les grandes décisions à venir. Nous sommes dans une phase de grande incertitude et certains projets n’aboutissent pas à cause de cela. Les gouvernements repoussent les décisions difficiles d’un mandat sur l’autre, alors que d’autres pays les ont prises. D’une manière générale, les textes réglementaires sont très compliqués à comprendre. Il n’est pas normal de toujours devoir recourir à un expert ou un conseil. On ne facilite pas l’activité économique en Europe. Quant à la France, si quelqu’un triche, au lieu de le punir, on change le texte. Il faudrait remettre à plat toutes les accumulations législatives.

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