L’UE et le Mercosur se sont lancés à Bruxelles dans une nouvelle série de marchandages pour tenter de progresser sur la voie d’un accord de libre-échange. Les négociateurs européens ont amélioré leur offre d’accès au marché pour les produits agricoles sensibles, dont la viande bovine notamment, afin d’obtenir du bloc sud-américain des concessions suffisantes dans divers domaines. Ils attendaient sa réponse.
Les négociateurs en chef de l’UE et du Mercosur devaient se retrouver le 2 février à Bruxelles et donner le coup d’envoi d’une nouvelle session de pourparlers de libre-échange, l’objectif étant de dégager un compromis d’ici le début de la campagne électorale brésilienne, en mars. En préambule, les ministres des affaires étrangères brésilien, argentin, paraguayen et uruguayen se sont entretenus le 29 janvier au soir et le lendemain dans la capitale belge avec les commissaires européens au commerce Cecilia Malmström et à l’agriculture. Phil Hogan qui leur ont proposé de nouvelles concessions pour les produits agricoles sensibles dans le but d’obtenir des améliorations de leur offre. « Les choses ont avancé et nous attendons maintenant que le Mercosur revienne et donne son avis sur la façon dont nous pourrions finaliser les négociations », a expliqué le 31 janvier devant la presse le vice-président de la Commission chargé du pôle économique, Jyrki Katainen.
L’UE cherche à obtenir du bloc sud-américain plus de concessions pour l’accès à leur marché de ses produits industriels (les voitures et pièces détachées pour automobiles notamment) mais aussi agricoles (produits laitiers surtout), pour la protection de ses indications géographiques (350 sont en discussion), pour les règles d’origine ainsi que dans le domaine des services (maritimes en particulier) et celui des marchés publics.
Bœuf : « inadmissible », compte tenu de plus du Brexit
Les commissaires européens ont proposé le 29 janvier à leurs interlocuteurs sud-américains une amélioration de l’offre d’accès au marché de l’UE de décembre dernier (1) pour la viande bovine, la volaille, le maïs doux, le sucre (120 000 tonnes) et éventuellement le riz (plus les jus de fruits), mais pas à ce stade pour l’éthanol (contingent tarifaire annuel d’importation maintenu à 600 000 t).
Pour le bœuf, le contingent proposé passe de 70 000 à 99 000 tonnes (avec le droit de douane déjà prévu de 7,5 %), toujours réparties à parts égales entre viandes fraîches (Hilton beef et viande d’animaux nourris à l’herbe) et viandes congelées pour la transformation (traitées pour la restauration collective et destinées à l’industrie).
L’augmentation de ce contingent est jugée « inadmissible » par les organisations agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), qui rappellent que « plus de 75 % de nos importations de bœuf, c’est-à-dire 246 000 t, proviennent déjà de ces pays » et que « 52 % de la viande bovine irlandaise » est destinée au marché du Royaume-Uni qui est en passe de quitter l’Union.
De plus, ajoute le Copa-Cogeca, « les propres rapports de la Commission montrent également que ces pays n’ont pas été capables de respecter les règles sanitaires de l’UE ».
… mais le Mercosur veut plus
La réaction des professionnels français du secteur bovin a été particulièrement virulente. Ils ont dénoncé le « revirement » du président Emmanuel Macron qui avait discuté du dossier du Mercosur le 26 janvier à Paris avec son homologue argentin Mauricio Macri et le lendemain avec le chef de l’exécutif européen Jean-Claude Juncker.
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Mais les négociateurs du Mercosur chercheraient à obtenir encore plus, jusqu’à 150 000 t de bœuf, établissant un lien entre ce dossier et la réponse qu’ils pourraient apporter aux demandes de l’UE concernant notamment l’accès au marché sud-américain pour les produits laitiers et les fruits et légumes.
Les États membres partagés
Lors de la session du 29 janvier des ministres de l’agriculture des Vingt-huit, alors qu’allait se tenir la rencontre entre les commissaires européens et leurs interlocuteurs sud-américains, une dizaine d’États membres – Irlande, France, Autriche, Italie, Grèce, Slovaquie, Slovénie, Pologne, Hongrie, Belgique – avaient réaffirmé leur opposition à toute nouvelle concession pour les produits sensibles.
À l’inverse, d’autres – Espagne, Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Suède… – avaient estimé que le moment était venu de conclure les pourparlers avec le Mercosur.
Le 30 janvier, le premier ministre belge Charles Michel avait jugé que le volet agricole de l’accord de libre-échange envisagé avec ces pays « n’est pas acceptable dans son état actuel ». Il a écrit à Jean-Claude Juncker pour lui faire part de ses préoccupations, et demandé que la question soit évoquée lors de la prochaine réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’UE prévue le 23 février.
(1) Voir n° 3622 du 11/12/17
Mercosur : pour la filière bovine, Emmanuel Macron « sacrifie l’élevage bovin viande français »
À l’issue des vœux d’Emmanuel Macron à l’agriculture durant lesquels ce dernier a confirmé qu’un accord sera signé avec le Mercosur et que des volumes seraient concédés sur la viande bovine, la Fédération nationale bovine (FNB) a estimé, dans un communiqué du 25 janvier, que le président « sacrifie l’élevage bovin viande français ». Le lendemain, Interbev et les syndicats minoritaires ont exprimé eux aussi leur désaccord avec cette position du gouvernement. La Coordination rurale parle de « trahison » et Interbev « s’indigne » de ce discours du gouvernement. De son côté, la Confédération paysanne a revendiqué, le même jour, non seulement l’arrêt des négociations entre l’Europe et le Mercosur, mais aussi une vraie politique « publique efficace et cohérente » pour la filière bovine française : interdiction de vendre au-dessous des coûts de production, gestion des volumes, développement de l’engraissement à l’herbe etc. La FNSEA et les Jeunes agriculteurs se sont positionnés le 31 janvier, dénonçant un gouvernement prêt à « lâcher l’agriculture ». Pour les deux syndicats, les ouvertures de marchés export vers la Turquie, la Chine ou le Japon, mis en avant par Emmanuel Macron, ne sont pas des « lots de consolation » suffisants.