Fournisseurs et distributeurs se retrouvent comme chaque année pour les négociations commerciales 2016. Si des signes de bonne volonté sont certes perceptibles de part et d'autre, personne ne semble pour autant décidé à tout remettre à plat pour repartir sur d'autres bases que celles induites par la guerre des prix, ce qui dément les « éléments de langage » repris en chœur.
À l'heure du démarrage des négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et ses fournisseurs, chacun y va de sa petite réflexion pour tenter d'apaiser les choses. Le constat est identique pour tous : la guerre des prix est destructrice de valeur et donc fragilise l'ensemble de la filière. « Aujourd'hui, nous souhaitons être volontaristes pour sortir de la spirale de destruction de valeur dans laquelle nous avons été entraînés malgré nous », a souligné Vincent Mignot, directeur France d'Auchan lors du colloque LSA sur les négociations commerciales organisées le 7 octobre.
La guerre des prix « ne crée aucun pouvoir d'achat. (...) Elle fragilise l'emploi et se termine sur des ruines (...). Il faut savoir où s'arrêter et, surtout, quand s'arrêter », a renchéri le patron de Carrefour, Georges Plassat, dans Le Figaro du 10 octobre. Même Michel-Edouard Leclerc, chantre des prix bas, est sur la même longueur d'onde. « La priorité dans ces négociations sera de préserver les hommes et la qualité de la relation. Il n'y aura pas un mot de travers, du moins je l'espère », a-t-il déclaré. Des déclarations qui interviennent après les annonces de « rapprochements » dernièrement entre Auchan et les adhérants de la Feef et de Coop de France et la FCD, pour travailler ensemble à de nouvelles relations.
Autant de signes de bonne volonté, sachant que chacun reste néanmoins sur le qui-vive. Ainsi Jean-Philippe Girard, qui estime que l'Ania doit « rester un partenaire constructif et exigeant », n'a pas l'intention de signer « un chèque en blanc à la grande distribution ». En revanche, a poursuivi le patron de l'Ania, « si les négociations 2016 se terminent bien, alors je m'engage à formaliser un partenariat ambitieux avec nos grands clients. Il me semble aujourd'hui prématuré d'annoncer un tel engagement ».
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LE GOUVERNEMENT VEILLE AU GRAIN
Des négociations commerciales que le gouvernement surveille de près cette année. Dans son intervention au colloque de LSA, tout en appelant « à l'apaisement des relations » et à « la responsabilité de tous les acteurs impliqués », Emmanuel Macron a également mis en garde contre d'éventuelles dérives, indiquant qu'il « serait extrêmement vigilant » et « userait personnellement de son pouvoir d'assignation ». Il a également annoncé la mise en place d'une mission indépendante chargée d'évaluer les conditions de la négociation commerciale entre distributeurs et fournisseurs.
Si les propos d'Emmanuel Macron ont été globalement bien accueillis par les différentes parties prenantes, Michel-Edouard Leclerc n'a cependant pas caché son mécontentement de voir le gouvernement s'immiscer dans le processus. La présence d'un tiers va selon lui « pourrir la négociation ». Un tiers qui, l'Etat en convient lui-même, ne peut pas tout, dans aucun secteur. « Il n'y a pas de réussite qui serait celle de l'un contre l'autre », a d'ailleurs conclu le ministre lors de son allocution. A chacun donc d'y mettre du sien pour que tout se passe au mieux.