La Commission européenne compte toujours conclure les négociations de libre-échange avec le Mercosur en décembre, en marge de la conférence ministérielle de l’OMC. Elle va présenter une « offre finale » d’accès au marché, affirmant être « attentive aux sensibilités agricoles ». Pour le bœuf, un contingent tarifaire d’importation dans l’UE de 100 000 tonnes serait néanmoins envisagé, alors que les professionnels du secteur estiment qu’un accord est « inimaginable » sans des garanties sur la situation sanitaire de la viande au Brésil.
La prochaine série de pourparlers de libre-échange entre l’UE et le Mercosur aura lieu du 29 novembre au 5 décembre à Bruxelles, après celle qui s’est tenue du 6 au 10 novembre à Brasilia. L’objectif affiché étant de boucler un accord en marge de la conférence ministérielle de l’OMC qui s’ouvrira le 10 décembre à Buenos Aires (1). « Nous nous sommes engagés à finaliser le processus pour la fin de l’année. C’est possible […] Nous sommes attentifs aux sensibilités agricoles, mais nous ne devons pas perdre de vue le tableau d’ensemble. Il va falloir que nous présentions une offre finale […] Nous allons faire très prochainement une proposition pour que les ministres puissent se pencher sur la question. Il y aura un échange d’offres révisées de part et d’autre », a annoncé le 10 novembre la commissaire européenne Cecilia Malmström, à l’occasion d’une réunion des ministres du commerce des Vingt-huit.
La nouvelle proposition de Bruxelles pourrait prévoir un contingent tarifaire d’importation de 100 000 tonnes pour la viande bovine (voir encadré), ainsi que l’ouverture d’un contingent pour le sucre en plus de celui-ci déjà envisagé pour l’éthanol.
L’Europe « réellement décidée à trouver un accord », selon le président argentin
Les négociations commerciales entre l’UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) étaient à l’ordre du jour de visites effectuées les 9 et 10 novembre par Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne, à Buenos Aires et Brasilia, où il s’est notamment entretenu avec les présidents argentin Mauricio Macri et brésilien Michel Temer et les ministres des affaires étrangères des quatre pays. Il a assuré à cette occasion qu’un accord était à portée de main.
« Je sens que l’UE est réellement décidée à trouver un accord », avait déclaré le 8 novembre Mauricio Macri, estimant que celui-ci pourrait être signé lors de la conférence ministérielle de l’OMC. Les Européens « savent qu’ils ont besoin de quelques bonnes nouvelles après le Brexit » (2), avait ajouté le président argentin.
« La France serait l’un des plus grands bénéficiaires »
Lors de l’échange des offres révisées en matière d’accès au marché, en octobre, l’UE a mis dans la balance l’ouverture de quotas tarifaires d’importation de 70 000 tonnes pour le bœuf et de 600 000 t d’éthanol. Ceux-ci sont jugés insuffisants par le Mercosur, car nettement inférieurs à ceux proposés au début des négociations, en 2004, (100 000 t de viande bovine, 1 million t d’éthanol).
La partie européenne n’est pas satisfaite non plus par l’offre des pays sud-américains, notamment pour l’accès aux marchés publics.
« Selon nos calculs et nos chiffres, la France serait l’un des plus grands bénéficiaires » d’un accord commercial entre l’UE et le Mercosur, a estimé le 13 novembre Jyrki Katainen. « Cela donnerait des opportunités à l’industrie française et aussi à son secteur agricole », a plaidé le vice-président de la Commission devant des journalistes à Bruxelles.
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« Nous comprenons parfaitement cette question de bœuf et d’éthanol et nous devons trouver une solution », a-t-il expliqué, soulignant qu’il était « trop tôt » pour définir des mesures précises pour dédommager les secteurs potentiellement affectés par l’accord de libre-échange.
« Tout le monde dit que le timing est très important car l’an prochain, le Brésil, par exemple, sera occupé par ses élections et ce sera difficile de continuer les négociations », a relevé Jyrki Katainen.
(1) et (2) Voir même numéro
Les organisations agricoles de l’UE posent le préalable sanitaire
« Alors que l’UE se prépare à accroître son offre au Mercosur », les organisations et coopératives agricoles des Vingt-huit (Copa-Cogeca) « mettent en garde » contre les risques que représentent pour la « santé publique » les importations de bœuf en provenance du bloc sud-américain, plus précisément du Brésil après le scandale qu’a connu ce pays en mars dernier. La Commission européenne doit envoyer une mission d’inspection vétérinaire au Brésil en janvier 2018.
« Je ne peux imaginer un accord avec le Mercosur avant cette mission », a déclaré le 16 novembre à Agra le président du groupe de travail viande bovine du Copa-Cogeca, Jean-Pierre Fleury. Une mission qui devra, a-t-il ajouté, être encadrée et soutenue par une « commission d’enquête » du Parlement européen. Selon lui, le fait que les recommandations de ces audits soient très peu prises en considération tant par les pays tiers concernés que par l’UE elle-même est « symptomatique des dérives de tous les accords internationaux ».
Mercosur : la FNB s’appuie sur les engagements d’Emmanuel Macron
Face à l’avancée des négociations de l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’UE, la Fédération nationale bovine (FNB) a rappelé, dans un communiqué du 14 novembre, les engagements du président de la République. « Emmanuel Macron s’est clairement exprimé à Rungis, le 11 octobre dernier, en faveur d’une "mise en pause" de ces négociations et d’une révision du mandat octroyé par les États membres à la Commission, il y a près de 20 ans », a souligné le syndicat. Et d’interpeller le président : « Vous avez l’avenir de l’élevage bovin français entre vos mains. Ne laissez pas la Commission européenne sacrifier ainsi nos exploitations et notre modèle de production. Répondez, clairement, aux enjeux des États généraux de l’alimentation, en exigeant l’exclusion de la viande bovine de ces négociations. »