Le géant suisse de l’industrie alimentaire a annoncé un bénéfice de 5,1 milliards d’euros, en hausse de près de 21 %, sur l’exercice 2005. Peter Brabek-Lethmathe, qui remettra son mandat de directeur général en 2008, s’est toutefois montré très prudent sur ses perspectives 2006.
Le groupe Nestlé a réalisé un bénéfice record de 5,1 milliards d’euros l’an dernier, en hausse de 20,7 %. Toutefois, avec un résultat opérationnel de 7,5 milliards d’euros (+8,9 %) pour un chiffre d’affaires de 58,7 Mds, en hausse de 7,5 %, le groupe a déçu les investisseurs qui s’attendaient à mieux en termes de marges. Le résultat opérationnel s’établit pourtant à 12,9 % du chiffre d’affaires, contre 10,3 % en 1997, au début du mandat de Peter Brabeck-Letmathe, le p.-d.g. du groupe. Et ce, en dépit de coûts plus élevés de matières premières et d’emballages.
Le groupe se félicite d’avoir connu une croissance organique supérieure à celle du marché dans l’alimentation et les boissons (+6 %) de même que pour ses produits pharmaceutiques (+10,2 %)
Pour 2006, Peter Brabeck, qui exclut toute acquisition majeure, table sur une amélioration de sa marge opérationnelle à taux de change constant et sur une croissance organique comprise entre 5 et 6 %, soit un peu moins qu’en 2005 (+6,2 %, dont +2 % de hausse de prix).
Le dirigeant, qui cumule les fonctions de directeur général et de président du conseil d’administration depuis avril dernier, a confirmé qu’il remettrait le premier de ces deux mandats au plus tard en 2008, mais sans indiquer qui pourrait prendre sa suite.
L’Amérique passe avant l’Europe
Principale inflexion de l’exercice écoulé, les ventes du groupe suisse ont été plus importantes sur le continent américain qu’en Europe.
Le climat de consommation en Europe, où Nestlé a réalisé 2 % de croissance organique avec des ventes de 17,8 milliards d’euros, est resté morose. La croissance organique de plus de 1,5 % en France et de plus de 3 % en Grande-Bretagne résulte, selon le groupe, de gains de parts de marché dans le café soluble et les surgelés, de même que dans les produits pour animaux de compagnie (dont la croissance organique a atteint 5%). Nestlé a continué à profiter de la croissance des hard discounters, circuit avec lequel il a vendu pour 1 milliard de francs suisses (+20 %). Il rappelle par ailleurs qu’il a mis en place des services communs à ses opérations européennes et pris une nouvelle orientation stratégique en produits laitiers frais en créant fin 2005 une co-entreprise avec Lactalis. Et estime que la rentabilité en Europe a été affectée par le coût des matières premières et des emballages, par un environnement commercial et concurrentiel difficile, et par des difficultés dans la confiserie en Grande Bretagne.
Dans la zone Amériques, la forte demande de la consommation a permis à Nestlé de croître de 7,8 % (en organique), portant son chiffre d’affaires à 18,9 milliards d’euros, avec de bonnes performances dans tous les marchés-clés. La croissance organique en Amérique du nord a été de 7 %, au Mexique de 10,1 % et au Brésil de 5,4 %. En Amérique du nord, le groupe a gagné des parts de marché dans les surgelés, l’eau et les glaces. Dairy Partners Americas (DPA), la joint-venture avec Fonterra, a crû de 20,7 %. DPA comprend actuellement 8 joint-ventures dans 5 pays avec 7 usines, et achète 2,7 milliards de lait frais.
La croissance organique dans la zone Asie, Océanie et Afrique (+6,6%) résulte de tendances plus fortes sur certains marchés émergents : +13,9 % en Asie du sud, +13 % au Moyen-Orient et +9,1 % en Afrique. Le marché chinois a atteint une croissance de 15 % dans le seul secteur alimentation et boisson, à l’exclusion de la nutrition infantile, activité qui se remet plus lentement. Le Japon a continué à souffrir de déflation, mais a cependant connu une croissance interne réelle positive grâce notamment au lancement de plusieurs nouveaux produits de café soluble et une forte performance dans la confiserie. La marge EBITA de la zone a été affectée par l’échange de produits en Chine et des coûts plus élevés des matières premières et des emballages. Des prix du lait plus élevés ont également eu un impact sur les affaires laitières importantes de Nestlé en Asie, alors qu’au Japon la déflation a coïncidé avec une hausse de prix du café vert.
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De l’eau au pet food : des gains de parts de marché
Dans sa revue des différentes activités du groupe, Nestlé se dit toujours bien placé pour profiter de la croissance du marché mondial de l’eau embouteillée, celle-ci étant d’autant plus rapide que les consommateurs ont tendance à délaisser les boissons gazeuses sucrées, Nestlé Waters a progressé de 8,6 % en 2005, et davantage encore en Amérique du nord (+16,5 % en croissance organique) et dans les marchés émergents, mais est resté stable en Europe où la consommation per capita est déjà élevée. En ce qui concerne les marques, Nestlé Pure Life dépasse déjà à elle seule les 700 millions de francs suisses de ventes mondiales. La pression sur les prix reste sensible aux États-Unis et en Europe, ainsi que la hausse du prix du PET. Bien que ces coûts aient été compensés à plus de 90%, les marges ont fléchi.
Les autres activités ont une fois de plus enregistré une forte croissance (+11,6%), en particulier Alcon (+10,6%), les joint-ventures et Nespresso, qui a vu sa croissance organique augmenter de 36,2%. La marge EBITA a également augmenté grâce aux bonnes performances d’Alcon, de Cereal Partners Worldwide et de Nespresso.
La croissance organique des boissons a atteint 8,2 %. Nescafé a bénéficié de son re-lancement en 2004, et en particulier du dynamisme des mélanges, qui ont crû de plus de 30 % dans des marchés aussi divers que la Grande Bretagne, la Turquie et l’Australie. Nesquik, avec des ajouts de bénéfices nutritionnels, a gagné des parts de marché en Europe, et sa version allégée a fait un bond États-Unis (en distributeurs dans les écoles).
Innover aussi pour les pays émergents
Les produits laitiers, la nutrition et les glaces ont connu une croissance organique de 6,7%. Plusieurs lancements de produits laitiers entrée de gamme avec des bénéfices nutritionnels, comme Nestlé Ideal au Brésil, ont contribué à la croissance du segment lait longue conservation dans les marchés émergents, de même que CoffeeMate aux États-Unis. Les produits avec des bénéfices nutritionnels de marque ont crû de plus de 25 % à 2,9 milliards de francs suisses. Dans les glaces, Nestlé a gagné des parts de marché dans différentes régions du monde, particulièrement en Amérique du nord avec Dreyer’s Slow Churned et le lancement de Häagen-Dazs Light et Dibs. Les ventes et les bénéfices de Cereal Partners Worldwide, la joint-venture avec General Mills portant sur les céréales pour petit déjeuner, ont été bons en 2005 et ont pour la première fois franchi la barre des 2 milliards de francs suisses.
La croissance organique des plats préparés et des produits pour cuisiner a atteint 4,4 %. Maggi a réussi dans les pays émergents avec des produits innovants dans les nouilles en Inde et une meilleure distribution en Afrique. Les produits surgelés, une des plus grandes affaires de Nestlé aux États-Unis, ont obtenu de bons résultats en partie grâce au lancement de Stouffer’s Corner Bistro (produit haut de gamme s’inspirant de repas au restaurant), et de Stouffer’s Lean Cuisine Spa Cuisine au blé complet. En Europe, l’introduction progressive des Hot Pockets, des petits plats surgelés à réchauffer au four micro-onde, s’accélère en France, en Allemagne, en Espagne et en Grande-Bretagne.
En chocolat, confiserie et biscuits Nestlé a progressé de 2,6%. A côté de difficultés dans des marchés importants (Grande-Bretagne, Russie), les résultats ont été bons ailleurs. Le chocolat a eu du succès au Japon, au Canada, en Australie et dans certains pays émergents. Même en Grande Bretagne, Aero a été la grande marque avec la plus forte croissance du marché, atteignant plus de 30 %. La confiserie, en particulier la marque Wonka, a obtenu de bons résultats aux États-Unis, le plus grand marché, alors que les biscuits ont eu du succès en Amérique latine, la région-clé pour ces produits.
Les produits pour animaux de compagnie ont connu une croissance organique de 5,2%, avec des gains de parts de marché dans la plupart des catégories et marchés-clés. Aux États-Unis, notamment, la performance solide des marques Bakers, Pro Plan et ONE, combinée avec la croissance des confections mono-portions, sera bénéfique pour la profitabilité à long terme.