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Passions céréales Neuf intellectuels balisent les pistes d’une agriculture « au centre de la société »

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Neuf intellectuels de disciplines différentes (géographes, agronomes, philosophes, sociologues, politologues…) ont apporté leur contribution à la réflexion que le monde agricole veut conduire sur sa place dans la société. Une initiative conduite par Passion Céréales et France Betteraves et dont le résultat, un ouvrage de 100 pages, a été présenté le 16 septembre à Paris.

L’agriculture doit prendre conscience de sa force et de sa reconnaissance nouvelle mais elle doit, en même temps, clarifier ses relations avec la société. Tel est l’enseignement principal d’une consultation de neuf intellectuels de haut vol réalisée par Passion Céréales avec l’aide de France Betteraves, deux organismes de promotion des grandes cultures. Le 16 septembre, Jean-François Gleizes, président de Passion Céréales, en présentait le résultat, un ouvrage d’une centaine de pages comprenant les contributions de neuf personnalités. « Le monde agricole doit prendre conscience de sa force, de sa centralité nouvelle » explique Dominique Moïsi, politologue. Toutefois, le philosophe François Ewald constate un divorce entre le monde agricole et la société (perte de confiance dans les produits, modèle économique en question, monde syndical divisé…) qui est elle-même empreinte d’un « néo-roussauisme » où « nous ne voyons le progrès que sous le signe du mal ». L’agriculture, selon lui, doit se préoccuper de retrouver « la confiance que les Français sont naturellement disposés à lui porter ». À condition, estime-t-il, qu’elle affiche clairement sa modernité, qu’elle réfléchisse à ses formes d’organisation et s’inspire de ce « que l’industrie a voulu faire en construisant la notion d’entreprise socialement responsable ».

Demandes complexes

Un programme plus compliqué qu’il n’y paraît, tant les demandes de la société sont complexes et contradictoires : il faut nourrir une population en croissance tout en respectant mieux l’environnement ; il faut coûter moins cher au contribuable, tout en assurant des services supplémentaires, il faut une agriculture moderne tout en respectant les traditions (AOC) ou excluant certaines innovations (OGM), etc. Le monde agricole interroge la société qui, elle, interroge l’agriculture. « Il va falloir que les agriculteurs surmontent les contradictions qui existent dans la demande », prévient Jean-Paul Jamet, agronome et longtemps responsable d’organismes agricoles. Michel Griffon est peut-être celui qui répond le mieux à ces interrogations, avec son principe d’agriculture « écologiquement intensive », utilisant au maximum les ressources de l’environnement sans exclure les technologies les plus modernes.

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C’est peut-être de cette manière que, selon le sociologue Jean Viard, « les questions agricoles peuvent devenir une solution ». Mais il regrette que, après Méline et Pisani, « il nous manque un grand politique pour conduire le changement ». Ce changement ne doit en tout cas pas conduire à l’uniformité, prévient le géographe Jean-Robert Pitte. Pour lui, le problème de l’alimentation humaine n’est pas tant celui de la quantité – la planète a les ressources nécessaires – que celui de la qualité et de la diversité culturelle des aliments. « Il faut éduquer le consommateur pour qu’il mange culturellement et non pas machinalement », dit-il.