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En direct de Bruxelles Ni vainqueur, ni vaincu

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Aucun négociateur – ministre ou député européen – ne peut crier victoire ou déplorer un échec après la conclusion de l’accord politique sur la réforme de la Pac. Chacun a pu obtenir ou refuser tel ou tel aménagement, chacun a dû renoncer à telle ou telle exigence. Le commissaire européen Dacian Ciolos, à la fois force de proposition et arbitre, peut s’enorgueillir d’avoir instauré le verdissement des paiements directs et promu une répartition plus équitable de ces soutiens. Il lui a fallu cependant rabattre ses prétentions en la matière. Il lui a fallu aussi admettre une série de mesures à la carte, qui ne sont pas encore les prémices d’une renationalisation, mais confirment la difficulté de gérer une Union pléthorique de 28 membres aujourd’hui. Le Parlement européen a su jouer avec sérieux son rôle de co-législateur sur des dossiers complexes et sensibles. Même si les dispositions budgétaires imposées dès février par les chefs d’État et de gouvernement européen lui ont en partie coupé l’herbe sous le pied. La présidence irlandaise du Conseil de l’UE a subtilement manœuvré et beaucoup transpiré dans un contexte institutionnel complexe et nouveau. Les « nouveaux États membres » ont obtenu quelques assurances quant au maintien de leur système particulier de paiement à la surface, à défaut de pouvoir avoir la prétention d’être véritablement les égaux des « anciens ». Ces derniers ont joué leur partition classique. La France a ainsi largement sauvegardé les paiements couplés, mais ses inquiétudes pour l’après-quotas laitiers n’ont pas été aplanies. L’Allemagne, très remontée, a clairement manifesté ses réserves à l’égard de la gestion des marchés « à la française », refusant en échange une véritable dégressivité des aides ou l’octroi aux parlementaires de tel ou tel pouvoir non prévu explicitement par le traité européen. Le couple franco-allemand, ou ce qu’il en reste, ne sort certainement pas ragaillardi de l’exercice. Quant aux agriculteurs, le verdict tombera réellement lors de la mise en place de la réforme au niveau national. Et, s’ils doivent être perdants, ce sera, pour beaucoup, à cause du budget extrêmement restrictif que les États membres ont convenu, au sommet, de leur réserver.

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