Lors de son audition par la commission économique du Sénat, le ministre de la Transition écologique a beaucoup parlé d’agriculture. On a senti un homme qui a une vision politique. Il dit avoir conscience des difficultés économiques qui se cachent derrière la transition écologique, c’est pourquoi il veut avancer « de manière apaisée ».
Lors de son audition le 18 juillet par la commission économique du Sénat, Nicolas Hulot a insisté sur l'urgence de la transition écologique et préciser les trois conditions de réussite de celle-ci : « La prévisibilité pour planifier la mutation, l'irréversibilité et la cohérence ». « Il faut co-construire de manière apaisée en se fixant un horizon, et ne pas faire les choses dans la brutalité », a-t-il insisté.
Concernant les Etats généraux de l'alimentation, le ministre de la Transition écologique « compte sur l'intelligence collective » pour qu'ils permettent « aux agriculteurs d'acquérir une sécurité économique, psychologique et environnementale » considérant que « l'agriculture n'est pas simplement un problème mais une solution dans la lutte contre les changements climatiques ». « Il y a de la place pour une diversité agricole. Ce n'est pas qu'une question de davantage d'argent, mais de meilleure répartition de l'argent de la fourche à la fourchette », a-t-il déclaré. Il considère par ailleurs que les Etats généraux et la réflexion sur la Pac sont liés. « Il faut conditionner davantage l’agriculture aux questions environnementales », a-t-il précisé. Répondant à la sénatrice Sophie Primas, qui lui demandait d’utiliser sa popularité pour arrêter de stigmatiser les agriculteurs, le ministre d’Etat a répondu que « si on stigmatise d’emblée les agriculteurs, les Etats généraux sont d’emblée condamnés ». « J’ai bien conscience que nous allons sortir par le haut ou par le bas, avec Stéphane Travert » de ces Etats généraux, a-t-il ajouté.
Nicolas Hulot a passé en revue différents dossiers. Il a notamment annoncé qu'il dévoilera début août un plan sur la gestion de la ressource en eau qui sera présenté au conseil des ministres du 9 août. « Nous sommes déjà dans une situation de stress hydrique importante que les variations climatiques ne vont pas arranger » alors qu'à d'autres périodes, les agriculteurs doivent faire face à « des précipitations qui tombent au mauvais moment et d'une manière trop intensive », a-t-il expliqué.
Sanctuariser les terres agricoles
Par ailleurs, il a souligné qu'il était « pour une sanctuarisation des terres agricoles et zéro artificialisation des sols », la France faisant preuve de « gourmandise » sur sa consommation de foncier agricole. « Si on n'utilise pas la capacité des sols à capter le CO2, on n'arrivera pas à la neutralité carbone », a-t-il insisté. Il a regretté que des terres soient « sacrifiées » pour l'installation de grandes enseignes « qui, par ailleurs, créent des friches industrielles plus loin en provoquant la fermeture d'autres enseignes. »
Concernant le loup, Nicolas Hulot a précisé qu'il avait décidé d'organiser « une concertation » auprès de toutes les parties « pour planifier les quatre prochaines années » afin « d'évaluer ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, foyer par foyer ».
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Interpelé sur la remise en cause du canal Seine-Nord, le ministre de la Transition écologique a répondu qu’il entendait les arguments avancés. « Je suis plus sensible à l’argument économique qu’à celui portant sur le report modal, car le canal réduirait la circulation routière de seulement 500 camions par jour. Mais on ne pourra pas tout faire. La décision qui a été prise n’est pas un retrait définitif mais une suspension », a-t-il répondu.
Enfin, il a fait savoir que l'arrêté concernant l'interdiction des néonicotinoïdes est prévu pour début août.
Nicolas Hulot a annoncé qu'il présentera début août un plan sur la gestion de la ressource en eau
L'arrêté concernant l'interdiction des néonicotinoïdes est prévu pour début août
Eau : 1,5 Mrd d’euros nécessaires pour le stockage (Irrigants de France)
Irrigants de France a chiffré le 19 juillet à 1,5 Mrd d’euros les investissements nécessaires au stockage de l’eau, au lendemain de l’annonce par Nicolas Hulot d’un plan d’action début août sur la gestion de la ressource. « Les besoins de stockage représentent 500 M m3 au niveau national et nécessitent 1,5 Mrd d’euros d’investissement », selon un communiqué. Pour les agriculteurs qui irriguent, l’organisation réclame « un volume d’eau minimum et pérenne dans une démarche de partage des usages ». Irrigants de France soutient aussi la réutilisation des eaux usées, notant que « des projets viables existent mais sont compromis par une réglementation nationale trop contraignante ».