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Politique Nicolas Sarkozy veut une « nouvelle Pac, sans attendre »

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La stratégie de la rupture qui a réussi au candidat Nicolas Sarkozy doit aussi s’appliquer à l’agriculture. Tel a été le message du chef de l’État, qui a inauguré le Space (salon international de l’élevage) à Rennes le 11 septembre. « Je l’assure, je veux la rupture » a-t-il lancé. En homme pressé, il plaide pour une « nouvelle Pac » afin de « construire une agriculture de premier plan en France et en Europe ». Il veut aller vite c’est-à-dire avant 2013. Fort de son mini-traité européen négocié en juin dernier, symbole « du renouveau de l’esprit européen », le chef de l’État entend profiter de la présidence française pour persuader ses partenaires de refonder une Pac qu’il juge « inadaptée, tatillonne et technocratique ». Porté par une conjoncture agricole favorable, Nicolas Sarkozy a visiblement convaincu les professionnels qu’avec lui « tout devenait possible ». Cette volonté inébranlable de celui « qui ne se résigne à rien » risque toutefois de souffrir des tensions existant au sein du couple franco-allemand. Si déterminant dans les négociations agricoles, le couple franco-allemand n’affiche pas un moral au beau fixe.

La rupture toujours. Le président de la République Nicolas Sarkozy, lors de son inauguration au pas de charge du Space, salon international de l’élevage, le 11 septembre, a voulu maintenir le cap. « Je veux la rupture avec le malthusianisme, avec le conservatisme, avec l’immobilisme », a-t-il souligné devant un chapiteau plein à craquer. « Qui peut dire que dans deux ans il sera plus facile de négocier » la future Pac, a-t-il lancé devant une salle « honorée et fière » de recevoir la visite du Président de la république, selon les propos de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA.

Vivre des prix

Le président « veut une nouvelle Pac ». Mieux, il veut « rendre une véritable légitimité à cette politique ». La Pac actuelle est jugée trop complexe par le chef de l’État. Nicolas Sarkozy balaie d’un revers de la main le « découplage » des aides accusé d’inciter les agriculteurs à moins produire en touchant plus de subventions. En résumé, la Pac est « inadaptée, tatillonne et technocratique ». Elle ne correspond pas aux valeurs de travail et de l’initiative défendues par le candidat aujourd’hui président. « Je n’ai pas l’intention de laisser tomber les agriculteurs qui ne veulent pas être des assistés, qui ne veulent pas vivre de subventions, qui ne veulent plus être contrôlés sur la longueur du poil de leurs animaux », a lancé le chef de l’État.

La défense de prix rémunérateurs pour les agriculteurs, thème repris par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne est aujourd’hui une réalité, explique-t-il. « La pensée unique me rappelait, pendant la campagne électorale, que jamais les agriculteurs ne pourraient vivre de ces prix, du fruit de leur travail. Aujourd’hui les faits me donnent raison » se félicite-t-il, ne s’arrêtant pas sur l’effet néfaste de l’envolée des cours des matières premières sur les filières de l’élevage.

Menaces sur l’élevage

Jean-Michel Lemétayer, lui, n’a pas omis de le dire dans son propos introductif au discours du président de la République, le 11 septembre. « Ce renchérissement des coûts de nos productions est une véritable menace pour certaines de nos productions de viande, de porc, volaille et lapin si les éleveurs ne peuvent pas le répercuter dans les prix de vente ». « Il n’est pas anormal qu’il y’ait quelques incidences sur les prix payés par les consommateurs », ajoute le leader de la FNSEA. Mais, justement, le président de la République ne veut pas de l’augmentation de certains prix alimentaires à la consommation, « alors que cela fait plus de 10 ans que les prix à la production ont diminué », insiste-t-il. Nicolas Sarkozy a annoncé que dans le cadre de la réforme de la loi Galland, il souhaite créer « un cadre spécifique réservé aux produits agricoles ».

Un homme pressé

Fidèle à sa stratégie d’action, il ne veut pas « attendre ». « Attendre les conclusions du bilan de la santé de la PAC en 2008, attendre la négociation sur le budget de la PAC en 2009, attendre la négociation sur l’avenir de la PAC en 2013 ». Le président s’y refuse.

Sans attendre, il veut donc préparer, à l’occasion de la présidence française de l’UE (2 e semestre 2008) un « nouveau cadre politique pour notre agriculture en Europe ». Déjà en avril 2007, alors candidat, il avait proposé le même « timing ». Nicolas Sarkozy avait expliqué dans un entretien au journal Le Monde en avril 2007 « qu’il faut aller vite (…). Il faut régler les choses entre la présidence allemande de ce semestre et la présidence française en 2008 ». « Concrètement, à la fin 2007, on se dote de nouvelles institutions, on engage les négociations sur la future Pac, on pose la question de la concurrence et de la préférence communautaire (…) ».

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Se protéger

Cette préférence communautaire est en effet le pilier de la nouvelle Pac souhaitée par Nicolas Sarkozy. « Si l’Europe renonce à défendre son agriculture de production, son alimentation, si elle renonce à protéger la qualité sanitaire et environnementale dans tous les autres (pays : ndlr) se défendent et se protègent (…) à quoi cela sert de construire une politique agricole ? », interroge-t-il. Le président « exige » « de la réciprocité, de l’équilibre, de la préférence communautaire » dans le cadre des négociations à l’OMC. Sans oublier le droit de la concurrence que le Président souhaite voir « adapté » « dans un esprit de responsabilités des organisations commerciales et dans l’intérêt des consommateurs », souligne-t-il. Michel Barnier doit « prendre l’initiative d’un mémorandum que nous transmettrons avant la fin de l’année à la Commission européenne pour adapter le droit de la concurrence », a indiqué le président.

Une PAC pour produire

La logique de production est réaffirmée. Mieux, « la France doit produire plus » car « sans production, il n’y a rien ». « Le tourisme c’est formidable, mais sans production il n’y a pas de tourisme », a-t-il martelé. Cette logique de production doit s’accompagner « d’une véritable politique communautaire de stabilisation des marchés », ajoute le président sans donner plus de détails. Il se montre plus explicite sur la nécessité de « se prémunir des conséquences désastreuses des risques climatiques et sanitaires ». D’où la « commande » de Nicolas Sarkozy à Michel Barnier et Christine Lagarde de définir les conditions d’une généralisation des mécanismes de gestion des risques ». Autre piste prévisible : « Une meilleure organisation commerciale de l’offre » associée au « développement des interprofessions ».

Réduire les engrais et la pesticides

Il dresse 4 objectifs à cette « nouvelle » Pac : assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire de l’Europe, contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux, préserver les équilibres de nos territoires ruraux et participer à la lutte contre les changements climatiques et à l’amélioration de l’environnement.

Évoquant les questions environnementales, il a seulement mentionné que dans le cadre du Grenelle de l’environnement, il souhaitait « aller au fond des débats sans tabou ». Il a néanmoins expliqué qu’il est « indispensable de définir un nouveau plan de réduction de l’utilisation des engrais et pesticides ». Sur les OGM, tout juste concède-t-il que « la recherche publique en biotechnologies constitue un élément essentiel du développement de notre agriculture ».

L’anti Chirac

Le discours volontariste de Nicolas Sarkozy qui veut refonder la Pac plus vite que prévu tranche avec le positionnement de Jacques Chirac qui souhaitait qu’on ne touche pas à la Pac, durement négociée, en 2003 avant 2013, budget agricole oblige. Une posture d’ailleurs partagée, à l’époque par les organisations agricoles majoritaires françaises qui défendaient la nécessité d’un cadre stable pour les agriculteurs jusqu’en 2013. En mars 2007, avant le congrès de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer prévenait du risque de se dévoiler trop top dans le cadre du bilan de santé de la PAC. « Il ne faut pas tomber dans le piège de balancer des idées sur lesquelles la Commission s’empresserait de mordre », avait-t-il déclaré à l’époque. Il est vrai que la Commission européenne avait déjà fait le coup de profiter d’une « mid-terme review » pour renégocier la PAC. Aujourd’hui Jean-Michel Lemétayer estime que « le nouveau contexte mondial permet d’envisager la Pac autrement que pour se mettre en conformité avec les positions à négocier à l’OMC, autrement que comme une variable d’ajustement ». Cette impatience à agir du chef de l’État a séduit les agriculteurs. Reste à savoir si une baisse éventuelle des prix, demain, rendra aussi aisée qu’aujourd’hui une modification de la PAC. Sans oublier la nécessité de convaincre les partenaires européens de cette nouvelle donne, loin du « touche pas à la Pac » si longtemps défendu par la France.