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Eau Niveau des nappes phréatiques, rien n'est gagné… même à l'avenir

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Le Bureau de recherches géologiques et minières a présenté, le 16 avril, l'état du niveau des nappes phréatiques (BRGM) au 1er avril. Si ce niveau est dans la « normale », reste à surveiller les futures précipitations afin de passer un été serein côté agricole. À l'horizon 2070, par contre, le niveau des nappes reste un sujet plus inquiétant.

Au 1er avril, le niveau des nappes phréatiques en France est situé dans la normale, a annoncé Philippe Vigouroux du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le 16 avril, dans une conférence de presse. Le BRGM a également présenté les résultats d'une étude de l'état de ces mêmes nappes phréatiques à l'horizon 2070. Pour cette année, si la situation n'a rien à voir avec le niveau extrêmement bas de 2012, le niveau de recharge des nappes est légèrement inférieur à celui de 2014. Pour autant, rien n'est gagné pour cet été. Cette année, « 83% des niveaux des nappes sont normaux ou supérieurs à la normale » et « 65% des points de suivi, utilisés pour évaluer ces niveaux, sont stables (29%) ou en hausse (36%) », affirme Philippe Vigouroux. En 2012, seuls 11% des niveaux étaient normaux ou supérieurs à la normale et en 2014, le pourcentage atteignait 87%. L'est de la France reste en situation plus délicate avec des niveaux plus bas. A l'inverse, certains secteurs comme la vallée du Rhône ou la région de Pro-vence-Alpes-Côtes-d'Azur sont plus favorisés. « Si le niveau des nappes phréatiques est normal, il faut rester vigilant. Rien n'est joué pour passer un bon été. Tout va dépendre du régime des pluies dans les prochains mois », estime Philippe Vigouroux. Plus globalement, depuis 1997, aucune cyclicité dans ces rechargements des nappes n'a été constatée, selon lui.

Un niveau des nappes en baisse à l'horizon 2070

A bien plus long terme, le niveau des nappes phréatiques risque fort de baisser de 10 à 25% du fait de l'impact du changement climatique (hausse de 2°c de la température). Ainsi, dans le bassin parisien, sur la période 2046 à 2065, « on anticipe des baisses de niveau de l'ordre de 0,5 à 1m dans les zones de vallée à 10m dans les zones de plateau », annonce Serge Lallier, directeur adjoint eau-environnement du BRGM. Le Sud-Ouest de la France serait beaucoup plus touché par cette baisse d'ici 50 ans, avec de - 30 à - 50% de rechargement des nappes. Le Bassin de Loire présenterait une baisse de 25 à 30% dans certaines parties de son bassin versant. Les débits moyens mensuels des cours d'eau, notamment en période d'étiage (août à octobre) chuteraient également, de l'ordre de 10 à 40% dans la moitié nord de la France et de 30 à 50% dans la moitié sud. Côté prélèvement de l'eau par les activités humaines, « il ne devrait pas y avoir d'augmentation significative », sauf dans les zones littorales où la pression démographique s'accroît. De plus, dans ces zones, un effet de remontée des eaux marines dans les terres risque de « saliniser » des nappes, avec un effet négatif sur leur utilisation, mais difficilement « quantifiable » aujourd'hui.

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L'agriculture aura des choix politiques à faire

Si les prélèvements de l'eau dans ces nappes par l'activité humaine sont bien estimés et ceux de l'industrie en forte diminution, ceux concernant le secteur agricole restent plus difficiles à évaluer sur le long terme. Cela rejoint un débat politique, comme le fait remarquer Serge Lallier. Quels choix seront faits dans la Pac à l'avenir ? Quels systèmes culturaux seront majoritaires ? Des questions qui n'ont pas ou peu pu être intégrées dans la modélisation scientifique. « Il s'agit de tendances, pas de valeurs absolues », précise bien Serge Lallier au sujet des résultats présentés. Pour autant, Florence Habets, directrice de recherche au CNRS, soulève plusieurs problématiques émergentes : la qualité de l'eau de ces nappes amenées à se dégrader, la concentration accentué des polluants, l'absence de recherche possible sur les interactions entre les molécules chimiques de ces polluants du fait d'une omerta des industriels sur leur composition, la prise en compte de ces baisses de disponibilités en eau par les politiques publiques… Elle ajoute : « Nous avons plus de force quand nous jouons sur un problème déjà existant. Sinon les problématiques de court terme passe toujours avant celles de long terme… »