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Politiques agricoles Nombreuses divergences lors du débat ministériel de l’OCDE

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Consacrée au défi de l’alimentation mondiale, la réunion, fin février à Paris, des ministres de l’Agriculture de l’OCDE – la première depuis 12 ans – a fait apparaître, ou plutôt confirmé, de nombreuses divergences. Celles-ci se sont particulièrement manifestées sur des questions telles que les biotechnologies, les remèdes pour freiner l’instabilité des prix, la « multifonctionnalité » ou encore les biocarburants.

«Pour un avenir durable : des politiques agricoles et alimentaires à la hauteur des défis et opportunités planétaires » : tel était le thème de la première réunion depuis 12 ans des ministres de l’Agriculture de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui s’est tenue les 25 et 26 février à Paris, et accueillait, outre les 30 membres de l’OCDE, les pays en voie d’y adhérer (Chili, Estonie, Russie, Israël, Slovénie), ceux qui ont des liens renforcés avec elle (Afrique du Sud, Brésil, Indonésie) et des observateurs (Argentine et Roumanie). Les participants ont constaté que, face au défi alimentaire mondial, « le développement agricole, à lui seul, ne suffit pas », selon un résumé des débats présenté par les ministres autrichien et néo-zélandais, Nikolaus Berlakovich et David Carter, qui co-présidaient la réunion.
« Les échanges auront un rôle primordial », ont en effet affirmé les ministres, certains d’entre eux faisant valoir que l’« étroitesse » des marchés « contribuait à l’instabilité des prix internationaux des produits agricoles et que ces prix seraient plus stables si des volumes d’échanges plus importants avaient lieu sur des marchés plus ouverts ». D’autres ont considéré toutefois que les normes environnementales devaient être prises en compte dans ce contexte. Une conclusion favorable des négociations de l’OMC étant en tout état de cause « jugée essentielle ». « Si on élimine les obstacles aux flux de marchandises (en arrivant à un accord à l’OMC), on peut espérer que les éléments fondamentaux seront clairs et donc la spéculation sera moindre », a détaillé le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, lors d’une conférence de presse à Paris.

Produire plus malgré la contrainte du changement climatique
Les participants à la réunion ministérielle de l’OCDE ont également reconnu que « la croissance démographique et l’évolution inéluctable des habitudes alimentaires en faveur d’un régime plus varié et plus riche en protéines nécessiterait un accroissement considérable de la production ». Mais les agriculteurs vont se retrouver devant un « défi de taille » du fait du changement climatique : réduire l’intensité des émissions de gaz à effet de serre de la production alimentaire tout en préservant la compétitivité économique du secteur et d’autres avantages sur le plan de l’environnement.
Face à ce défi, l’importance de l’innovation et de la recherche a été soulignée. A ce propos, les ministres n’ont pu que constater que les techniques de modification génétique se heurtent à des résistances de l’opinion dans certaines parties du monde. Certains d’entre eux ont cependant estimé que celles-ci peuvent jouer un rôle important en aidant le secteur agricole à répondre à une demande croissante, compte tenu du changement climatique et des pressions qui s’exercent sur les ressources, tout en réduisant l’usage des produits chimiques. Les incertitudes concernant les effets à long terme de ces technologies ont aussi été évoquées.

Instabilité et gestion des risques
Forte augmentation des prix agricoles mondiaux en 2007-08, « rapidement suivie d’un retour à des prix plus normaux », impact attendu du changement climatique, interactions croissantes entre les marchés énergétique et agricole : la problématique de l’instabilité a fait, bien entendu, l’objet d’un long échange de vues des ministres. Nombreux sont ceux qui ont dit s’attendre à ce que cette instabilité s’accroisse dans les années à venir. D’autres considèrent, en revanche, que les récents événements étaient exceptionnels et qu’ils s’expliquent entre autres par des facteurs liés aux marchés.
Les points de vue ont différé également en ce qui concerne les solutions envisageables – un retour à une réglementation plus ferme ou le traitement des effets l’instabilité sur les agriculteurs moyennant diverses mesures d’atténuation des risques. Au-delà de ces divergences, les participants ont souligné la nécessité d’approfondir la réflexion sur les stratégies de gestion des risques. Parallèlement, ils ont jugé important que, au sein de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, les agriculteurs reçoivent une part équitable du prix payé par le consommateur final. Et déploré que, dans ce domaine, « les données peuvent être difficiles à obtenir ».

Les biocarburants en discussion
La « multifonctionnalité » de l’agriculture (production de biens et services environnementaux, développement des zones rural) a été évoquée par certains ministres. D’autres ont toutefois insisté sur le fait que l’action publique axée sur la multifonctionnalité ne devait pas peser sur les décisions de production et d’investissement, ni fausser les échanges. La question des biocarburants a également été évoquée : incidences sur les prix alimentaires, concurrence dont font l’objet des ressources agricoles « déjà peu abondantes », réduction réelle des émissions de gaz à effet de serre grâce aux bioénergies, viabilité économique des biocarburants de deuxième génération et leur contribution à la réduction des émissions. Sur ces questions également, des divergences sont apparues.

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