Pour la Coordination rurale, les biocarburants ne sont qu’une « illusion » et ne permettront pas aux agriculteurs de dégager du revenu. C’est ce que le syndicat a expliqué à la presse le 30 mai, en soulignant les incohérences du plan biocarburants. Pour le syndicat minoritaire, les biocarburants ne doivent passer que par les circuits courts.
Pour la Coordination rurale, le plan biocarburants va engendrer une « concurrence malsaine » entre production alimentaire et non alimentaire, surtout au niveau du colza. « Le plan devrait mobiliser 1,8 million d’hectares de colza en 2008 pour l’ensemble de l’UE alors qu’elle en cultive actuellement 1,2 Mha. Que devient le colza alimentaire ? », s’interroge Jacques Commere, ingénieur de l’OPG, organisation des producteurs de grain, la section grandes cultures de la Coordination rurale. D’autre part, il repose sur un soutien public très élevé (sous forme de défiscalisation et de TGAP) dont la perennité est incertaine.
Valeur ajoutée confisquée
Et surtout « les usines à gaz financées par les agriculteurs ne sont pas rentables et se servent du prix des produits agricoles comme variable d’ajustement, ce que nous jugeons inacceptable en tant que syndicat d’agriculteurs », a insisté Nicolas Jaquet, président de l’OPG. Ce dernier considère que la valeur ajoutée est, une fois encore, confisquée au paysan et que, dans ce contexte, les biocarburants justifient de poursuivre une politique des prix bas pour les grains. Quant à l’avenir des biocarburants à partir de betterave, la Coordination rurale n’y croit pas du tout : selon Frédéric Lothellier, président de l’APB, Assocation des producteurs de betteraves, le coût de production d’une tonne de betterave représente entre 24 et 27 euros pour un rendement moyen de 75 t/ha. « Vendre les betteraves à 20 euros/tonne pour produire de l’éthanol revient à vendre bien au-dessous du coût de production. Cela ne pourra pas durer. Il n’y a pas de raison que les agriculteurs soient les seuls à produire à perte dans ce système », s’est-il insurgé.
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Assurer l’autonomie énergétique des agriculteurs
Pour la Coordination rurale, la seule politique de bioénergie « rationnelle et durable » passe par les circuits courts, tels que l’huile végétale pure et les céréales comme combustibles, qui permettent les meilleurs bilans énergétiques, mais aussi économiques. Pour la CR, le vrai enjeu des biocarburants est l’autonomie énergétique de l’agriculture qui continuera à produire pour l’alimentaire. Frédéric Lothellier, lui, a fait le choix d’utiliser l’huile végétale brute de son propre colza dans ses tracteurs en mélange à 50 % avec du gasoil, et il se dit satisfait. La CR demande que la France autorise tous les véhicules diesel à rouler avec de l’huile végétale pure, comme c’est le cas en Allemagne.
Pour Nicolas Jaquet, si on fait tout pour favoriser les filières longues au détriment des circuits courts, c’est « parce que ces derniers ont l’inconvénient majeur d’échapper au contrôle des filières agro-industrielles, coopératives comprises, habituées à récupérer la valeur ajoutée perdue par la production agricole ». De cette réflexion, la Coordination rurale en a fait son slogan : « Servir plutôt que se servir » !