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Notre-Dame-des-Landes : construire un projet agricole innovant plutôt qu’un aéroport

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Le projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes abandonné pour un agrandissement de l’aéroport de Nantes, telle est l’une des propositions d’un ultime rapport rendu au gouvernement. À travers ce choix, la Zad pourrait laisser la place à un projet agricole innovant, avec un foncier aux mains de l’État.

Les questions brûlantes concernant l’aéroport de Notre-Dame des Landes sont revenues au grand jour à la suite d’un rapport (1) remis au Premier ministre le 13 décembre. Anne Boquet (préfète), Michel Badré (membre du Cese) et Gérard Fedzer (ancien pilote de ligne) ont répondu à la demande d’Emmanuel Macron après six mois de travail et 300 auditions. Selon Édouard Philippe lui-même, ce rapport « apporte des éléments nouveaux ». Il faut dire que, depuis le temps que ce dossier traîne, les paramètres pris en compte dans l’ensemble des études sur le sujet ont évolué. « Ce rapport invite à réfléchir à la création de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou à un réaménagement de l’aéroport déjà existant de Nantes-Atlantique », a souligné le Premier ministre. Mais pas seulement.

1 000 ha redevenus disponibles pour l’agriculture

En effet, au travers de l’option du réaménagement de l’aéroport de Nantes, la question de l’utilisation des terres de la Zad est posée. Les rapporteurs proposent donc de laisser ces terres, près de 1 000 ha, en propriété de l’État et « d’y établir des projets agricoles innovants », dans le cadre d’un contrat de territoire. Ils démontrent également qu’avec l’option du réaménagement de l’aéroport existant, seuls 30 ha de foncier seraient consommés pour agrandir l’aéroport. « Je n’ai jamais vu un aéroport au milieu d’un désert », a soulevé Georges Feldzer pour illustrer l’urbanisation galopante qui va inévitablement accompagner la construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. À cela s'ajoute un « accroissement substantiel de la consommation de terres », d’autant plus qu’il faudra établir un lien entre la ville de Nantes et cet aéroport (tram et train). Il met en avant « un dynamisme certain de la profession agricole dans le secteur » et évoque un aéroport de Nantes qu’il faudra de toute façon revoir du fait des nuisances sonores. « Notre-Dame-des-Landes pourrait devenir une marque plutôt qu’un objet de crispation », a-t-il souligné.

Un aéroport de Nantes à revoir obligatoirement

Au-delà de la question foncière, le rapport confirme la nécessité d’une structure de transport aérien à Nantes, se basant sur l’hypothèse d’une multiplication par deux du nombre de voyageurs d’ici 2040, soit 9 millions de passagers par an. Concernant les nuisances sonores, il note qu’un réaménagement de l’aéroport de Nantes semble inévitable, notamment avec l’augmentation du trafic des vols de nuits (22h-6h). Le gouvernement, par la voix d’Emmanuel Macron, tranchera fin janvier et s’engage déjà « à un retour à la normale de l’ordre public » dans la zone. Quant à la question du respect de la démocratie, à la suite du référendum de 2016 validant la construction de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, Anne Bocquet répond : « Le déficit de démocratie dans ce dossier a commencé bien avant cette consultation. Le débat, dès le début, n’a pas été suffisamment transparent et contradictoire ».

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(1) https ://mediation-aeroport-du-grand-ouest.fr/documents/Rapport%20de%20la%20Mission%20de%20Médiation%20Aéroport%20du%20Grand%20Ouest.pdf

« Je n’ai jamais vu un aéroport au milieu d’un désert »

Un rapport basé sur une méthode et des hypothèses

Les rapporteurs de la mission de médiation sur le sujet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont fortement insisté sur la méthode et les hypothèses choisies, le 13 décembre. « Nous avons identifié les points de controverses les plus sensibles puis nous les avons fait expertiser par un tiers dont la compétence est indiscutable », relevait Anne Bocquet. L’hypothèse de départ réside dans un doublement du trafic aérien d’ici 2040 sur la zone. Côté chiffre, l’étude avance un différentiel de coût négatif, de l’ordre de 250 à 350 M€, entre le réaménagement de l’aéroport déjà existant de Nantes et la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Par contre, les membres de la mission n’ont pas pris en compte ce que doit l’État en cas de rupture de contrat avec la société Vinci, exploitante du site, soit 350 M€ au maximum, et les mesures d’ordre public liées au retrait des occupants de la Zad. Pour Anne Bocquet, « cela était simplement impossible à évaluer ». Dans le premier cas des négociations auront lieu avec l’État accompagné d’un débat juridique et dans l’autre cas, le coût risque de varier fortement en fonction de la décision gouvernementale choisie.