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Fertilisation Nourrir les plantes en « semant des bactéries »

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Un nouveau concept de fertilisation utilisant des bactéries fixatrices d’azote a été sélectionné le 21 juillet par le gouvernement dans le cadre d’un appel à projets de recherche et développement. Baptisé Néofertil, ce projet développé par le pôle de compétitivité Agrimip Innovation vise à offrir d’ici 3 ans un nouveau type de fertilisant aux agriculteurs.

Un retour aux bases ? Presque. Le monde de la fertilisation réinvestit l’agronomie : l’Ecole nationale supérieure d’agronomie de Toulouse (ENSAT) vient de mettre au point une technique permettant de reproduire et d’exploiter des bactéries du sol (endomycorhizes) ayant la capacité de stimuler la croissance des plantes. De cette découverte est né un projet – dénommé Néofertil – qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de fertilisation. Développé dans le cadre du pôle de compétitivité Agrimip Innnovation, situé à Toulouse, Néofertil rassemble quatre partenaires : l’entreprise Agronutrition (porteur de projet), la coopérative agricole Oxalliance, le CNRS et l’ENSAT.

Capter l’azote du sol

L’objectif est de combiner et de réintroduire dans le sol différents microorganismes aux intérêts complémentaires, afin de développer des synergies plante-bactéries-champignons qui permettront de réduire le recours aux fertilisants chimiques. Bactéries et champignons jouent en effet un rôle central dans la captation et le transfert de l’azote et du phosphore vers la plante : ils permettent de « rendre disponibles » au niveau des racines les éléments nutritifs présents dans le sol. En procédant à l’épandage de mélanges composés de bactéries fixatrices d’azote et de champignons, les interactions bactéries-plante-champignons sont démultipliées, expliquent les promoteurs du projet. Le « biofertilisant », comme le nomment les pouvoirs publics, a fait son office.

La sélection du projet Néofertil dans le cadre de l’appel d’offre gouvernemental récompense plusieurs années de travail. Depuis 3 ans, les mélanges de bactéries et champignons sont en effet étudiés sous serre. « Aujourd’hui, il s’agit de tester les formulations en plein champ », explique Anne-Paule Massol, responsable recherche et développement chez Oxalliance. La coopérative prévoit de mettre à disposition 60 hectares de terres à partir de 2009 pour permettre ces expérimentations.

D’après les premiers calculs, l’application de ce « biofertilisant » permettrait d’économiser par hectare jusqu’à 20 unités d’azote et 20 unités de phosphore sur des cultures céréalières, arboricoles, maraîchères et viticoles, lors de chaque campagne agricole.

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Epandage

Solide, liquide ou granulé ? La forme sous laquelle ces biofertilisants seront commercialisés n’est pas encore définie. Les quelques kilos nécessaires à chaque hectare pourront être appliqués avec un épandeur à engrais, par exemple, et sans charge de travail supplémentaire pour l’agriculteur (passage de tracteur), font valoir ses promoteurs. Le projet Néofertil veut également développer un service à la carte pour chaque agriculteur en fonction des parcelles. Au menu : un prélèvement de la population bactérienne du sol, une sélection et une multiplication des bactéries en laboratoire, avant une réimplantation de la flore dans les parcelles.

Oxalliance espère pouvoir diffuser l’ensemble de ces produits auprès des agriculteurs à l’horizon 2012. Le groupe coopératif bénéficiera de l’exclusivité dans le Sud-ouest, et proposera ces produits auprès de ses adhérents. Concernant le prix, « il y aura un avantage certain par rapport aux engrais chimiques », indique Cédric Cabanes, sans donner davantage de précision.

Grâce à l’appel à projet, Néofertil recevra des financements à hauteur de 1,5 million d’euros de la part de l’Etat et de la région, soit 50 % des besoins. « Cela fait 3 ans que nous travaillons sur ce concept, nous n’attendions que les financements pour aller plus loin » explique Patrice Roché, directeur du pôle Agrimip Innovation.