Abonné

Interview de Barry Callebaut « Nous avons doublé nos achats de fèves en provenance du Ghana »

- - 3 min

Achetant essentiellement ses fèves de cacao en Côte d'Ivoire, comme la plupart des chocolatiers européens, le groupe suisse Barry Callebaut (1,8 milliard d'euros de CA) mise sur une diversification de ses sources d'approvisionnements pour faire face à la crise. Interview de son porte parole Gaby Tschoffer.

  La situation difficile que connaît actuellement la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de fèves de cacao, également votre principal fournisseur, ne risque-t-elle pas d'être lourde de conséquences pour Barry Callebaut ?

Il est vrai que Barry Callebaut est un des plus grands transformateurs des fèves de cacao en Côte d'Ivoire, les autres étant ADM et Cargill. Mais jusqu'à présent, le flux de fèves n'a jamais cessé et nous avons pu acheter du cacao dans les volumes prévus. Bien sûr, nous subissons quelques restrictions, essentiellement dues au couvre-feu, qui nous empêchent de travailler comme à l'accoutumée, mais les conséquences sont négligeables.

Mais, tout de même, la crise ivoirienne ne sera pas sans conséquences sur le cours du cacao, qui a déjà enregistré des hausses record en 2002. Peut-on chiffrer les pertes que cela va entraîner pour le groupe ?

Jusqu'à présent, Barry Callebaut n'a pas eu de pertes dignes d'être mentionnées. En ce qui concerne la forte hausse des prix du cacao, il faut préciser que ce n'est pas uniquement l'effet de la situation actuelle en Côte d'Ivoire. Les prix sont en hausse depuis environ deux ans à cause de deux récoltes insuffisantes ; la situation dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire a seulement prononcé la hausse mais n'est pas la raison principale.

Dans quelles proportions cela va-t-il se répercuter sur le prix de vente aux consommateurs ?

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Il est évident qu'il y aura des augmentations de prix. Barry Callebaut ne vend pas de produits pour les consommateurs en France (seulement des produits « business to business », c'est à dire des produits intermédiaires), donc nous ne pouvons pas commenter l'augmentation des prix de vente aux consommateurs.

Avez-vous d'autres sources d'approvisionnements ?

Sans en vouloir discuter les détails, Barry Callebaut a une stratégie d'approvisionnement basée sur la diversification. Ainsi, nous avons doublé les achats et la transformation des fèves en provenance du Ghana. Plusieurs pays font de grands efforts à présent pour accroître leur production de fèves de cacao, par exemple l'Indonésie, le Brésil, le Nigeria ou encore le Cameroun. Mais il faut ajouter que le cacao est un produit agricole et que l'on ne peut accroître la production du jour au lendemain.

Une substitution des fèves ivoiriennes par des fèves de cacao d'autres origines n'entraînera-t-elle pas un changement en terme gustatif et qualitatif sur le chocolat?

Il y a des différences gustatives et qualitatives certes, entre les fèves selon qu'elles proviennent de tel ou tel pays. Il est vrai que les fèves de Côte d'Ivoire ont un goût qui est bien apprécié en Europe. Mais la plupart des produits de chocolat sont faits à partir d'un « blend », c'est à dire un mélange de fèves de différentes origines. La transformation des fèves et la torréfaction permettent d'égaliser en bonne partie les différences gustatives.