Abonné

Libre propos Nous et l’agriculture, par Philippe Godin *

- - 5 min

Nous reproduisons cette semaine, avec l’aimable autorisation de Jean-Pierre Bézard, PDG d’ASI, un texte de Philippe Godin qui figurait en éditorial d’une récente publication du réseau de consultants Agro-Science-Industrie . Cela donnera à penser à ceux qui s’interrogent sur l’avenir de l’agroalimentaire et en particulier au moment du vote du projet de loi dit «d’orientation» agricole (LOA).

Je panse…donc je suis…

…je suis ce que je mange…

« Je panse » : argot pour « je digère ».

La panse est un des estomacs des bovins. Les fermentations liées à la digestion de ces animaux libèrent de très grandes quantités de méthane (hé oui ! les vaches pètent et rotent !), gaz à effet de serre très puissant, engendrant des modifications de climat etc. Or, plus nos sociétés se développent, plus elles consomment de viande et, corrélativement, de vaches qui produisent d’autant plus de méthane, etc.

A l’heure du développement durable, allons-nous nous laisser asphyxier dans cette spirale vicieuse ?

Il y a moyen d’être sérieux et drôle à la fois. L’important est de comprendre que des changements s’accélèrent et donc que des chances à saisir se multiplient pour les entrepreneurs.

Qu’en est-il pour les entrepreneurs du « complexe agroalimentaire », qui représente en France 4 millions d’emplois ?

Déjà plus de 50 % des emplois du secteur sont dans les services (2,1 millions dont 1,2 dans la distribution, 0,6 dans la restauration hors foyer et 0,3 dans les autres services) contre seulement 1,9 million dans la production (0,3 en agro-fourniture, 1 en agriculture et 0,6 dans les industries agroalimentaires). Ces proportions évoluent vite, notamment du fait de la baisse très rapide du nombre des agriculteurs, dont le désenchantement est fort aujourd’hui chez certains.

Sur la planète, on attend 9 milliards d’humains dans 40 ans, contre 5 aujourd’hui, dont plus de 800 millions souffrent de la faim. Et la proportion de protéines animales dans la ration alimentaire moyenne est de plus en plus élevée ; or, il faut 7 fois plus d’énergie pour fabriquer une protéine animale que pour fabriquer une protéine végétale… Et simultanément les ressources naturelles en énergie et en surfaces cultivables diminuent. Tandis que, par ailleurs, l’on meurt de moins en moins d’épidémies infectieuses et de plus en plus de maladies dégénératives comme les cancers ou les maladies cardio-vasculaires, générées dès l’enfance par l’obésité…

Derrière ces menaces du noeud coulant malthusien qui se serrerait, quelles opportunités pour les entrepreneurs du vivant ? A nous de les saisir en cherchant dans le désordre du monde !

Comprenons les règles particulières des acteurs globaux comme Danone ou Pernod Ricard, qui vivent intensément sur les marchés des marques et des actions.

Comprenons les règles de l’OMC qui influent sur les possibilités données aux PME jouant avec les AOC sur les marchés de proximité ou de niche ; ou bien encore les règles qui jouent sur les localisations des grandes productions agricoles de la planète.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

loi d'orientation agricole
Suivi
Suivre
industrie
Suivi
Suivre

Comprenons les fournisseurs d’intrants qui incorporent de plus en plus de science dans leurs produits (OGM).

Comprenons ceux qui cherchent à tirer de l’agriculture de l’énergie (biocarburants) et des matériaux (agro-matériaux biodégradables, notamment pour les emballages de l’agroalimentaire).

Comprenons les consommateurs qui redoutent les travers nutritionnels (obésité) et qui recherchent les prix les plus bas.

Comprenons les citoyens qui veulent se garantir aussi bien sur la qualité des produits (traçabilité) que sur les règles de fonctionnement (gouvernance).

Comprenons ceux qui font circuler les informations et qui distribuent les produits (sous une logistique sans stocks et en flux tendus).

Comprenons les modifications apportées par les responsables politiques, guidés par des principes qui peuvent parfois conduire à la paralysie de l’action (précaution) ou au démantèlement d’activités qui ne peuvent pas être régulées seulement par le marché (PAC).

Comprenons, au fond, que nous sommes responsables du vivant. Et au cœur du vivant : de l’agriculture. Moins il y a d’agriculteurs et plus l’agriculture est l’affaire de tous. Ce processus redistribue les rôles économiques, les soins que nous devons apporter à l’ensemble complexe de notre planète globale et les fruits que nous pouvons en retirer localement pour nos entreprises et pour nous-mêmes.

L’agriculture est désormais au centre d’un système réticulé qui ne peut plus être appréhendé seulement de manière agricolo-agricole, ni même agricolo- rurale.

« Agro-Science-Industrie » s’est ainsi dénommée pour montrer qu’elle souhaite mettre ses savoir-faire à disposition des entreprises et des entrepreneurs, de façon moderne et avisée, avec expérience et vision d’avenir dans les domaines complexes du vivant, de l’agroalimentaire et de l’agriculture, et de leurs réseaux d’approvisionnement et de distribution qui tissent de multiples filières.

…je pense, donc je suis…

…je suis ce que je mange…

* Philippe Godin est un ancien de l’IGIA qui, après avoir occupé des fonctions stratégie-développement dans l’industrie l’aitière et dans des groupes comme Skalli/Lustucru, Agrial et Panavi, est actuellement consultant indépendant (PhG Conseil)