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Interview « Nous permettons aux entreprises de reprendre des risques »

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Seuls fonds exclusivement dédiés à l'agroalimentaire, les fonds Cerea sont gérés par la société de gestion et de conseil Cerea Partenaire. Gilles Sicard, directeur général délégué, et Antoine Peyronnet, directeur de Cerea Capital, dévoilent à Agra Alimentation les dernières évolutions des fonds et leurs objectifs d'investissements.

Cerea Capital monte actuellement son deuxième fonds ? Où en-êtes-vous ?

Gilles Sicard : En 2007, nous avons créé le fonds Cerea Capital, destiné à des prises de participation majoritaires, pour lequel nous avons levé 130 millions d'euros. Nous avons terminé de l'investir début 2014, c'est pourquoi nous créons Cerea Capital II aujourd'hui. Nous avons pour objectif de lever un fonds de 200 millions d'euros, souscrit à hauteur de 20 % par notre sponsor Unigrains, comme c'est le cas pour les autres véhicules d'investissement de Cerea Partenaire, et le solde par des institutionnels, des anciens patrons d'entreprise, des family office…. Nous allons procéder au premier closing fin novembre, avec 130 millions d'euros déjà collectés et 150 millions si l'on comprend les engagements futurs.

Bien que le nouveau fonds soit en cours de création, nous avons déjà réalisé trois investissements dans le courant de l'été, pour plus de 33 millions d'euros investis : la reprise des sociétés Krampouz et de la Comtoise aux côtés de leur management, et nous avons réinvesti dans Cérélia aux côtés d'IK.

Cerea Partenaire lève aussi actuellement le fonds Cerea Dette, son premier fonds de dette privée, avec près de 160 millions d'euros déjà réunis sur un objectif à 200 millions d'euros. Enfin, va bientôt commencer la levée du fonds Cerea Mezzanine III, avec un objectif de l'ordre de 130 millions d'euros.

Quelles sont vos cibles ?

GS : Cerea Capital II vise des entreprises valorisées entre 20 et 200 millions d'euros en valeur d'entreprise. À chaque fois, nous cherchons à accompagner un management de qualité déployant un vrai projet d'entreprise avec des perspectives de développement. Même sur des marchés matures, avec des éléments de différenciation les entreprises sont à même de développer leur activité.

Antoine Peyronnet : Notre objectif est de réaliser des opérations de capital-transmission sur une durée moyenne comprise entre cinq et sept ans, le temps nécessaire pour la mise en place d'une politique de développement sur le plan commercial et/ou industriel.

GS : Il existe plusieurs dossiers sur lesquels nous aimerions avancer. Ce ne sont que des exemples illustratifs mais nous regardons du côté de la logistique, où des choses bougent actuellement. Et l'annonce de la mise en vente par Mondelez de la branche française de sa division confiserie (La Pie qui Chante, Cachou Lajaunie, Carambar, La Vosgienne…NDLR) est un projet susceptible de nous intéresser. Nous allons regarder comment ces marques évoluent et quel type de développement est possible.

Qu'apportez-vous aux entreprises ?

GS : Nous apportons un vrai service. En dehors du fait que nous sommes spécialisés dans l'agrobusiness, nous avons une fonction économique qui est d'assurer la liquidité du capital. Quoi qu'on en dise, la Bourse, sauf pour des entreprises de très forte croissance qui font donc l'objet d'une couverture régulière par les analystes, n'est pas un moyen pérenne d'assurer la liquidité du capital pour un dirigeant de PME. Il existe un nombre important de petites entreprises qui se retrouvent coincées, avec un titre peu liquide, de rares transactions, une valorisation très faible sans rapport avec la valeur de l'entreprise, et qui plus est à la merci de ce qui se passe sur les places financières à l'autre bout du monde… ceci n'est pas enviable.

Nous apportons la liquidité du capital, qui est une nécessité, et avec notre aide et nos conseils nous permettons aux entreprises de reprendre des risques. Avec un apport de fonds extérieur, un dirigeant peut investir, structurer une démarche à l'export, embaucher des commerciaux dont les résultats ne se feront peut-être pas sentir avant six mois ou un an, améliorer le contrôle de gestion...

Avec ce nouveau fonds, allez-vous élargir votre domaine d'intervention ?

GS : Nos objectifs restent les mêmes, mais nous regarderons probablement quelques opportunités d'investissement à l'étranger, dans des pays limitrophes. Les entreprises de notre portefeuille réalisent en moyenne plus d'un tiers de leur chiffre d'affaires à l'international, grâce à l'export ou à des implantations à l'étranger. Le marché est européen, nous devons diversifier nos risques et ne plus être qu'en France.. Même si c'est notre centre de gravité naturel, nous regardons ailleurs, que ce soit pour des acquisitions pour les sociétés de notre portefeuille ou pour investir dans une entreprise étrangère qui pourrait trouver un intérêt à nous accueillir au capital pour se développer en France.

AP : Nous sommes convaincus que l'international est un enjeu important pour le développement de nos entreprises françaises.

Avez-vous déjà une expérience dans les opérations transnationales ?

GS : Oui, par exemple en janvier 2014, nous avons repris, accompagnés par Bpifrance, la division Specialty Chemical Packaging du britannique Chesapeake, pour accompagner Jean-Philippe Morvan. Ce dernier, qui était à l'origine de l'activité, qu'il a développée à l'issue d'un stage à la fin des années 80 chez Air Products, l'a rachetée avec notre concours, ce qu'il n'aurait pas pu faire seul. La société, qui compte un site à Saint-Etienne, mais aussi au Royaume Uni (Crewe) et en Hongrie (Permarton) s'appelle désormais Ipackchem. Elle produit des bidons destinés aux transports de produits chimiques (engrais, pesticides…) et doit accompagner des clients d'envergure mondiale. Elle est sur le point d'ouvrir une usine au Brésil, et a repris récemment un confrère sud-africain dans le but de proposer à terme ses services aux groupes clients dans le monde entier.

« Nous apportons la liquidité du capital, qui est une nécessité, et avec notre aide et nos conseils, nous permettons aux entreprises de reprendre des risques »

AP : Nous pouvons aussi prendre l'exemple de la société Bontoux qui exporte près de 90 % de son chiffre d'affaires au travers notamment de ses filiales implantées internationalement.

Pourriez-vous vous intéresser davantage à certains secteurs d'activité plus que d'autres ?

AP : Nous aimerions travailler davantage avec les coopératives, dont certaines sont présentes dans des activités qu'elles pourraient considérer comme n'étant plus dans le cœur de leur métier. Des activités qui peuvent ne pas être centrales aujourd'hui et que nous pourrions les aider à développer en partenariat.

GS : Les expériences de Sodiaal et PAI avec Yoplait, ou de Lur Berri avec LBO France, puis PAI, sur Labeyrie prouvent que des partenariats entre des fonds d'investissement et des coopératives peuvent réussir. Nous avons d'ailleurs accompagné LBO France dans le dossier Labeyrie via Cerea Mezzanine.