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Christian Reclus et Leïla Veillon (Arterris) « Nous voulons développer nos marques agroalimentaires et notre pôle distribution »

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Fortement implantée en Occitanie et Paca, la coopérative Arterris réalise depuis plusieurs années un chiffre d’affaires tutoyant le milliard d’euros, dont près des deux tiers avec son pôle agricole. Parallèlement, elle développe ses pôles agroalimentaire (30 % de l’activité) et distribution (5 %) en créant de nouvelles marques notamment dans le végétal et en lançant la nouvelle enseigne Marché Occitan. D’abord en e-commerce, celle-ci va se déployer en boutique suite au transfert d’enseigne progressif des magasins Larroque et Les Fermiers occitans dans les mois à venir. Entretien croisé avec Christian Reclus, directeur général d’Arterris depuis septembre, et Leïla Veillon, directrice marketing et communication d’Arterris.

Le 30 juin dernier, vous avez clos un exercice 2019-2020 globalement stable depuis au moins deux ans, en tout cas sur le volet agricole. Comment évoluent vos pôles agroalimentaire et distribution ?

Christian Reclus : Depuis plus de deux ans, notre activité économique globale est stable, se situant à un milliard d’euros (voir chiffre ci-dessous). Notre pôle agricole, avec 630 M€ lors du dernier exercice, pèse près des deux tiers de notre activité, reste un axe de développement stratégique, mais qui fluctue suivant l’évolution du cours des matières premières et des campagnes agricoles. Parallèlement, notre activité agroalimentaire et notre pôle distribution sont orientés à la hausse, même si nos débouchés dans les CHR sont pénalisés, comme tous les acteurs positionnés sur ce réseau, par la Covid-19 avec une baisse de l’ordre de 20 % depuis un an touchant principalement nos marques Les Halles occitanes (produits issus du canard), Pyrénées Excellence (porc et charcuterie) et Ovimpex (viande ovine notamment) qui représentent 90 M€ de chiffre d’affaires. En revanche, nous avons constaté, au cours du deuxième semestre 2020, une augmentation de 10 % de nos ventes à 53 M€ de notre pôle distribution dans nos enseignes Gamm Vert, Frais d’ici, Larroque et Les Fermiers occitans. De juillet 2020 à février 2021, cette évolution est même plus dynamique avec une croissance de l’ordre de 15 %.

Arterris a créé le site Marché occitan (marcheoccitan.fr) en novembre. Dans quel but et comment s’est déroulé son lancement ?

Leïla Veillon : Le site Marché occitan (MO) correspond à une nouvelle offre enrichie par rapport à ce que proposent nos magasins Larroque ou Les Fermiers occitans, avec la volonté de couvrir tous les métiers de bouche (viandes, charcuterie, produits traiteurs, crémerie, épicerie salée et sucrée, cave et boissons) pour mieux répondre aux besoins quotidiens des consommateurs. Actuellement, il propose 350 références dont 60 % en frais et 40 % sur les produits ambiants, en sachant que deux tiers proviennent des producteurs et éleveurs de notre coopérative, le reste de marques ou fournisseurs extérieurs locaux. Et nous allons continuer à enrichir cette offre. Les résultats de ce lancement vont bien au-delà de nos prévisions. MO propose deux modes de distribution des produits : le click and collect dans huit de nos magasins Larroque et Fermiers occitans pour 46 % des commandes et la livraison à domicile pour les 54 %. On constate que le panier moyen est nettement supérieur à celui de nos magasins physiques, de 50 % pour le click-and-collect et encore au-delà pour la livraison à domicile en sachant que le franco de port débute à 120€. Nous constatons aussi que la moitié des commandes de livraisons à domicile provient de régions extérieures à l’Occitanie, notamment de Paris et Bordeaux et, dans une moindre mesure, de la région de Marseille.

Pensez-vous déployer cette offre dans vos magasins physiques ?

C. R. : Oui, nous allons progressivement faire passer les magasins Larroque et Les Fermiers occitans pertinents sous la nouvelle et unique enseigne Marché occitan (MO). Nous avons défini un nouveau concept de point de vente qui sera testé dans le Larroque à Balma fin mai. Il va proposer davantage de vente assistée et accompagnée mais aussi du libre-service, ce que nous ne faisions que peu auparavant. En termes d’offre, comme nous le testons sur le site internet MO depuis quatre mois, nous enrichissons nos gammes avec un assortiment de plus de 500 références qui, là aussi, sera amené à se développer. Il y aura notamment plus de végétal en frais et en sec qu’auparavant, ainsi qu’une offre de viandes élargie, l’objectif étant de devenir une boutique univers répondant à la majorité des besoins du quotidien.

L. V. : Nous allons pouvoir mettre davantage en avant nos producteurs et éleveurs avec de nouveaux espaces de dégustation pour leurs produits phares. Sur les 500 références, 300 concernent le frais et 200 les produits ambiants, en sachant que les deux tiers proviendront des producteurs et éleveurs de notre coopérative.

Selon quel calendrier et pour quel montant d’investissement le nouveau concept et le changement d’enseigne se concrétisera-t-il ?

C. R. : Nous allons d’abord nous laisser le temps de le tester à Balma et une fois que le concept sera validé nous le déploierons, sans doute à partir de 2022, progressivement dans les autres magasins Larroque et Les Fermiers occitans. Soit dans les coques existantes, soit par le biais de transfert si l’implantation du point de vente existant le nécessite. Au-delà, nous pensons que MO a toute sa place aussi bien en centre-ville sur 80 m2 que sur des surfaces pouvant aller jusqu’à 200 m2 dans des zones commerciales et de flux bien desservis. D’ici à cinq ans, nous visons un réseau d’une trentaine de magasins intégrés comme maintenant ou en franchise, nous étudierons toutes les opportunités de développement. Cette année, nous investissons 500 k€ dont une part conséquente dédiée à la création du concept, et pour les années à venir c’est encore trop tôt pour l’annoncer.

Quels sont vos projets concernant Frais d’ici ?

C. R. : Nous n’avons qu’un magasin Frais d’ici basé à Foix (Ariège) qui marche très bien avec un chiffre d’affaires en hausse de 20 % à 1,2 M€. Malgré tout, nous n’allons pas ouvrir d’autres points de vente car ce magasin fonctionne avec un sourcing très local qu’il est difficile de dupliquer ailleurs, c’est un concept qui ne peut pas facilement s’industrialiser, et stratégiquement nous avons choisi de nous concentrer sur le déploiement de Marché occitan.

Arterris, historiquement très présent dans les produits carnés, a annoncé sa volonté de se développer dans le végétal, notamment dans les légumineuses et les légumes frais. Comment cette stratégie s’illustre-t-elle ?

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L. V. : Arterris a lancé fin 2019 la marque De vous à Nous, positionnée sur les céréales et les légumineuses avec une référence de lentilles vertes du Lauragais, deux références de pâtes et de riz IGP Camargue. Pour l’instant cette gamme est relativement courte, mais nous allons l’enrichir cette année avec deux nouvelles références, une de haricots de Castelnaudary qui bénéficient d’une IGP depuis décembre dernier et une de pois chiches du Lauragais. Par ailleurs, nous commençons à lancer, via la société Végédry en BtoB auprès des industriels de la panification, des plats cuisinés, des pâtes et du snacking, une gamme de légumes secs (pois chiches et autres légumes secs) transformés en farine par notre partenaire historique Ciacam, basé à Vitrolles et qui en assurera aussi la commercialisation. Nous continuons aussi à innover dans les produits carnés avec le lancement prévu en mai d’une nouvelle marque de bœuf occitan dont Arterris garantit la totale traçabilité à la fois durant l’élevage (cheptel de 1 000 bêtes par an, nées et élevées en Occitanie pour les bœufs d’excellence) avec un programme de nutrition à l’herbe et aux omégas 3 et 9. C’est une filière que nous voulons certifier Boviwell.

C. R. : D’ici à trois ans, nous voulons également doubler notre production de légumes frais à la fois sur des productions historiques comme l’asperge qui va passer de 200 à 400 tonnes par an avec le développement des cultures de nos producteurs historiques et le recrutement de nouveaux partenaires. Parallèlement, nous développons la production de légumes d’été dans la région toulousaine suite au contrat signé avec la Socamil, centrale d’achat régionale d’E. Leclerc qui exploite quarante-quatre magasins dans les départements du Cantal, de l’Hérault, des Pyrénées orientales et du Gers. Nous venons d’ailleurs d’embaucher Louise Le Goallec, une ingénieure agronome spécialisée dans les légumes qui va s’occuper du suivi et du développement de toute cette filière.

Qu’en est-il du développement de votre marque de bières Espigal lancée en septembre 2020 ?

L. V. : Nous l’avons lancée avec trois références blonde, blanche et ambrée en exclusivité dans nos magasins Larroque, Les Fermiers occitans et Gamm Vert, ainsi que sur le site internet Marché occitan. Les premières ventes sont très encourageantes. Une IPA est également sortie en novembre et nous préparons la création d’une bière noire de type Porter pour l’hiver 2021-2022 qui sortira en décembre. Elles sont élaborées en partenariat avec un brasseur indépendant basé à Saint-Sulpice-sur-Tarn qui utilise l’orge provenant des producteurs de notre coopérative. À terme, les bières Espigal seront distribuées dans d’autres réseaux que ceux de la coopérative, tels des épiceries et des cavistes indépendants.

Les chiffres clefs d’Arterris

• CA 2019-2020 (au 30 juin 2020) : 1,013 Mrd€ (+1,5 % sur un an) dont :

-630 M€ pour le pôle agricole

-331 M€ pour le pôle agroalimentaire (marques : La Belle Chaurienne, Mon Bon Bio, Secrets d’éleveurs, les Bories et produits carnés d’Ovimpex et Alpes Provence Agneaux)

-53 M€ pour le pôle distribution : 40 Gamm Vert, 1 Frais d’Ici, 6 Larroque et 5 Fermies occitans et site marcheoccitan.fr

• La dette financière nette est passée de 47,3 M€ à 29,6 M€ au cours de l’exercice clos le 30 juin 2020

• La coopérative Arterris (2 200 salariés) compte 25 000 agriculteurs rassemblant 350 000 hectares d’exploitations dans les régions Occitanie et Provence Alpes Côte d’Azur.