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Rapport Nouveau rapport de la FAO beaucoup plus nuancé sur l’élevage

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Le 18 février 2010, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) a publié son nouveau rapport sur « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture en 2009 » avec un dossier spécial sur l’élevage. L’agence onusienne se montre beaucoup plus nuancée sur les impacts environnementaux du secteur que dans son précédent rapport paru quatre ans plus tôt.

Le dossier « Le point sur l’élevage » du nouveau rapport sur La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture en 2009 a été publié le 18 février 2010 par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Moins critique que le précédent rapport de la FAO en 2006 qui accusait l’élevage d’être « l’une des causes principales des problèmes d’environnement les plus pressants », le dossier spécial du rapport 2009 révèle que ce secteur n’est pas simplement la cause du changement climatique mais qu’il en est aussi l’une des solutions. De plus, considéré comme l’un des éléments les plus dynamiques de l’économie agricole, l’élevage contribuerait à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté. Néanmoins la FAO rappelle l’importance de trouver des solutions pour réduire le risque que présentent les maladies animales.

La production mondiale de viande doit doubler d’ici 2050
L’élevage est un des éléments les plus dynamiques de l’économie agricole, selon le nouveau rapport de la FAO qui en décrit les évolutions et préconise des adaptations à ces changements. L’augmentation de la demande en viande devrait continuer jusqu’au milieu du siècle en raison de la croissance démographique, de la hausse des niveaux de vie et de l’urbanisation. La hausse la plus spectaculaire devrait avoir lieu en Afrique subsaharienne qui part de très bas avec 11kg de viande/personne/an en 2000 à près de 22 kg en 2050, selon les prévisions de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI). Quant à la consommation en Asie centrale et occidentale et en Afrique du Nord, elle passerait de 20 kg en 2000 à 33 kg en 2050. Celle d’Asie de l’Est et du Sud et Pacifique évoluerait de 28 kg à 51kg et celle de l’Amérique latine et Caraïbes de 58 à 77. En revanche, pas d’augmentation fulgurante en Amérique du Nord et en Europe du fait de leur consommation déjà très importante : 83 kg en 2000 à 89 kg en 2050. Face à cette augmentation de la demande, l’offre va devoir s’adapter, selon l’agence onusienne. « Pour satisfaire une demande croissante, la production mondiale annuelle de viande devrait augmenter de 228 millions à 463 millions de tonnes d’ici à 2050 », estime le rapport. Une adaptation de l’offre qui a déjà commencé ces dernières années avec un passage des systèmes de production mixtes de petites dimensions à des systèmes industriels de grandes dimensions. La FAO souligne également les conséquences de ce changement, notamment en matière de gestion des ressources naturelles.

Environnement : l’élevage n’est plus considéré comme la bête noire
« L’élevage contribue aux changements climatiques mais en subit également les conséquences. Il peut jouer un rôle essentiel pour les atténuer (…) Le secteur de l’élevage a un potentiel énorme en matière de contribution à l’atténuation des effets du changement climatique » : voilà l’un des messages clés de ce nouveau rapport de la FAO. Changement de ton, donc, après le rapport de 2006 qui accusait l’élevage d’être « l’une des causes principales des problèmes d’environnement les plus pressants » et « responsable de 18% des émissions des gaz à effet de serre. » « Ce nouveau rapport est beaucoup plus nuancé que celui de 2006, explique Sophie Bertrand, ingénieur agronome au service environnement de l’Institut de l’élevage, notamment sur l’intérêt de l’intensification des systèmes d’élevages ».
Cette intensification était bien davantage mise en avant en 2006 et présentée comme une solution pour réduire l’impact de l’élevage sur l’environnement. Dans ce nouveau rapport, la FAO explique que cela dépend du contexte local, de la situation de départ de l’élevage (l’Afrique ne commence pas au même niveau que l’Occident) et que « les systèmes intensifs comme les systèmes extensifs peuvent avoir des effets dommageables sur l’environnement, mais de manière différente. » Tout dépend de la prise en compte ou non du coût des externalités négatives et, inversement, des services environnementaux rendus par l’élevage. » Autre nouveauté du dossier « Le Point sur l’élevage » : la notion de stockage de carbone dans le sol des prairies présentée comme un moyen de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « La FAO n’en parlait pas du tout en 2006 », explique Sophie Bertrand. La FAO note également qu’il serait possible d’atténuer les effets néfastes de l’élevage sur l’environnement grâce à l’utilisation de technologies plus performantes (amélioration des races animales, gestion des pâturages et de la santé animale). La promotion de la recherche est considérée comme essentielle. Mais pas seulement. Pour conserver les sols, la flore, la faune et les paysages, la FAO réitère son idée de services environnementaux rémunérés par des sources publiques ou privées. « L’intérêt de rémunérer les services environnementaux pour encourager les bonnes pratiques d’élevage qui respectent l’environnement est à nouveau mentionné et même approfondi », note Sophie Bertrand. Une « gouvernance du secteur de l’élevage pour assurer une croissance continue respectueuse de l’environnement » est aussi préconisée. Ceci afin de corriger les distorsions de concurrence. Enfin, l’application de sanctions financières en cas de dommages environnementaux est une autre idée mentionnée dans le dossier. « Ce nouveau rapport prend en compte tous les impacts de l’élevage sur l’environnement, pas simplement les émissions de gaz à effet de serre, remarque la spécialiste de l’Institut de l’élevage. En ce qui concerne les impacts environnementaux, il mentionne aussi les effets sur l’eau et la biodiversité. Mais aussi ses fonctions sociétales. »

Un « filet de sécurité » pour les plus pauvres
L’élevage contribue également à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté. Face au changement, le rapport évoque aussi la nécessité de reconversion des petits producteurs. Il préconise des « stratégies plus larges de développement rural visant à créer des emplois hors agriculture pour les femmes, les hommes et les jeunes qui peuvent faciliter leur désengagement du secteur. » Pour les défis sociétaux comme pour les défis sanitaires, la FAO se tourne une nouvelle fois vers les pouvoirs publics.

Renforcer la lutte contre les maladies animales
La modification des systèmes de production pose de nouveaux défis à relever en matière de gestion des maladies animales. A ce propos, la FAO préconise de mettre en place un « cadre mondial approprié pour lutter contre les zoonoses et les maladies animales transfrontalières apparues récemment. » Cependant, de nombreux efforts restent à faire dans de nombreuses régions du monde où « les systèmes de santé animale ont été négligés », selon la FAO. Les producteurs sont appelés à participer à l’élaboration de programmes relatifs aux maladies animales et à la sécurité des aliments.

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