Amundi apporte 250 000€ à la Laiterie du Berger, deuxième acteur du lait frais au Sénégal. Ces fonds visent à augmenter les collectes auprès d'éleveurs peuls et investir dans de nouveaux équipements industriels.
Acteur de l'épargne solidaire (2,3 Mrd€ sous gestion en juin 2017), Amundi vient d'engager 250 000 € via son fonds Finance et solidarité au bénéfice de La Laiterie du Berger (LdB), deuxième acteur du lait frais au Sénégal. "Réalisé avec le Crédit Agricole Franche Comté et la Fondation Grameen Crédit Agricole qui est un actionnaire historique de la LdB, cet investissement doit lui donner les moyens d'utiliser pleinement sa capacité de production, de doubler les collectes de lait auprès d'un plus grand nombre d'éleveurs et de continuer à structurer une filière de qualité", explique Mathieu Azzous, gérant impact investing chez Amundi.
L'enjeu est de taille pour la LdB mais souligne aussi un paradoxe. "Alors qu'un tiers des familles sénégalaises vit de l'élevage dans des zones rurales où la population a des revenus inférieurs de 19% au seuil de pauvreté local (1,90$ par jour), 90% du lait consommé [soit environ 25 000 tonnes, NDLR] proviennent de lait en poudre importé, c'est ce qui a poussé Bagoré Bathily à créer la LdB en 2005", poursuit Mathieu Azzous. Il faut dire que les règles de la concurrence sont déséquilibrées, les taxes sur la collecte s'élèvent à 26% du coût d'achat du lait alors qu'elles n'en représentent que 8% pour le lait européen, déjà soutenu par la Pac. Et les Accords de partenariat économique signés en 2016 par l'UE et le Sénégal risquent encore d'accentuer ce déséquilibre, alors que le rendement des vaches sénégalaises est 23 fois moindre que celui des races européennes (300 l contre 7 000 l par an et par tête).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Vétérinaire franco-sénégalais formé en Europe, Bagoré Bathily a donc lancé la LdB pour construire et développer une filière de production de lait à Richard-Toll, dans le nord-ouest du pays, là où vivent de nombreuses familles d'éleveurs peuls. Après des débuts difficiles mais grâce à l'investissement de 840 k€ du fonds Danone Communities fin 2008 et à sa prise de participation de 25% dans son capital, la société s'est structurée, a rationalisé et diversifié sa production (yaourts, lait, crème fraîche et thiakry, un mélange de lait et de mil) en ne misant plus uniquement sur le haut de gamme, tout en lançant sa nouvelle marque Dolima.
Résultat, elle fait aujourd'hui travailler entre 400 et 800 éleveurs à 50 km autour de Richard-Toll et son chiffre d'affaires est passé de 3 à 4,2 M€ ces deux dernières années. Malgré tout, la société qui a surmonté un redressement fiscal de plus de 228 000 € en 2015, peine à dégager des bénéfices. Et pour satisfaire la demande, elle a même dû recourir aux importations. Grâce au coup de pouce du fonds Finance et solidarité, l'objectif est désormais de renforcer la filière en coopératives de producteurs, d'augmenter leur nombre, de les former, de réaliser des croisements de races pour améliorer les rendements et de créer un réseau de mini-fermes pour garantir les meilleures conditions de collecte dans les zones les plus éloignées de son site de Richard-Toll.