Le groupe coopératif Prospérité Fermière-Ingredia implanté à Arras (62) renforce sa présence sur le continent nord-américain en s'implantant dans l'Etat de New-York. Quelques mois avant la fin des quotas laitiers, les dirigeants ont l'ambition de doubler de taille dans les cinq ans qui viennent. Réunis en assemblée générale le 6 juin dernier, ils viennent de faire approuver Cap 2025, leur projet d'entreprise élaboré depuis deux ans qui fixe les grandes orientations futures du groupe laitier.
PROSPÉRITÉ Fermière-Ingredia (PFI) poursuit son implantation aux Etats-Unis. Après avoir acheté en 2009 les actifs de l'américain Kantner Ingredients Inc. (aujourd'hui Ingredia Inc.), spécialisé dans la fabrication et la distribution de mélanges et de protéines laitières destinés à l'industrie laitière et implanté à Wapakoneta dans l'Ohio, le groupe coopératif du nord de la France vient d'annoncer « un partenariat fort » avec des fermiers américains de l'Etat de New-York. « Ils se sont réunis pour construire une nouvelle usine non loin de la ville de Syracuse qui devrait travailler une collecte d'environ 200 millions de litres de lait », explique Matthieu Arguillère, directeur général du groupe Prospérité-Fermière-Ingredia. « Nous leur apportons la technologie et les débouchés », poursuit-il.
Cette nouvelle usine (Cayuga Milk Ingredients LLC), qui sera mise en service dès l'automne 2014, permettra au groupe coopératif français de développer sur le continent nord-américain des productions fabriquées sur place. Et avec ces implantations dans les Etats de l'Ohio et de New-York, le groupe français va pouvoir développer de nouvelles synergies dans les domaines des protéines fonctionnelles comme dans le secteur des commodités. « On ne regarde pas toujours forcément du bon côté de l'Atlantique quand on se projette dans l'avenir, mais il faut savoir que les producteurs laitiers américains sont en train de se restructurer fortement et vont développer un potentiel énorme de production », expliquait-il en marge de l'assemblée générale du groupe coopératif qui s'est déroulée le 4 juin dernier à Saint-Pol-sur-Ternoise (62).
« RENFORCER NOS POSITIONS »Cette nouvelle implantation renforce encore un peu plus la stratégie du groupe : développer une présence sur les cinq continents via des filiales et de nombreux partenariats signés dans des zones stratégiques. Structurée autour de ses trois business units « expertes sur leur marché », ces différents partenariats constituent pour la Prospérité Fermière Ingredia « des relais de production optimisés pour chaque zone géographique ». C'est ainsi qu'outre ses deux implantations industrielles américaines plus récentes, Ingredia a également développé depuis de nombreuses années un partenariat désormais historique avec la coopérative suisse Cremo pour la production de caséines micellaires et dans la foulée avec le français Candia-Sodiaal pour le lait UHT qu'il conditionne à façon dans son usine de Saint-Pol-sur-Ternoise (1988). Puis ce fut avec la coopérative Tatura implantée à Victoria en Australie (2004). Enfin, Ingredia dispose d'une filiale commerciale à Singapour et aux Etats-Unis ainsi qu'un bureau commercial à Dubaï (2007) qui lui permet de développer sa présence sur la zone Afrique-Moyen-Orient. Ces différentes implantations permettent évidemment une bonne répartition des risques sur l'ensemble des zones géographiques mondiales. « Notre objectif est de renforcer nos positions et nos équilibres sur les grandes zones de débouchés », expliquait Matthieu Arguillère en évoquant des pays comme l'Asie ou les Etats-Unis.
UN GROUPE EN ORDRE DE MARCHE« Doubler de taille dans les cinq ans qui viennent, tant en volume de lait traité qu'en chiffre d'affaires ! » : c'est l'objectif clairement affiché par les dirigeants du groupe Prospérité Fermière-Ingredia qui tenaient une conférence de presse à l'issue de leur assemblée générale. Le marché mondial est propice, « il est devenu plus valorisant que le marché européen et notamment français », ont souligné le président Gilles Desgrousilliers et Matthieu Arguillère.
Le groupe coopératif du Nord-Pas de Calais est désormais en ordre de marche. Si durant les dernières années, les relations entre producteurs et dirigeants ont parfois été tumultueuses, tout semble désormais être rentré dans l'ordre. Et ceci d'autant plus que le groupe a travaillé pendant plus de deux ans sur Cap 2025, son premier projet d'entreprise. « On a une stratégie industrielle, mais aussi un projet humain pour les dix ans qui viennent », a souligné le président du groupe laitier, en évoquant ce tout nouveau projet qui permet de « fédérer l'ensemble des administrateurs ».
Il doit ouvrir « un nouveau chapitre » de cette coopérative, créée en 1949 dans le Pas de Calais par une trentaine de producteurs laitiers. Comme ses homologues, elle se prépare à la sortie des quotas, mais en prenant en compte ses spécificités coopératives ! C'est ainsi que, pour la première fois depuis très longtemps, l'assemblée générale a voté la distribution d'un complément de prix et d'une ristourne. « Nous avons donné à nos producteurs des perspectives claires de développement ! ». D'ailleurs, ils ont également recapitalisé 13 euros/ 1000 litres, pour aboutir désormais à 22 euros/1000 litres. Une augmentation de capital qui additionnée aux 120 millions d'euros de fonds propres à fin 2013 de l'entreprise doit permettre à PFI de saisir toutes les opportunités de croissance.
Plus de 91 % du chiffre d'affaires de PFI sont issus des ingrédients laitiers (le reste étant généré par le lait de consommation). Dans l'avenir, le groupe devrait renforcer les activités de ses 3 business units. D'abord sur le marché des commodités, avec la production de poudres de lait entière et le lait UHT (environ 250 millions de litres /an) : « Nous sommes sur des volumes importants soumis à une grande volatilité des prix », souligne Matthieu Arguillère. Le deuxième métier de PFI concerne la production de protéines (une production d'environ 15 à 18 000T de protéines par an). « Ce sont des produits plus techniques de semi-commodités destinés à la nutrition santé et à la nutrition infantile » (120 à 150 millions de litres/an).
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Enfin, il y a les molécules destinées aux produits santé et compléments alimentaires, qui utilise très peu de lait mais qui ont une croissance régulière de 10 à 20 % par an. L'exemple le plus probant est le Lactium commercialisé depuis une dizaine d'années.
Le groupe Prospérité Fermière-Ingredia a profité de la bonne conjoncture laitière de 2013, tandis que plusieurs paramètres de gestion interne sont « passés au vert ». « L'activité nutrition a connu une croissance de 10 % et la filiale américaine a trouvé le chemin de l'équilibre en dégageant un léger bénéfice », a notamment souligné Matthieu Arguillère. Les protéines de spécialités dédiées à la nutrition sont sur une tendance « extrêmement favorable » avec une croissance de +30% de la marge. « De plus la gamme s'est étoffée de produits finis et notamment de produits hyper protéinés dont les performances sont très prometteuses en Amérique du Nord ». Le chiffre d'affaires du groupe est en hausse de 4,3 % à 414 millions d'euros, tandis que l'Ebitda a été multiplié par trois à 15 millions d'euros. Négatif à hauteur de 0,5 million en 2012, le résultat d'exploitation est passé dans le vert à 9,7 millions d'euros et le résultat net s'élève à 8,4 millions d'euros (contre une perte de 3,3 millions un an plus tôt). De bien meilleurs résultats comparés à ceux de 2012 ! En effet, « 2012 a été une année difficile due notamment à la pression sur les intrants que nous n'avons pas répercuté sur le prix du lait », justifie le directeur général. Mais ce qui a permis au groupe de ne pas perdre de collecte laitière ! C'est ainsi qu'au moment où les marchés mondiaux se sont redressés dès 2013, le groupe a pu renforcer ses résultats. La capacité d'autofinancement du groupe s'élève à 14 millions d'euros en 2013 et ses capitaux propres sont passés de 112 à 121 millions (plus de la moitié de son total de bilan).
DES PARTENARIATS SOLIDES ET DURABLESA la veille de l'échéance de mars 2015 (fin des quotas laitiers), Prospérité Fermière-Ingredia dit vouloir également tout faire pour « parvenir à atteindre une véritable taille critique. Cela nécessitera de la croissance organique et surtout le développement de nouveaux partenariats. Il s'agira également de renforcer la compétitivité de notre chaîne de valeurs en améliorant notre valeur ajoutée et en abaissant nos coûts », expliquent les dirigeants de l'entreprise arrageoise. Mais « pas de fusion, ni d'union à tout prix, mieux vaut de bons partenariats solides et durables », insistent-ils.
Une stratégie qui ne date pas d'hier et que le groupe compte bien poursuivre. D'abord avec son voisin Lact'Union qui dispose de deux sites industriels à Abbeville (80) et Braisne (02). Après avoir racheté Vitagermine, afin de développer son secteur laits infantiles, Lact'Union vient de renforcer son partenariat avec Ingredia pour valoriser les produits industriels. Le groupe développe également des synergies avec Laitnaa, une coopérative de collecte laitière implantée depuis 2008 à La Capelle (02), et qui a repris une partie de la collecte de la Sopad-Nestlé de l'usine de Boué. Et demain pourquoi ne pas développer des partenariats outre Quiévrain ?
414 M€ de chiffres d'affaires (+4,3 %) 61 % du CA réalisés à l'exportation EBITDA de 15M€ Résultat net de 8,4M€ Capitaux propres 121 M€ 3,57 M€ consacrés à la recherche-développement 447 salariés au 31 décembre 2013 dont 40 personnes dans l'équipe innovation 374 millions de litres collectés dans 1044 points de collecte
Par contre le partenariat avec Eurial dans Herbignac Cheese Ingre-dients (HCI) et destiné à valoriser les sous produits de la fabrication de mozzarella, a été stoppé en fin d'année dernière. « Eurial et Ingredia ont chacun repris leur chemin séparément. Nous ne sommes jamais parvenus à créer les synergies avec Eurial », explique Matthieu Arguillère.
Côté investissements, après avoir mis en service sa nouvelle tour de séchage en février dernier (un investissement de 28 millions d'euros), Ingredia a toujours une nouvelle tour dans les cartons. « Cet investissement n'est pas encore décidé. Il dépendra de l'augmentation de la collecte et des futurs partenariats développés », poursuit le responsable. En tout cas, PFI devrait démontrer dans les mois qui viennent sa capacité à fédérer autour de lui dans ce bassin stratégique, tant en terme de production que de consommation.