Le scandale Lactalis n'a pas fini de faire couler de l'encre. Foodwatch France, et plusieurs parents de nourrissons contaminés par des salmonelles ont déposé une plainte au pôle santé publique du parquet de Paris le 14 février. L’ONG estime que chaque partie prenante porte une part de responsabilité et relève 12 infractions graves. La DGAL du ministère de l'Agriulture a regretté de son côté le manque de transparence de Lactalis, tandis que le Confédération paysanne appelle à manifester.
Selon la branche française de l'ONG européenne de défense des consommateurs Foodwatch, "tous les acteurs impliqués dans ce scandale alimentaire ont manqué à leurs obligations : fabricant, distributeurs, autorités publiques et laboratoire se sont montrés irresponsables". Ce qui a amené l'ONG et sept familles de victimes à déposer plainte contre X le 14 février au pôle santé publique du parquet de Paris.
Foodwatch, qui a listé 12 infractions graves, "exige que les protagonistes rendent enfin des comptes". Selon l'ONG, le premier responsable dans cette affaire est évidement Lactalis qui "a fait preuve d'amateurisme", vient ensuite la grande distribution qui "porte une lourde part de responsabilité" en ayant continué à vendre des milliers de produits dangereux". Les laboratoires et le préfet de Mayenne sont également sur la sellette pour défaut de signalement et Foodwatch épingle enfin les autorités publiques qui, "ont manqué à leurs obligations en matière de prévention des risques sanitaires, mais aussi dans la gestion particulièrement défaillante de cette crise alimentaire majeure. Des consommateurs ont été trompés et des enfants mis en danger".
Pour Foodwach "cette affaire est d’autant plus scandaleuse qu’elle était évitable". C'est pourquoi, elle "appelle non seulement à la fin de l’opacité et de l’impunité mais émet également des recommandations politiques très claires pour éviter qu’un tel scandale ne se reproduise : transparence, sanctions, création d’une agence indépendante…"
Des autocontrôles positifs volontairement non délivrés
Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation (DGAL) du ministère de l'Agriculture, a clairement regretté, le 13 février lors de son audition par la Commission des affaires économiques du Sénat, le manque de transparence de la part de Lactalis. « Je constate qu’il y a eu un décalage entre les éléments donnés au niveau de l’inspection [par les services vétérinaires à l’automne, ndlr] et ce que l’on a pu récupérer comme autocontrôles » à la suite de l’alerte salmonelle, a-t-il déclaré. Selon lui, des salmonelles de type agona ont été retrouvées dans l’environnement lors d’auto-contrôles en 2009, 2011, 2013, 2014 et 2017.
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« Il est dommage qu’il n’y ait pas eu un questionnement » de la part de l’entreprise suite à ces résultats, a-t-il souligné et de préciser que « la génération spontanée, cela n’existe pas ! ». Il s’est aussi interrogé sur une possible contamination de la tour n°2 de l’usine de Craon, disant attendre le « dossier que Lactalis doit fournir ». Il a insisté sur la question de la maîtrise des salmonelles en élevage, estimant que 3% des élevages détiendraient des vaches porteuses de salmonelles. Il s’agirait donc par la suite de pouvoir les détecter pour les éliminer.
Le Parisien, dans son édition du 14 février, a publié le témoignage anonyme d'une employée intérimaire ayant travaillé à Craon en 2016. Elle affirme que certaines procédures sanitaires n'étaient pas bien, ou pas du tout appliquées : des balayettes étaient utilisées pour nettayer le sol et les machines, de la poudre de lait manipulée à mains nues par des employés dépourvus de masques, etc.
La Conf’ fait monter la pression
« Face à l'impunité de Lactalis », la Confédération paysanne appel à manifester le 22 février à partir de 13 heures devant le tribunal d'instance de Laval « pour que la justice s'empare de la question du revenu paysan ». Cette annonce en date du 9 février a été confortée par un communiqué de presse le 13 février. « Les enquêtes et les scandales se multiplient : comptes non dévoilés depuis des années, enrichissement scandaleux de la famille Besnier, mauvaise gestion de la crise de la salmonelle et depuis peu 2 milliards dissimulés dans les paradis fiscaux. Mais que fait la justice ? », s’interroge le syndicat qui demande « qu'une enquête soit ouverte par le parquet national financier sur les 2 milliards de Lactalis cachés au Luxembourg ».