Vendredi 25 juillet devait se tenir une réunion importante au sujet de Tilly-Sabco. Cet abatteur spécialisé dans l'exportation de poulets congelés au Proche et Moyen-Orient (340 salariés, 1 000 avec les emplois indirects) est tout proche du gouffre.
TRISKALIA, Terrena, Nutréa, LDC, Coop de France, Sofiprotéol et Unigrains : voici les entreprises et organisations invitées à se rendre à Rennes, le 25 juillet, à l'invitation du préfet de la région Bretagne, Patrick Strzoda. Cette nouvelle réunion, la deuxième en à peine plus d'une semaine, n'a qu'un seul objectif : trouver les solutions pouvant redonner à la filière du poulet export la rentabilité nécessaire pour investir et adapter son modèle économique. Mais il ne faut guère se bercer d'illusions. Des solutions, il n'y en pas beaucoup. « Ce n'est pas la réunion de la dernière chance, mais c'est une réunion importante. S'il n'y pas de signes positifs de la part de l'Etat et des acteurs de la filière, alors ce sera très compliqué », témoigne Georges Galardon, président de Triskalia. Depuis la mise à zéro du mécanisme des restitutions à l'exportation, il y a un an, les deux exportateurs européens de poulet surgelé, les finistériens Tilly-Sabco et Doux (240 000 t à eux deux) ne parviennent pas à être compétitifs sur le marché mondial, face aux opérateurs brésiliens. Il y a l'écart dû au coût de production, et l'écart issu de la parité monétaire, largement en défaveur des exportateurs européens. Fin 2013, Doux et Tilly-Sabco obtiennent le versement d'une aide temporaire de substitution de 15 millions d'euros. L'enveloppe est rapidement consommée.
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Depuis, Doux répète à qui veut l'entendre que son organisation verticale lui est favorable. Du côté de Tilly, en revanche, c'est la crise. Il y a quelques semaines, son seul fournisseur de vif, Nutréa –filiale de Triskalia et Terrena – a annoncé qu'il allait suspendre ses livraisons courant août. Quelles pistes la filière du poulet export peut-elle suivre pour retrouver des couleurs ? En charge du dossier volaille à la FRSEA de Bretagne, André Quénet évoque l'idée d'une sur-prime sur les surfaces cultivées en céréales destinées à nourrir les volailles export pour abaisser mécaniquement leur coût de production. Georges Galardon demande que « tous les maillons de la filière acceptent de faire des efforts dans les prochains mois » pour abaisser le prix du poulet congelé français sorti usine. Et ce, y compris le principal client de Tilly-Sabco en Arabie Saoudite, le groupe Abbar. Des discussions sont en cours avec ce dernier. Le président de Triskalia souhaite aussi que la table ronde de vendredi soit l'occasion d'obtenir de l'Etat qu'il convainque l'Europe de réactiver le mécanisme des restitutions à l'exportation. Ce n'est que lorsque l'horizon de la filière s'éclaircira que des investisseurs pourront intervenir. Alors qu'on parle avec insistance de Sofiprotéol depuis plusieurs semaines, son président Xavier Beulin interrogé par l'AFP a d'ores et déjà indiqué que « le groupe n'avait pas de projet de reprise ». On parle aussi d'un rapprochement de Tilly-Sabco et de Doux. « Ce serait effectivement une solution qui permettrait aussi de gagner en compétitivité », analyse le président de Triskalia.