À la lumière des nouvelles tendances en matière de consommation, il y a des opportunités à saisir pour les producteurs de fruits, ont affirmé les participants au congrès de la FNPF le 1er
> février. Cependant, il ne faut plus compter sur la puissance publique pour faire avancer leur filière, estime le président de la FNPF Luc Barbier.
Bien-être, santé, minceur… Les envies et attentes des consommateurs en matière d’alimentation évoluent. Preuve en est, la multiplication des régimes « sans ». Sans gluten, sans lactose, sans viande, sans sel… « À ma connaissance, l’un des seuls styles alimentaires qui n’existe pas est le” sans fruits” », a plaisanté Eric Birlouez, ingénieur agronome et sociologue de l’alimentation. « Ces tendances sont favorables à la végétalisation de l’assiette. Positionnez-vous ! », a-t-il lancé le 1er février aux arboriculteurs réunis à Paris à l’occasion du congrès de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF). Matthieu Lovery, directeur de marché fruits et légumes pour Carrefour France, a confirmé : « Les ventes de fruits augmentent, en volume et en valeur ». Certains marchés émergent tout particulièrement. Les producteurs de fruits français pourraient s’en saisir. « Les ventes de myrtilles et framboises augmentent de 20 % à 30 % chaque année depuis quelques années. Aujourd’hui, ces fruits représentent, en volume, la moitié des ventes de fraises », a témoigné le représentant de Carrefour France. Les pêches plates quant à elles représentent aujourd’hui un tiers du marché de la pêche-nectarine, « sans doute parce que c’est plus facile à manger ». Interprétation confirmée par Eric Birlouez : le « nomadisme alimentaire » et le « snacking sain » ont le vent en poupe.
Répondre aux peurs de la société
Mais pour saisir les opportunités qui s’offrent à eux, les producteurs de fruits ont des défis à relever. Le premier d’entre eux : « prendre le contre-pied » des associations environnementalistes qui fustigent les pratiques agricoles et entretiennent la peur des consommateurs. L’inquiétude est en effet grandissante, a constaté Eric Birlouez. Selon une étude TNS Food 360, en 2016, 79 % des Français jugeaient « probable » le risque que les aliments nuisent à leur santé. Ils n’étaient que 59 % à tenir le même discours en 2014.
Le problème, estime Luc Barbier, président de la FNPF est qu’« il est difficile de faire une communication positive. C’est plus facile de démolir », dit-il à l’attention de ses détracteurs. Mais la FNPF ne baissera pas les bras. Même s’ils déplorent ne pas avoir de budget mis à disposition par l’Etat, les arboriculteurs veulent communiquer sur les atouts (santé, plaisir, qualité) de la consommation des fruits français. Ils comptent également sur le travail du CTIFL pour développer des « techniques innovantes » afin de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires, en cohérence avec les attentes sociétales. Enfin, ils souhaitent œuvrer pour construire une filière forte, capable de valoriser la production.
Des « relations tendues » avec « le porte-parole du gouvernement »
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Tous ces chantiers, la FNPF les conduira avec l’interprofession des fruits et légumes, mais « sans le politique » prévient Luc Barbier. « Nous serons plus forts si nous ne sommes plus dépendants de la puissance publique ». Le président de la FNPF semble amer vis-à-vis de Stéphane Le Foll, qu’il a appelé « porte-parole du gouvernement », jamais « ministre de l’Agriculture » durant l’intégralité de son discours de clôture. « Nous avons eu des relations très tendues avec Stéphane Le Foll. Nous avons parfois dû taper du poing sur son bureau ! ». Luc Barbier reproche notamment au ministre de l’Agriculture l’interdiction d’utilisation du diméthoate, l’absence de soutien suite à l’embargo russe, et son silence face aux attaques des associations environnementales. « Est-ce que vous avez entendu une seule fois le porte-parole du gouvernement prendre la défense des agriculteurs ? Moi jamais. Il a plutôt fait œuvre pour nous stigmatiser », a affirmé Luc Barbier.
Peu importe, « la solution se trouvera chez nous ». Car Luc Barbier reste optimiste. Son ambition ? Voir les producteurs « bomber le torse en disant” je suis agriculteur” et être reconnus par la société ».
« Nous serons plus forts si nous ne sommes plus dépendants de la puissance publique »
Les inquiétudes face à l’interdiction du diméthoate persistent
La FNPF rappelle que plus de 9 mois après la décision d’interdire le diméthoate, les pouvoirs publics n’ont toujours pas défini le processus d’indemnisation des agriculteurs ayant subi des attaques de la Drosophila Suzukii. « Il n’y a rien d’officiel, mais il semble que FranceAgriMer rédige actuellement un processus qui consiste en une indemnisation à l’exploitation », a affirmé Vincent Pestre, administrateur de la FNPF. Par ailleurs, la « clause de sauvegarde nationale » qui interdit l’importation de cerises issues de pays où l’utilisation du diméthoate est autorisée, pourrait ne pas être renouvelée en 2017 selon la FNPF. La Commission européenne a en effet contesté cette clause le 15 août dernier.