Le groupe Rumasa, créé en 1963, détenait 700 enseignes, la plupart dans l’hôtellerie et les secteurs viticole et bancaire. Avec plus de 60 000 salariés, la société affichait une bonne croissance, et rachetait régulièrement d’autres sociétés pour les renflouer. Or, la gestion de Ruiz-Mateos fut très vite critiquée : le groupe cumulait dettes envers le fisc et la Sécurité Sociale, et finançait des investissements à très haut risque. Les sociétés du groupe se portaient garantes réciproquement les unes des autres et ses gestionnaires bloquaient toute tentative d’audit. Le gouvernement espagnol prit alors la décision exceptionnelle d’exproprier la famille Ruiz-Mateos du groupe, mesure nécessaire selon Miguel Boyer, le ministre de l’Économie « non pas pour punir les gestionnaires, mais pour éviter de graves conséquences sur le marché espagnol ». Cette nationalisation entrainera d’énormes pertes pour le Trésor, qui devra privatiser 96 marques du groupe. Avant de passer quelques années en prison, Ruiz Mateos, en litige avec le gouvernement, commence sa croisade pour attirer l’attention sur « l’injustice de sa dépossession ». Les techniques sont très diverses : apparitions lors de fêtes publiques alors qu’il était recherché par la justice, conférences de presse déguisé en Superman arborant le logo de Rumasa sur son torse, avions qui survolent le pays avec des messages traitant de voleurs les membres du gouvernement… Il a même agressé à coup de poing le ministre de l’Économie lorsque l’expropriation fut prononcée par le tribunal. À sa sortie de prison, il crée donc Nueva Rumasa, et la même dynamique reprend: création de faux, achats frauduleux, évasion fiscale...les mises en examen se succèdent et plusieurs entreprises font faillite. Pour maintenir son aura, Ruiz-Mateos joue dans les publicités télé du groupe, en mettant en scène son « célèbre coup de poing des années 80 ».
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