La mise en commun des activités Grand Ouest d’Unicopa et d’Evialis, destinée à faire émerger un géant de la nutrition animale dans la région, avait pu faire craindre de sévères restructurations. La réalité est tout autre, et les deux groupes ont lancé un programme d’investissement important, de l’ordre de 5 M EUR, pour faire fonctionner en réseau les 8 usines de la nouvelle société Nutréa.
La constitution en Bretagne de Nutréa dans l’industrie de l’alimentation animale, il y a un peu plus de six mois, avait fait grand bruit à l’époque. Quelle est la situation aujourd’hui selon ses dirigeants ?
La mise en commun des outils d’Unicopa et d’Evialis dans l’Ouest (hors activité de prémix) devait donner naissance à un géant de la nutrition animale. Mais au prix, selon certains, de restructurations importantes.
Nutréa a atteint ses objectifs de taille. La société fonctionne sur un rythme annuel de 1,650 million de tonnes d‘aliments fabriqués dans huit usines (voir encadré) – 2,2 millions de tonnes équivalent aliment reconstitué – avec 625 salariés.
Et jusqu’à présent, les deux actionnaires n’ont pas eu besoin de tailler dans le vif. « Nous sommes très satisfaits de Nutréa», disent en chœur Loïc Helloco et Félix Ségalen, respectivement directeur général de Nutréa et responsable de la marque Guyomarc’h.
La société dans laquelle Unicopa détient 66 % du capital arrive au second rang des fabricants nationaux, derrière Glon Sanders. Sur le Grand Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie), Nutréa domine le marché de l’aliment bovin avec un peu plus de 253 000 tonnes, atteint la seconde place en aliments pondeuses (269 500 tonnes), comme en lapin (48 500 tonnes), etc.
Nutréa répartit ses fabrications entre les aliments porcs à 34 %, volaille chair à 31 %, les aliments bovin à 15 %, les aliments ponte et repro 15 %, lapin 3 % et le reste en divers. Tous les outils travaillent des aliments au moins pour deux espèces.
Des mouvements mais pas de licenciements
La fusion a engendré quelques mouvements, mais aucun licenciement. L’ensemble des fonctions d’achat a été centralisé à Languidic, siège opérationnel. Ressources humaines, gestion, informatique ont suivi le même chemin.
La fusion des équipes commerciales n’a posé aucune difficulté majeure, selon Loïc Helloco. Un seul de la centaine de technico-commerciaux des deux actionnaires de Nutréa n’a pas adhéré au projet et a quitté la nouvelle structure. Le projet est entièrement bâti sur un postulat : les structures fusionnent, les marques demeurent et leurs équipes commerciales travaillent dans « un climat d’émulation contrôlée », précise Loïc Helloco.
Nutréa détient trois marques en Bretagne, Pays de la Loire et Basse-Normandie : Unicopa, Guyomarc’h et UCA, une quatrième (Peigné) uniquement en Loire-Atlantique. Rien n’a été modifié, ni les gammes, ni leur « esprit » : à Unicopa « l’innovation et le service », à Guyomarc’h « l’image du privé », selon Nutréa.
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Nutréa dispose d’un épais portefeuille de 12 000 clients. C’est là que se situe le fonds de commerce de l’entreprise, selon Loïc Helloco et Félix Ségalen. Cela dit, c’est par la performance économique que Nutréa réussira à gagner des parts de marché.
Non pas massifier, mais optimiser
« Nous allons investir 5 millions d’euros en 2006, explique le directeur général. Non pour massifier, mais pour optimiser ». Avec quelques mois de retard, le projet d’informatisation industrielle devrait être officiellement lancé début février dans « l’usine de Languidic 2 (300 000 tonnes d’aliments porcs et volailles) ».
Il s’agit d’un projet lourd et ambitieux destiné, in fine, à relier l’ensemble des fonctions industrielles des huit usines de Nutréa, normalement à la fin 2007. Grâce à ce cerveau complexe dont la mise au point revient à Schneider, Nutréa pourra modifier les formulations en fonction du coût des matières premières en temps réel.
La traçabilité des outils et de la branche, déjà garantie par les certificats Iso (9002 ou 9001) devrait être renforcée. Loïc Helloco s’attend à en retirer « d’importantes économies » et estime que la gestion des gammes s’en trouvera « optimisée».
Malgré le coût du projet d’informatisation industrielle (3 millions d’euros), finalement supérieur aux prévisions. Nutréa compte également mettre à profit l’exercice 2006 pour optimiser l’ensemble de sa logistique.
L’ensemble de la flotte de livraison des trois marques du Grand Ouest (158 tracteurs dont 90 en propriété directe) va voir ses couleurs harmonisées. En fonction des marques à livrer, les chauffeurs apposeront le logo de la marque ad hoc.
A terme, Nutréa prévoit de fabriquer l’ensemble de sa production non plus en fonction des marques d’origine, mais des marchés à livrer. La mise en réseau industriel de l’ensemble des sites deviendra alors incontournable pour parfaitement faire fonctionner l’ensemble.
« Nous nous mettons dans la configuration de vendre moins cher demain », souligne Félix Ségalen. Loïc Helloco parle, lui, d’être « dans la capacité de durer ».
Sur un marché baissier, Nutréa a pour objectif de fabriquer à court terme 1,7 million de tonnes « en contribuant à la mise en œuvre d’un système de management qualité filière ». Ses objectifs économiques : atteindre une marge nette autour de 1% du chiffre d’affaires (400 millions d’euros en 2005), soit la moyenne du métier et 3% de marge brute d’autofinancement.