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Nutrition animale : Duralim veut valoriser les progrès de toute la filière

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Les syndicats de fabricants d’alimentation animale sont à l’origine d’une démarche, appelée Duralim, qui vise à mettre en avant les actions « durables » mises en œuvre dans l’ensemble de la filière, et à engager les entreprises vers de nouveaux progrès qui seront valorisés dans un rapport annuel. La démarche s’inscrit dans un contexte de consommation de plus en plus experte et de transparence toujours plus poussée, à tous les maillons des filières. « Tous les élevages doivent être visitables », demandait par exemple cette semaine là, le p.-d.g. de LDC, Denis Lambert.

Coop de France nutrition animale et le Snia ont lancé, le 7 juin, dans l’enceinte du Cese (Conseil économique, social et environnemental), une démarche appelée Duralim, qui doit permettre « d’améliorer la durabilité de l’alimentation animale » ; les participants à cette démarche s’engagent à mettre en place des actions de progrès, selon des axes de « durabilité » prédéfinis, au cours des trois années suivant la signature ; en échange, Duralim rendra compte, dans un rapport publié annuellement, des efforts réalisés par chacun des signataires, mais aussi des pratiques déjà mises en œuvre. L’adhésion à Duralim est payante et ouverte à toutes les organisations de la filière (entreprises, organisations, syndicats), jusqu’aux exploitations agricoles qui doivent s’acquitter, elles, d’une contribution « symbolique » de 15 euros. Parmi les premiers signataires, l’AGPB, Avril, Carrefour ou la Cavac. La démarche répond à une volonté d’être « offensif » envers les consommateurs, et non plus de subir les scandales sanitaires et l’agenda de la presse et des associations. « Nous avons une vraie ambition de faire changer le regard de la société sur les activités économiques », a expliqué Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale. « Nous avons seulement le regret de ne pas avoir réussi à nous mettre d’accord pour aller plus loin que ce qui est prévu par la loi, notamment la loi brésilienne », a commenté Arnaud Gauffier, responsable alimentation et agriculture chez WWF France, qui a participé à l’élaboration de la charte.

Un consommateur de plus en plus intelligent

La démarche s’inscrit également dans un contexte où le consommateur devient de plus en plus exigeant et expert sur les questions de durabilité. « L’ère du choix entre durable et non durable est révolue. Le standard aujourd’hui, y compris dans les entreprises internationales, c’est la transformation de l’ensemble de l’offre, y compris les produits les plus accessibles », a expliqué Elisabeth Laville, présidente du cabinet de conseil Utopies, lors d’une conférence sur les achats durables organisée au CESE, le 7 juin, par Coop de France. Les consommateurs seraient de plus en plus dubitatifs face aux gammes « vertes » dans les rayons de supermarchés, et de plus en plus « intelligents » face aux allégations des entreprises. Pour Elisabeth Laville, les entreprises sont en retard sur la demande : « Les attentes des consommateurs ont bougé, c’est l’offre qui n’a pas bougé ». Et de citer l’initiative d’une enseigne de produits de sports et loisirs américaine REI, qui lors du black friday, période traditionnelle de promotion, a fermé les portes de ses magasins, payé un jour de congé à ses salariés et conseillé à ses clients « d’aller prendre l’air ». Résultat : hausse nette des adhésions au magasin dans les mois qui ont suivi l’opération. « Mme Michu n’existe plus, les consommateurs sont de plus en plus intelligents », étaye Philippe Goetzman, directeur des relations institutionnelles d’Auchan. Avant de nuancer : « Mais même s’il y a une demande de sens, le prix reste le principal déterminant. L’oublier serait une condition de l’échec. »

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Que tous les élevages soient visitables

La démarche s’inscrit également dans un monde, l’alimentation, de plus en plus transparent, où chaque filière, de l’aliment jusqu’à l’abattage, doit pouvoir tout montrer et tout expliquer. La preuve en est avec les déclarations du président du directoire du groupe volailler LDC, Denis Lambert, lors de l’assemblée générale du Snia, le 3 juin. « Demain, il faut que tous les élevages soient visitables », estime-t-il. Faisant référence à la récente vidéo tournée par L214 dans un élevage de poules pondeuses, le dirigeant a mis en avant la nécessité de se préparer à la transparence des conditions de production. « Les éleveurs sont audités en ce moment pour vérifier que l’on soit sûr que cela corresponde aux demandes des consommateurs en termes d’environnement et de bien-être ». Il annonce que LDC sera « de plus en plus présent sur les audits ». La même semaine, la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie a effectué sa troisième visite inopinée, le 6 juin, dans un abattoir de volailles du groupe Gastronome à Ancenis (Pays de Loire), où elle a constaté de « graves difficultés », reconnues par la direction générale elle-même, et qui font l’objet d’un « important projet d’investissement ». Les députés ont notamment pointé du doigt le système « d’électronarcose par bain d’eau », jugé « peu satisfaisant » car « source de stress pour les animaux et engendre des conditions de travail particulièrement pénibles pour les opérateurs », mais aussi une zone de réception des volailles mal équipée.