Depuis plusieurs mois, l’Ania fait la promotion d’un projet de fondation d’entreprises baptisée « Alimentation et Vitalité » destinée à informer et éduquer le consommateur et à soutenir des recherches sur son comportement. Ce projet, qui demandera à être reconnu d’utilité publique, intervient alors qu’un projet de Fondation de recherche sur l’alimentation et la nutrition, initié par l’Inra, n’a pu sortir des cartons et alors que l’IFN proposait déjà la réunion de tous les efforts – des industriels, des acteurs de santé publique et des chercheurs – pour que l’institut se transforme en Fondation scientifique pour la nutrition et l’alimentation. Son président, Jean-Paul Laplace, plaide ici pour que cessent ces luttes fratricides.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à une « épidémie » d’obésité, classée dès 1997 par l’OMS comme une maladie en raison de ses lourdes conséquences somatiques, psychologiques et sociales. Le déterminisme multifactoriel de cette pathologie appelle une démarche pluridisciplinaire et intégrative dont la complexité est telle qu’aucun des acteurs ne saurait maîtriser toutes les composantes des savoirs disponibles, explorer les vides de connaissance qui subsistent, et prendre en compte les interactions entre des facteurs parfois peu quantifiables.
Dans ce contexte, des exigences de dialogue, d’échange et de coopération constructive s’imposent aux scientifiques et aux professionnels de la chaîne alimentaire. Il est urgent que cessent la dispersion des efforts et le saupoudrage de ressources, pour mettre un terme à la faiblesse des actions et à la multiplicité de messages dont la pertinence n’est pas toujours satisfaisante et qui contribuent fâcheusement à une certaine cacophonie ambiante. La concertation entre les milieux scientifiques et les professionnels de la chaîne agroalimentaire devrait intervenir sur toutes les questions intéressant la nutrition et l’alimentation, en lien étroit avec les institutions et les départements ministériels. Plus que jamais, la France a besoin d’une réelle convergence des efforts.
Depuis plus de deux ans, j’invite tous les partenaires de la chaîne alimentaire à rejoindre la plate-forme de réflexion et d’échanges scientifiques et techniques que constitue l’Institut français pour la nutrition (IFN), en soulignant qu’il s’agit d’un véritable enjeu stratégique d’intérêt collectif. J’invite aujourd’hui tous les partenaires de bonne volonté à se joindre à nous pour exploiter ensemble l’expérience et la notoriété acquises dans la discrétion par l’IFN au fil des 30 dernières années. Nous les appelons à participer à la transformation de l’IFN pour, ensemble, co-construire une grande fondation scientifique pour la nutrition et l’alimentation en France.
Recherche, diffusion des savoirs, éducation
Deux grands axes d’action sont ouverts pour une telle fondation scientifique pour la nutrition et l’alimentation :
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– l’acquisition de connaissances par une recherche clairement finalisée, répondant à des interrogations concrètes des partenaires (producteurs, industriels et distributeurs, acteurs de santé, consommateurs) ;
– la contribution à l’amélioration de la santé publique par le soutien à des actions de prévention ciblées, et par la participation à un effort de diffusion des savoirs pour une éducation alimentaire.
Pour la conception et la mise en œuvre de recherches dans le domaine de la nutrition, la concertation doit présider à l’orientation des demandes particulières des partenaires vers les laboratoires, instituts, et tous les organismes publics ou privés compétents. Il nous appartient collectivement de choisir cette opportunité que constituent les fondations pour mettre en place un outil commun par lequel acteurs privés et acteurs publics pourraient travailler ensemble dans un contexte de totale transparence. Un tel dispositif a vocation à mobiliser des fonds privés au service d’une recherche finalisée d’intérêt public, contribuant ainsi à accroître le volume et la pertinence de l’effort national de recherche. Il a également vocation, par sa transparence, à mobiliser les scientifiques en leur épargnant les inutiles accusations de collusion ou de corruption trop souvent formulées à l’égard des chercheurs compétents qui tentent de répondre à des questions concrètes posées par des acteurs économiques. Plus encore, la grande fondation scientifique que j’appelle de mes vœux devrait pouvoir bénéficier de l’appui de grands organismes de recherche comme l’Inra (en charge pour l’Agence nationale de la recherche, ANR, du grand Programme national de recherche sur l’alimentation, PNRA), l’Inserm et le CNRS, cautionnant par là même l’engagement des chercheurs au service de problématiques transversales, croisant l’académisme de recherches avancées et la finalité des besoins très concrets de notre société.
La recherche est encore nécessaire pour évaluer, à l’aune des connaissances et des incertitudes, la pertinence des objectifs retenus pour des actions de santé publique, et l’adéquation des messages sanitaires. Les acteurs économiques ont la capacité de contribuer de façon décisive à la diffusion des savoirs et à la prévention, pour autant qu’ils s’appuieront sur les scientifiques pour préciser les objectifs dans le cadre d’une concertation également organisée de façon transparente avec les pouvoirs publics. Il y va de l’intérêt des acteurs économiques pour que leur soit épargné l’éternel soupçon de collusion et de défense d’intérêts particuliers qui entache régulièrement leurs efforts.
Je propose donc à tous les acteurs de bonne volonté de participer à la co-construction d’une grande fondation scientifique française pour la nutrition et l’alimentation qui soit le lieu de rencontre de l’action politique (santé publique), de l’action économique (alimentation), et de l’action scientifique (nutrition et comportements alimentaires) dans une médiation constructive au service des consommateurs. Ma conviction est que notre ambition collective doit être que cette fondation scientifique formée autour de l’IFN soit susceptible de devenir à terme LA fondation française pour la nutrition et l’alimentation.