Candidat à la présidence de l’observatoire des prix et des marges, l’enseignant-chercheur à l’université de Brest Olivier Mével insiste sur le rôle de l’institution, qui est là pour expliquer la construction des prix. L’observatoire ne peut pas s’abstenir d’expliquer pourquoi une telle différence existe entre les prix à la production et les prix au rayon. Il estime que chaque chiffre doit faire l’objet d’une discussion contradictoire et être argumenté.
« J’aime faire des allers-retours entre la recherche et le terrain. Jamais l’écart n’a été aussi grand entre les prix bas à la production des produits de l’élevage et les prix au rayon boucherie des GMS. Il manque une explication de la part de l’observatoire des prix et des marges ». Le rôle de l’observatoire « est de caractériser le mécanisme de construction des prix », a déclaré Olivier Mével, en marge du congrès de la FNSEA à Brest auquel il a assisté.
Expliquer ce qui ne va pas…
« Un prix est le résultat d’un rapport de forces. Chaque prix doit être discuté de façon contradictoire et être argumenté. Il faut un observatoire clair et ouvert ». L’observatoire doit pouvoir expliquer au grand jour tout ce qui ne va pas dans le domaine des prix et démonter les mécanismes en proposant des pistes d’amélioration. Or, voilà ce qui ne va pas : du fait de la guerre des prix entre enseignes, les marges brutes des distributeurs ne sont que de 7 à 8 % sur les produits de grandes marques, alors qu’il faudrait 30 à 35 % de marge brute. Ne pouvant vivre sur la vente des produits de grandes marques, les GMS se refont des marges sur les produits frais comme les fruits et légumes, la viande, les produits laitiers et les produits régionaux. Ce sont d’ailleurs souvent des coopératives qui vendent les produits de marques régionales.
La raison d’être de l’observatoire est d’expliquer qui gagne quoi et pourquoi le partage de la valeur ajoutée est inégal : « Pourquoi un produit d’élevage qui est vendu 100 par le producteur se retrouve à 450 dans le rayon ? » La génisse vaut 3,60 € le kilo départ exploitation. Or, au détail le prix du kilo est de 18 à 20 € le kilo. « Qu’est-ce qui se vend à moins de 20 € le kilo de viande bovine au rayon boucherie » en viande bovine ? Il faut que l’observatoire « décrive ce qui s’est passé entre le producteur et le rayon de la GMS ». Il serait intéressant que l’observatoire caractérise les rapports de force de la quinzaine de filières agricoles (produits laitiers, avicoles, fruits et légumes, etc.), car elles ont chacune leurs particularités, selon Olivier Mével. D’autant plus que certaines de ces filières « sont des filières de soumission ».
…et mettre en exergue ce qui va bien
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De plus, l’observatoire est là aussi pour mettre en exergue ce qui va bien et en démonter le fonctionnement. Ainsi la Fédération nationale bovine (FNB) a mis en place avec Carrefour et Système U une opération « Cœur de gamme » en viande bovine, par laquelle l’enseigne rémunère le producteur en tenant compte de son coût de production. Mais « si les autres enseignes ne font pas d’opérations de ce genre, Carrefour et Système U vont s’essouffler. L’observatoire doit donc éclairer les filières et guider les consommateurs » sur les démarches attentives à la rémunération des producteurs, précise le candidat à la présidence de l’observatoire.
L’observatoire « doit pouvoir poser le problème de la LME (la loi de modernisation de l’Économie votée en août 2008) ». « C’est lui qui doit donner des pistes. Il doit guider la représentation nationale », ajoute Olivier Mével.
"Il faut que l’observatoire décrive ce qui s’est passé etre le producteur et le rayon de la GMS"
Prix et marges : le président de l’observatoire sera nommé dans les prochains jours
Le président de l’observatoire des prix et des marges sera nommé dans les prochains jours, en tout cas avant la conférence de presse de bilan annuel de prix et marges des filières alimentaires qui est prévue pour le 11 avril, indique le ministère de l’Agriculture le 30 mars. Il sera donc nommé par l’actuel ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Le président actuel, Philippe Chalmin, arrive en fin de son mandat. Il est candidat à sa succession. Deux autres candidats se sont déclarés : Olivier Mével, enseignant-chercheur à l’université de Brest, et Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Le profil recherché est « un universitaire de haut niveau dont les travaux de recherche témoignent d'un intérêt majeur pour le fonctionnement des marchés de matières premières et en particulier des marchés agricoles en France, et d'une connaissance approfondie des principaux enjeux du fonctionnement de la chaîne de commercialisation alimentaire ».