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Santé Obésité : l’Europe et les Etats-Unis tentent d’accorder leurs violons

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La Commission européenne a rassemblé à Bruxelles l’ensemble des acteurs concernés (fonctionnaires, IAA, publicitaires, ONG, associations de consommateurs, etc.) pour identifier les meilleures pratiques de part et d’autre de l’Atlantique en matière de lutte contre l’obésité. Les bases d’une collaboration future ont été jetées, qui pourraient aboutir à des actions conjointes de réglementation et d’autorégulation en Europe et aux Etats-Unis.

Naguère réservé aux Américains, le phénomène de l’obésité gagne du terrain en Europe au point de devenir un sujet de préoccupation majeur pour la Commission qui n’hésite plus à parler de véritable « épidémie ». « La crise de l’obésité en Europe est en tous points aussi grave que celle qui touche l’Amérique du Nord et a des conséquences désastreuses sur le plan de la santé publique et des coûts économiques », a déclaré Markos Kyprianou, le commissaire européen à la santé et à la protection de consommateurs, en ouvrant une conférence consacrée au sujet, le11 mai à Bruxelles.

Un phénomène en progression continue

Les statistiques ont en effet de quoi inquiéter. Sur les 450 millions d’habitants que comporte l’Union élargie, près de 14 millions souffrent d’une surcharge pondérale ou d’obésité dont plus de trois millions sont des enfants, selon la Commission européenne. On est encore loin des 60 millions d’Américains touchés aujourd’hui, dont neuf millions sont âgés de 6 à 19 ans.

Mais ces chiffres devraient continuer d’augmenter, prédit la Commission. Selon ses estimations, plus de 400 000 enfants par an franchissent le seuil de la surcharge pondérale. Une étude publiée dans le numéro de Janvier 2006 du International Journal of Pediatric Obesity, prédit qu’à l’horizon 2010, près de la moitié des enfants américains, nord et sud confondus, seront en surcharge pondérale. Ils seraient alors 38% en Europe.

Et les adolescents trop gros d’aujourd’hui sont les victimes de crises cardiaques ou les diabétiques de demain, prévient Bruxelles, qui estime le coût des maladies liées à l’obésité à près de 7% des dépenses de santé dans l’UE. Une part qui serait ainsi amenée à croître d’autant avec la progression du fléau.

Des approches divergentes

Mais les approches continuent de diverger de part et d’autre de l’Atlantique sur les solutions à apporter au problème. Contrairement à l’Europe, les Etats-Unis misent clairement sur l’autorégulation par les IAA. Selon Deborah Platt Majoras, qui préside la Federal Trade Commission américaine, «  les industriels doivent répondre aux préoccupations légitimes du public […] en prenant des mesures fortes pour modifier leurs produits, leurs techniques de marketing et leurs messages », a-t-elle lancé lors de cette conférence. Mais elle dit néanmoins croire que «  ces mesures doivent venir de l’industrie elle-même et ne pas être imposées par le gouvernement ».

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Platt Majoras cite notamment en exemple l’initiative lancée en mai 2006 par Cadbury Schweppes, Coca-Cola, PepsiCo, et l’association américaine des fabricants de boissons pour limiter la taille des portions et diminuer la teneur en calorie des snacks et sodas mis en vente dans les écoles. Sous l’impulsion du gouvernement, les IAA se sont par ailleurs engagées en juillet à prendre d’autres mesures, notamment à proposer des produits sains aux enfants et à les rendre plus attrayants, à utiliser des emballages leur permettant de mieux contrôler la taille des portions et à mettre au point un étiquetage plus clair. Les médias se sont quant à eux engagés à revoir les licences d’exploitation accordées aux personnages et figurines publicitaires pour leur permettre de promouvoir des produits plus sains et à diffuser des messages sur la nutrition et l’activité physique dans leurs programmes.

Une stratégie européenne encore à déterminer

Au niveau européen, la mesure phare de la Commission – la proposition de règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé apposées sur les produits alimentaires – devaitt être adoptée par le Parlement le 16 mai (voir par ailleurs). Une révision de la législation sur l’étiquetage des denrées alimentaires est également en cours. Et la plate-forme sur l’alimentation, l’activité physique et la santé, lancée en mars 2005, a déjà débouché sur une série de 96 engagements par les IAA pour lutter contre l’obésité en Europe, sur un modèle d’autorégulation faisant écho au système adopté outre-Atlantique. Les engagements portent notamment sur des campagnes d’information promouvant des modes de vie sains, la réduction des quantités de sucre et de sel dans les aliments, l’amélioration des informations nutritionnelles sur les emballages et la promesse de ne pas cibler les actions de prospection directement sur les enfants.

Par ailleurs, les résultats d’une vaste consultation publique lancée en décembre 2005 avec le « Livre Vert » de la Commission sur l’alimentation et l’activité physique seront rendus publics en juin. Celui-ci pourrait déboucher sur d’autres initiatives. « Dans quelle mesure l’industrie est-elle prête à réduire ou à modifier ses messages promotionnels visant les enfants ? Les messages promouvant une alimentation saine peuvent-ils réellement concurrencer le matraquage publicitaire en faveur des aliments et des boissons ? » s’interroge notamment la Commission.

« Une stratégie globale, combinant des initiatives à la fois législatives et non législatives, est nécessaire pour enrayer la progression de l’obésité en Europe », a conclu le commissaire Kyprianou à l’issue de la conférence.