Le 19 juin, en présence de Stéphane Travert, Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a commenté son septième rapport. Sans grand changement, les coûts de production globalement ne couvrent pas les charges des agriculteurs/éleveurs. Et dans un marché de plus en plus mondialisé et donc favorisant une grande instabilité des prix, l'Observatoire met cette année encore l'accent sur la stabilité des prix pour les consommateurs.
Comme chaque année depuis sa mise en place en 2010, l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM), présidé par Philippe Chalmin, rend compte de ses travaux d'analyse (*) sur la formation et la répartition de la valeur "du champ à l'assiette" c'est-à-dire tout au long des chaînes de production, de transformation et de distribution alimentaires. Le 19 juin, l'économiste a donc présenté le rapport 2018 en présence de Stéphane Travert, avant de le remettre au Parlement. Cette présentation s'inscrivait à l'issue d'une année marquée par la tenue des États généraux de l'alimentation (EGAlim) au cours desquels les travaux de l'Observatoire ont d'ailleurs "été unanimement salués", comme l'a souligné ce dernier. Une année également marquée "par de fortes tensions, tant sur les marchés agricoles européens et internationaux qu'au sein de certaines filières alimentaires françaises et tout particulièrement dans le domaine laitier", indique également le rapport.
Si les prix à la production agricole affichent une hausse moyenne de 3 % en 2017, après les fortes baisses de 2014 et 2015 et la stagnation de 2016, il n'empêche que " les producteurs ont du mal ", a constaté l'expert. En effet, même s'il existe des exceptions, dans la filière porcine notamment et marginalement dans le lait, " les prix payés aux agriculteurs ont été à nouveau inférieurs à la réalité des coûts de production et n’ont pas couvert la rémunération du travail ni du capital et cela même en tenant compte des aides européennes", selon le rapport.
Stabilité des prix à la consommation
Ceci n'a pas manqué de faire réagir la FNSEA, indiquant dans un communiqué que ce constat "nous engage à tout faire pour rééquilibrer le rapport de force dans les relations commerciales et faire cesser cette guerre des prix dont les producteurs paient le prix fort". Et de prévenir que les producteurs ne pourront pas attendre encore un an et qu'il revient donc au gouvernement et aux parlementaires de faire en sorte "pour que la future loi et les ordonnances qui en découleront soient bien applicables pour les prochaines négociations commerciales".
Philippe Chalmin s'est également dit "frappé par la stabilité des prix à la consommation ", qui enregistre une hausse d'un peu plus de 1% comme en 2016, légèrement supérieure à l’inflation générale. « C’est désormais un contexte structurel : une très forte instabilité des prix à la production et une grande stabilité de ceux à la consommation », a souligné le président de l’OFPM, ajoutant que les producteurs étaient soumis à une double instabilité : celle des prix mondiaux et celle de la parité euro/dollar.
Alors que les industriels et les distributeurs sont souvent suspectés de réaliser de grosses marges sur le dos des autres maillons de la chaîne, l'expert a souligné que " s'il y en est un qui s'en met plein les poches, c'est plutôt le consommateur. Le problème, c'est qu'il ne s'en rend pas compte. Il n'a jamais consacré aussi peu d'argent à son alimentation et il n'a jamais été aussi bien nourri". Et de donner l'exemple du beurre dont la hausse des prix en 2017 n'a pas totalement été répercutée aux consommateurs. Ainsi alors que la flambée sur les cours "a conduit à une augmentation de 1,89 euro de l’indicateur du prix du beurre industriel servant de référence pour la matière première", soit plus de 87 % de la valeur finale du beurre plaquette en 2017, la hausse du prix du beurre plaquette 250 g au détail n'a "pas augmenté dans les mêmes proportions, mais seulement de 27 centimes, cette revalorisation du prix du beurre industriel a été largement encaissée par le maillon industriel, dont l’indicateur de marge brute est négatif cette année (- 30 centimes) et a donc diminué de 1,49 euro". Celui de la grande distribution a perdu 5 centimes par rapport à 2016. D'ailleurs, plus globalement, les comptes des rayons de la GMS en 2016 montrent de grandes disparités de marge nette avant impôt (pour 100€ de chiffre d'affaires) selon les produits (voir tableau). Et Philippe Chalmin de rétablir contrairement à ce qui a pu être dit, que "l'Observatoire n'est au service d'aucun maillon particulier des filières, qu'il soit agricole, industriel ou commercial".
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Un outil adopté par toutes les filières
Et comme chaque année, l'OFPM a analysé la répartition de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne de valeur conduisant à l’offre alimentaire (voir ci-contre). "La chaîne de valeur est ainsi décomposée non pas dans la seule filière agroalimentaire, au sens « vertical » du terme (agriculture, industrie alimentaire, distribution), mais dans l’ensemble de l’économie nationale", explique le rapport de l'OFPM. Ainsi, en 2014, la valeur ajoutée induite dans l’agriculture est de 6,5 euros pour 100 euros de dépenses alimentaires et d’environ 10% de la valeur ajoutée totale. Une part "en légère progression par rapport à 2013, du fait d’une hausse conjoncturelle du taux de valeur ajoutée de la branche agricole, découlant notamment, en 2014, de la baisse des prix de certains intrants (produits végétaux pour l’alimentation animale) et la hausse de certains produits agricoles (lait)", est-il précisé.
En comparaison la valeur ajoutée induite par les industries agroalimentaires est de 11,90 euros, la restauration de 13,7 euros, les services de 14,40 euros, les commerces de 15,40 euros. Les importations pèsent quant à elles 25,10 euros. Sur une période longue (1999 à 2014), la part de la valeur ajoutée de l'agriculture dans la consommation alimentaire hors restauration a diminué de 30 %, dont 20 % entre 1999 et 2005 de façon linéaire, puis de façon plus irrégulière ensuite du fait de l'instabilité des prix.
Dans ses conclusions, Philippe Chalmin s'est félicité que le rapport de l'Observatoire soit "un outil adopté par l'ensemble des filières ". Stéphane Travert a de son côté rappelé que "les conclusions des EGAlim ont clairement indiqué qu'il fallait renforcer le pouvoir de l'Observatoire". Pour autant, si son rôle est indispensable, il ne doit pas se substituer au travail des interprofessions, a-t-il également insisté. C'est donc bien à elles qu'il revient de bâtir les indicateurs de prix dans le cadre de la contractualisation.
ces de prix et d’indicateurs de marges brutes vont jusqu’à l’année 2017 incluse, les comptes des entreprises étudiés s’arrêtent en 2016, sauf dans certains secteurs pour lesquels les résultats 2017 provisoires (sur 9 mois) ou estimés (prévisions) ont pu être élaborés. Enfin, l’approche macroéconomique de la répartition de la dépense alimentaire entre les branches élaborée à partir de synthèses de la comptabilité nationale s'arrêtent en 2014.