La technologie de détection du sexe des poussins d’In Ovo est assez mature pour être commercialisée, a annoncé l’entreprise hollandaise le 29 mars. Entourée d’un large consortium, la start-up néerlandaise affiche ses ambitions avec un objectif d’un million de poules pondeuses en un an.
Et de trois. Après les allemands AAT et Seleggt, c’est au tour du néerlandais In Ovo de proposer une nouvelle méthode d’ovosexage (détection du sexe du poussin dans l’œuf). Après dix ans de recherches, un premier lot de 150 000 poules ont été sexées depuis décembre 2020 dans le couvoir commercial Het Anker avec la méthode In Ovo, annonce la start-up dans un communiqué le 29 mars. In Ovo « a atteint le stade de commercialisation pour sa technologie », indique l’un de ses investisseurs, le groupe de chimie allemand Evonik, dans son propre communiqué.
D’après la start-up, sa machine – baptisée Ella – peut sexer les œufs blancs ou bruns au neuvième jour d’incubation (J9), « avec une grande précision et à haut débit ». Cet outil peut être intégré sans modification dans les couvoirs existants, précise-t-elle. Sans donner le débit de sexage, In Ovo indique que sa machine permet de produire un million de poules pondeuses par an. « D’ici quelques mois », une nouvelle version d’Ella portera cette capacité à « cinq millions » d’animaux par an, et « In Ovo commencera à déployer sa technologie hors des Pays-Bas ».
Détection au neuvième jour d’incubation
« Comparé aux technologies sur le marché, In Ovo est le mieux placé pour satisfaire la demande d’une combinaison de précocité et de rapidité de détection, dont les couvoirs ont besoin », avance Evonik. Lancée en 2014 après des recherches de l’université de Leiden, In Ovo se base sur la détection de biomarqueurs (sucre et acides aminés) par spectrométrie de masse. Un procédé proche de son concurrent Seleggt, qui affiche un coût de 4 € par poule sexée, contre 1 € pour AAT. Côté précocité, In Ovo fait jeu égal avec Seleggt (J9), et mieux qu’AAT (J13).
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Dans la bataille qui fait rage pour proposer une méthode d’ovosexage aux couvoirs, la précocité du sexage – outre le coût et la cadence – est un critère prépondérant (1). Les travaux scientifiques font état d’une « zone grise » pour la sensibilité du poussin à la douleur entre le 7e et le 14e jour d’incubation. L’Allemagne a adopté une loi interdisant l’élimination des poussins mâles d’ici 2022, avec obligation de sexer les animaux à J6 en 2024. Comme ses concurrents, In Ovo vise donc une « identification plus précoce », d’après Evonik, qui rappelle qu’il n’existe actuellement « aucune technologie sur le marché qui peut identifier le genre aussi tôt ». De son côté, la France a affiché l’objectif politique d’abolir l’élimination des poussins en 2022, sans préciser la précocité du sexage. Dans l’Hexagone, environ 50 millions de poules pondeuses naissent chaque année, et autant de poussins mâles sont éliminés faute de débouché rentable.
Large consortium
Pour cette nouvelle phase de développement, In Ovo a fait appel à ses actionnaires historiques et d’Evonik (via son fonds de capital-risque) et VisVires New Protein, qui ont réinjecté « plusieurs millions d’euros ». Dans son communiqué, la start-up insiste sur le tour de force technologique nécessaire pour aboutir à une méthode d’ovosexage industrialisable. Son procédé nécessitant un prélèvement de liquide allantoïque de l’œuf, il a fallu faire développer par l’entreprise d’ingénierie Demcon « une méthode précise et automatisée de prélèvement pour les minuscules quantités de fluide ». In Ovo revendique par ailleurs être « le premier à utiliser le spectromètre de masse le plus rapide du monde, le Sciex Echo MS, hors d’un laboratoire ».
Comme ses concurrents, In Ovo s’est donc entouré d’un large consortium. Le hollandais travaille avec le gouvernement néerlandais, la fédération nationale des couvoirs (COBK), l’université de Leiden, ainsi que plusieurs acteurs de la filière œufs et une ONG de protection animale. Des moyens à la hauteur du marché potentiel de l’ovosexage : comme le rappelle In Ovo, près de 6,5 milliards de poussins, non rentables pour la filière volailles, sont tués dans le monde chaque année.