Si les discussions de ces dernières semaines sur les OGM ont principalement permis à chacun des Etats membres de l’UE de rejouer sa partition selon qu’il est plutôt pour ou plutôt contre, la Commission européenne, de son côté, a amorcé une inflexion. Soucieuse de relancer la machine des autorisations de transgéniques et leur mise en culture – avec pour principal argument d’éviter que le fossé ne se creuse encore davantage au profit des Etats-Unis en matière de recherche et de développement des biotechnologies –, Bruxelles est prête désormais à passer outre quelques tabous. Alors qu’elle martelait sans relâche, il y a peu, que l’Europe doit offrir la possibilité, pour chaque agriculteur, de choisir son modèle d’exploitation (OGM, conventionnel ou biologique), la Commission concède désormais que certaines zones doivent être préservées. Et ce, pour des raisons de protection d’écosystèmes fragiles, mais pas uniquement. Selon elle, la législation communautaire permet parfaitement aux pays de l’UE de définir des normes de coexistence entre les cultures OGM et les autres suffisamment strictes pour éviter de déstabiliser des « agrosystèmes fragiles ». En d’autres termes d’interdire, de facto, la culture de certains OGM au cas par cas. Elle répond de cette manière à une revendication ancienne de plusieurs Etats membres, parmi lesquels l’Italie, Chypre ou encore l’Autriche. Elle met aussi dans l’embarras les organisations écologistes qui ont utilisé la notion de « régions sans OGM » pour mobiliser de nombreux citoyens autour du thème : pas d’OGM sur ma commune. Les ONG pourront se féliciter d’avoir fait reculer Bruxelles. Mais, au final, elles devront accepter que la délimitation de zones interdites aux transgéniques signifie leur banalisation partout ailleurs.
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