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Témoignage breton Onze élevages associés dans un projet de méthanisation à 5,2 millions d’euros

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Dans un mois, le projet à 5,2 millions d’euros de onze éleveurs de la pointe du Finistère (Plourin) devrait se concrétiser. L’idée est de construire une unité de méthanisation pour réduire le coût de traitement obligatoire des déjections animales. L’aventure a commencé il y a déjà 5 ans et les éleveurs espèrent une mise en route de l’unité l’année prochaine.

«Nous ne faisons pas ce projet pour faire de l’argent, mais pour réduire nos coûts », explique Gilbert Bescon, éleveur porteur du projet de méthaniseur de onze éleveurs installés à Plourin. Situés en Zones d’excédents structurels (ZES), ces élevages de porcs et/ou de vaches laitières sont obligés de traiter les lisiers sortant des bâtiments d’élevage. « Avec une unité de traitement classique, le coût est de 8 euros le mètre cube », avance l’éleveur. Ce traitement consiste à brasser le lisier dans des grandes cuves. Le coût est lié aux besoins énergétiques pour mettre en mouvement des volumes importants de déjections animales. Le projet de construction d’une unité de méthanisation parallèlement aux unités de traitement du lisier est bien de « diviser par deux le coût du traitement » en produisant de l’électricité et non pas de « faire de l’argent ». Car pour les éleveurs porteurs du projet, leur métier reste celui d’élever des porcs et des vaches laitières.

Rassemblement d’éleveurs

Les onze élevages réunis représentent 900 hectares de surface, près de 2 000 truies et plus de 2 500 vaches. Face à la concurrence croissante sur la récupération des déchets verts de la communauté de Communes et de la ville de Brest, les éleveurs de Plourin projettent de diversifier l’approvisionnement de la future unité de méthanisation, que ce soit des approvisionnements au sein de l’exploitation ou à l’extérieur.
Chaque année, les approvisionnements internes seront les déjections animales (lisier et fumiers de bovins), 100 hectares de couverts végétaux (avoine par exemple), 400 tonnes de menues pailles de céréales (récoltées par les Entrepreneurs des territoires pour un coût de 50 euros l’hectare) et 300 tonnes de poussières de céréales. Outre ces matières produites sur les exploitations agricoles, les éleveurs sont en discussion avec les laiteries environnantes pour récupérer les graisses de flottation, un substrat très bien adapté pour la production de biogaz. Le gaz produit permettra de faire tourner deux moteurs de 250 kWh : l’électricité produite est injectée dans le réseau EDF.

Valeur ajoutée

Le projet table sur une production annuelle de 4 millions de kWh. L’électricité est achetée par EDF à un prix de base de 13 centimes le kWh, selon l’éleveur, auquel il faut ajouter des bonifications liées à la taille de la station de méthanisation, mais aussi aux productions utilisées dans le méthaniseur. C’est là un point clé de la spécificité française par rapport à l’Allemagne. « La bonification est conditionnée : les règles n’incitent pas à mettre dans le méthaniseur des productions destinées à l’alimentation animale ou humaine », relève Gilbert Bescon. Voilà qui pourrait éviter le scénario allemand, où des surfaces de maïs sont exclusivement destinées à alimenter les unités de méthanisation. Outre l’électricité produite, le refroidissement des moteurs génèrera de la chaleur qui servira à maintenir la température de l’unité de méthanisation au niveau optimal de 38 degrés et qui permettra de sécher le mélange contenu dans le méthaniseur en fin de cycle (13 000 tonnes de ce mélange seront exportées chaque année vers des plaines céréalières comme engrais organique).

Amortissements de 7 à 15 ans

« Pour financer le projet, nous travaillons avec un pool de deux banques avec qui nous avons l’habitude de travailler. Le projet les a intéressés », avance Gilbert Bescon. L’enjeu est de taille : le coût global du projet est évalué à 5,2 millions d’euros (2,5 millions d’euros pour l’unité de méthanisation seule). Trois types d’emprunt sont nécessaires : court, moyen et long terme. Les remboursements sont programmés sur 7 ans pour les équipements comme les centrifugeuses, les bras mécaniques qui brassent le lisier. Les remboursements les plus longs concernent les travaux de fond et pourraient porter sur 15 ans. Parallèlement, Gilbert Bescon espère obtenir des subventions à hauteur de 15% grâce au Plan de Performance Energétique et grâce au Plan Biogaz Breton (Ademe, Conseils régionaux de Bretagne et des Pays-de-la Loire).

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