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Grandes cultures Orama demande un accompagnement au gouvernement pour traverser la crise

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Dans un contexte marqué par une forte baisse des revenus et la chute des marchés, les dirigeants d’Orama, qui tenaient leur congrès le 19 janvier sur le marché de Rungis, ont demandé au ministre de l’Alimentation une aide pour 2010 et la mise en place du comité de suivi évoqué au printemps par Nicolas Sarkozy. Président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer a appuyé ces demandes syndicales… Auxquelles le ministre n’a pas répondu. Ce dernier a toutefois admis la nécessité de mieux prendre en compte les réalités agricoles dans les décisions environnementales, une autre des réclamations des céréaliers.

La crise que traverse l’agriculture n’épargne pas les producteurs de grandes cultures. Comme l’ont montré les chiffres de la commission des comptes publiés en décembre, le revenu des céréaliers chuterait en moyenne de 51 % en 2009 par rapport à 2008. C’est donc dans une ambiance émotionnellement chargée que s’est déroulé le Sommet du végétal organisé le 19 janvier par Orama, sur le marché de Rungis. Si les participants souhaitaient également se tourner vers l’avenir, impossible de passer outre les difficultés actuelles. Le témoignage d’un agriculteur racontant le suicide de son frère au moment des semis a marqué la salle. « Ce qui est le plus grave, avec l’état de notre revenu, sans négliger les problèmes qu’il pose déjà, c’est qu’il va selon toute vraisemblance perdurer en 2010 », a expliqué Philippe Pinta, président d’Orama, au ministre de l’Alimentation, invité du Congrès. Le syndicat veut des compensations pour faire face à la réduction des aides des céréaliers décidée dans le cadre du bilan de santé de la Pac.

Une compensation de 100 euros/ha dès 2010
« En optant il y a onze mois pour cette amputation des paiements plutôt que pour l’harmonisation progressive que nous proposions, en affirmant aventureusement que, de toute façon, nos prix seraient durablement élevés, le gouvernement a commis une erreur majeure », a affirmé Philippe Pinta. Du point de vue du syndicaliste, « nous avons besoin dès cette année de retrouver 100 euros/ha ». Orama a également demandé au ministre de réunir au plus vite le comité de suivi des grandes cultures, décidé le 30 mars par le président de la République. Une « priorité absolue », selon Philippe Pinta, et sur laquelle a insisté Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA (voir encadré) … mais que Bruno Le Maire n’a toutefois pas évoquée dans son discours. Celui-ci a en revanche répondu en partie à la demande de Philippe Pinta de travailler sur les « blocages qui dans les domaines des semences, des produits phytosanitaires, de l’irrigation nous empêchent d’utiliser comme nos concurrents les meilleurs moyens de production ». Pour le président d’Orama, « il n’y a plus aucune rationalité » dans les décisions prises, qui relèvent d’un « vrai fondamentalisme » et ne répondent pas aux attentes du ministère de l’Alimentation, trop « souvent contesté dans les arbitrages interministériels et ainsi dépouillé de ses sujets ». « Comment peut-on continuer de mettre des boulets aux pattes des paysans quand bien même on ne veut pas tenir cette politique au niveau européen ? », a pour sa part lancé Jean-Michel Lemétayer.

Davantage de concertation sur les décisions environnementales
« Il est indispensable de mettre au point une nouvelle méthode » pour traiter des enjeux environnementaux, a donc répondu Bruno Le Maire. Celui-ci a indiqué avoir proposé formellement à Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno, respectivement ministre et secrétaire d’Etat à l’Ecologie, la mise en place d’un « groupe de coordination » qui interviendrait de façon « systématique » sur les décisions environnementales afin de discuter de leur impact sur l’agriculture. « Dans le respect du Grenelle, pour toute nouvelle mesure environnementale, je souhaite que l’on mette en place une étude d’impact », a précisé Bruno Le Maire. Celle-ci aurait pour objectif de répondre à trois questions : quel est l’aspect positif apporté à la société par la nouvelle décision, quel est son impact économique sur l’agriculture et la mesure est-elle également mise en place au même niveau chez nos partenaires des Vingt-Sept ? « Certains semblent avoir oublié un peu vite que si les contraintes sont nationales, le marché est européen », a commenté le ministre. Dans l’immédiat, Bruno Le Maire a annoncé la tenue « dans les prochains jours » d’une réunion visant à évaluer l’impact sur les exploitations du maintien en 2010 de particularités topographiques du paysage à hauteur de 1 % de la SAU (Surface agricole utile), une mesure faisant partie des BCAE (Bonnes conditions agricoles et environnementales). Un début… Qui a laissé les syndicalistes sur leur faim. Dans un communiqué diffusé le 21 janvier, Orama indique que « le gouvernement doit cesser de se dérober à ses engagements ». Sans quoi il pourrait être « encore davantage suspecté d’indifférence ».

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