Qu’un ministre estime nécessaire, en pleine Assemblée nationale, de lancer un appel à une filière pour que les opérateurs paient mieux les paysans en dit long sur la situation. Cela montre d’abord à quel point, dans ces filières de productions animales, la rémunération des éleveurs est basse ; cela montre à quel point il n’existe plus aucun mécanisme pour rééquilibrer leur situation ; cela montre aussi l’état d’impuissance de… l’Etat.
L’initiative de Bruno Le Maire ne manque d’ailleurs pas de courage : en ces temps de lutte contre la vie chère, la ministre de l’Economie ou le Premier ministre pourrait la lui reprocher. Bruxelles, aussi, gardienne de l’orthodoxie libérale et de la non-ingérence de l’Etat dans la vie économique pourrait froncer les sourcils. On se souvient de la sanction infligée à la filière bovine lorsqu’elle tenta, en pleine crise de la vache folle, de redresser les cours.
Cependant, ni Bercy ni Bruxelles n’iront reprocher sa démarche au ministre de l’Agriculture français. Tout simplement parce qu’ils savent que son initiative restera sans doute… sans effet. La pression sur les prix ou l’intransigeance sur l’étiquetage sont trop imbriquées dans des stratégies d’entreprises, d’industriels ou de distributeurs, pour que cela change à la demande d’un homme politique, qu’il soit ministre ou président de la république.
C’est à la production elle-même de s’organiser, de se regrouper afin d’améliorer le rapport de force en sa faveur. Ce serait faire fausse route que de croire que l’Etat peut résoudre ses problèmes. La preuve, c’est qu’en agriculture, ce ne sont pas les secteurs les plus soutenus par l’Europe qui se sont les mieux organisés.

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