Des trajectoires d’autonomie alimentaire doivent être présentées au prochain comité interministériel des outre-mer, attendu pour le printemps. Les obstacles restent nombreux sur le terrain, a-t-on pu constater lors d’une table ronde organisée par l’Odeadom.
À l’occasion d’une conférence de presse organisée par l’Odeadom (établissement de développement agricole d’outre-mer) le 28 février, Joël Mathurin, le directeur du cabinet du ministre délégué à l’Outre-mer, a annoncé que les « trajectoires » territoriales d’autonomie alimentaire, qui devaient être présentées au Salon de l’agriculture, sont finalement attendues pour le printemps. Elles devraient être présentées à l’occasion du prochain comité interministériel des outre-mer (Ciom), où « l’agriculture sera abordée », a-t-il précisé. Le délégué interministériel à la transformation agricole des outre-mer Arnaud Martrenchar rappelle à Agra Presse que ce comité interministériel est propice à la prise de décisions ; plus d’une centaine avaient été annoncées lors de sa précédente réunion en 2009.
À la suite des déclarations du président de la République en 2019 à La Réunion, les préfets d’outre-mer doivent définir des « trajectoires de couverture des besoins » alimentaires, filière par filière. À l’occasion de son déplacement, Emmanuel Macron avait en effet fixé pour objectif aux territoires d’outre-mer de viser « l’autonomie alimentaire » à horizon 2030. Depuis, des « comités de transformation agricole » ont été constitués par les préfets concernés, qui ont abouti à la réunion d’un comité national en décembre 2020, puis à des « synthèses territoriales » délivrées par les préfets en 2021, qui doivent désormais donner lieu à des feuilles de route.
Réforme de 1981
La conférence de l’Odeadom a été l’occasion de prendre la mesure des défis auxquels font face les agricultures ultramarines. La question du foncier est revenue à plusieurs reprises. « Il faut faire un état des lieux sans complaisance de l’état de l’agriculture en Guadeloupe », a demandé le directeur de la Safer, intervenant dans l’assistance d’une conférence de l’Odeadom (développement agricole de l’Outre-mer), le 28 février au Salon de l’agriculture. « Presque l’ensemble des structures sont détenues par des gens proches de la retraite, proches de la faillite, qui ne persistent que pour continuer de toucher les aides. Pendant ce temps, la production agricole chute », a-t-il ajouté.
Rodrigue Trèfle a rappelé que l’île des Antilles a été l’objet d’une importante réforme foncière en 1981 qui avait permis d’installer plus de 600 agriculteurs sur 7 000 hectares d’anciens domaines sucriers. Pilotée par la Safer, elle a mené à la constitution de nombreux groupements fonciers agricole (GFA), détenus à 60 % par des opérateurs institutionnels (Safer, Crédit agricole, conseil départemental). L’agriculture ultramarine est marquée par un vieillissement plus rapide des actifs que la métropole, selon l’Odeadom. Ces dix dernières années, la moyenne d’âge y a augmenté de trois ans (à 53 ans), contre un an seulement dans l’Hexagone (à 52 ans).
Les débats sont également souvent revenus sur le problème des « organisations professionnelles agricoles », coopératives et autres groupements de producteurs, de plus en plus boudées par les jeunes agriculteurs. Selon les opérateurs présents, une partie croissante de la production échapperait à ces filières et serait vendue en circuit court, par manque de crédibilité des opérateurs. « Je vous mets au défi d’avoir une organisation professionnelle agricole, travaillant pour le marché intérieur, qui paie les agriculteurs en temps et en heure », a déploré dans la salle un jeune agriculteur guadeloupéen. « En Guadeloupe, nous avons des organisations bancales, avec des jeunes qui viennent et qui en repartent », a convenu le secrétaire général de l’Aguavi (interprofession de l’élevage), Elie Shitalou.
Autre difficulté : l’attractivité du métier. Sa structure projette de mettre en place de nouvelles façons d’attirer les jeunes vers ses filières, en intervenant en début d’année scolaire dans des établissements scolaires (lycée, BTS, CFA, licence professionnelle). « Nous envisageons de prendre en stage les élèves intéressés, les envoyer chez les meilleurs éleveurs et ensuite les aider à constituer un pécule. » Des discussions sont entamées avec le conseil départemental. Le projet sera prochainement présenté aux Jeunes agriculteurs et à la chambre d’agriculture.