Officiellement, à Bruxelles, personne ne pose le problème : les concessions envisagées dans le cadre des discussions à l’OMC sont reconnues officiellement compatibles avec la nouvelle Pac réformée l’an dernier. Ni la réduction des droits de douane, ni l’accès concédé à des pays exportateurs comme ceux du Mercosur ne semblent remettre en cause la capacité de la Pac à gérer, demain, l’agriculture de l’Union, fût-elle élargie à 25 membres.

Il est permis toutefois de s’interroger. Certes, en droit et en pure économie, il peut y avoir compatibilité entre une plus grande ouverture des marchés européens et une Pac maintenant fondée pour l’essentiel sur des aides à l’hectare. Qu’en sera-t-il politiquement et socialement ? De plus, les quotas (dans le lait et le sucre) peuvent-ils survivre sans préférence communautaire forte ? Sans doute pas. Les marchés pourront-ils garder leur équilibre malgré une baisse de prix consécutive à la diminution des droits de douane aux frontières de l’Europe ? Très certainement non. Et le petit pourcentage de budget obtenu en 2003 par Hervé Gaymard, pour servir à gérer des crises, risque de ne pas suffire, loin de là.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Politiquement, on voit mal l’Europe résister à la nécessité de revoir sa Pac le jour où elle s’apercevra du coût social excessif d’accords internationaux signés un peu hâtivement. De ce point de vue, la France a raison sur le fond de s’opposer à la stratégie de la Commission. Mais a-t-elle les moyens d’imposer ses vues ? C’est loin d’être sûr. Comme lors de la réforme de Luxembourg, elle risque de se retrouver bien esseulée et de devoir céder au dernier moment, arguant du danger de se retrouver totalement… isolée.