Abonné

Stratégie Pac 2013 : Henri Nallet et Hervé Gaymard sur la même longueur d’onde

- - 3 min

Deux anciens ministres de l’Agriculture, représentant chacun une sensibilité politique différente (PS et UMP) mais avec un même décodage sur l’histoire de la Pac et sur son futur. Tel est la leçon de la conversation entre Henri Nallet (PS) et Hervé Gaymard (UMP) initiée par l’Afja, le 10 janvier. Pour autant, « ne rêvons pas à un retour en arrière » de la Pac sur le sujet de la régulation de marchés. Mais « inventons d’autres solutions », soulignent les deux ministres. Cette convergence de vues n’est ni « de l’unanimisme, ni du centrisme, souligne Henri Nallet. C’est autre chose ».

La Pac revient de loin. « Depuis 1992 et jusqu’au milieu des années 2000, c’était un lieu commun de dire que l’existence même de la Pac était contestable », se souvient Hervé Gaymard, qui a été ministre de l’Agriculture de 2000 à 2004 dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. « Aujourd’hui, l’existence même de la Pac économique et environnementale remporte plus de consensus », ajoute-t-il. « Je suis donc plus optimiste », même si l’ancien ministre se dit « euroréaliste mais pas eurolâtre ». Pour Henri Nallet, deux fois ministre de l’Agriculture en 1985-1986 en remplacement de Michel Rocard, démissionnaire, puis à nouveau en 1988 jusqu’en 1993 dans le gouvernement Rocard, « il y a un virage à ne pas rater » dans les négociations sur la Pac de l’après-2013.
« Pour la première fois, explique Henri Nallet, nous allons nous asseoir autour de la table sans contrainte extérieure. Le cycle de Doha lancé en 2001 n’est toujours pas conclu », rappelle-t-il. L’ancien ministre souligne que « depuis la fin des années 70, les négociations de la Pac ont été sous contraintes internationales ». Ce qui a notamment abouti à l’aide découplée, « absurde et indéfendable », tempête Henri Nallet. Pour autant, « on ne reviendra pas sur l’aide découplée », estiment les deux anciens ministres.

Le retour du politique
Au chapitre de la régulation des marchés agricoles, même analyse partagée. « On ne peut pas revenir à des instruments de la Pac des années 60, qui étaient budgétivores. Il faut inventer autre chose », estime Hervé Gaymard. « Ces années de paix budgétaire » initiée par l’accord Chirac-Schroeder en octobre 2002 dans un contexte d’élargissement de l’Europe, « n’ont pas assez été mises à profit pour préparer l’après », résume Hervé Gaymard. Pour les négociations de la future Pac, Henri Nallet compte sur « le retour des responsables politiques alors que pendant 20 ans on n’a écouté que l’avis des économistes ! ». Au niveau mondial, alors que des émeutes de la faim refont leur apparition, l’ambition de Nicolas Sarkozy d’évoquer le sujet de la régulation des marchés agricoles dans le cadre du G 20, « revient à rentrer bille en tête dans le Brésil », pays exportateur, souligné Henri Nallet. « Si le chef de l’Etat réussit à faire écrire cinq lignes sur les marchés agricoles dans une déclaration du G 20 dont la France a la présidence pour un an, c’est déjà beaucoup », conclut, réaliste Henri Nallet.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.