Les ministres de l’agriculture de l’UE jugent que la Pac doit être mieux adaptée aux défis du changement climatique et de la gestion de l’eau. Mais ils sont partagés sur les outils à mettre en œuvre et leur financement. L’Italie est favorable à une intégration de la gestion des risques au régime des paiements directs.
Un « cadre solide » est indispensable au niveau européen pour la gestion de l’eau et la lutte contre le changement climatique : c’est ainsi que, devant la presse, le secrétaire d’État maltais Roderick Galdes, président en exercice du Conseil, a résumé le débat auquel il avait convié les ministres de l’agriculture des Vingt-huit – pour la France, Frédéric Lambert, chef du service Europe et international du ministère – ainsi que les commissaires européens Phil Hogan et Karmenu Vella dans le cadre d’une rencontre informelle à La Valette (1).
L’échange de vues a notamment fait apparaître des divergences sur les moyens de soutenir la gestion des risques.
« Nous avons l’argent, mais pas de politique »
Phil Hogan a notamment insisté sur la nécessité de coordonner les politiques communautaires et d’utiliser le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) et d’autres crédits européens et nationaux pour financer de grands projets face à la problématique eau/climat. Pour une fois, « nous avons l’argent, mais pas de politique », a dit devant les journalistes le commissaire à l’agriculture qui s’est référé à un document de travail publié fin avril par ses services et ceux de son collègue chargé de l’environnement, le Maltais Karmenu Vella.
« La Pac peut donner des résultats », a insisté ce dernier. « Il ne faut pas oublier les aspects verdissement. Chaque euro pour la Pac doit apporter une contribution à l’environnement ». Les objectifs de cette politique doivent être alignés sur ceux de la directive-cadre sur l’eau, a également souligné le commissaire à l’environnement, un avis partagé par Phil Hogan.
Le commissaire à l’agriculture a aussi indiqué que la Commission procédait actuellement à une vérification de la liste des critères de conditionnalité des aides et de leur mise en œuvre, afin d’améliorer éventuellement l’application de ce régime. Bruxelles compte de même réviser les systèmes de conseils agricoles afin d’accorder plus d’attention aux mesures de développement rural dans les domaines de l’irrigation et de la gestion de l’eau, en particulier dans les États du sud de l’Europe.
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La gestion des risques dans le 1er pilier, selon l’Italie
Au cours de l’échange de vues des ministres et commissaires européens, l’Allemagne a estimé que les mesures liées à la gestion de l’eau et au climat devaient être prises dans le cadre du deuxième pilier de la Pac. L’UE dispose déjà de suffisamment d’instruments, « même s’il existe une marge pour des améliorations », a-t-elle déclaré, évoquant le recours volontaire à des régimes privés d’assurances et aux fonds mutuels.
Les Pays-Bas ont eux aussi fait référence à de tels systèmes privés de gestion des risques, tout en défendant de nouveau l’approche d’une Pac orientée vers le marché.
Le représentant français n’a pas évoqué l’idée d’un troisième pilier de la Pac pour la gestion des risques lancée par le précédent ministre de l’agriculture, mais il a insisté sur le besoin d’une nouvelle Pac qui renforce la résilience du secteur.
Quant au ministre italien, Maurizio Martina, il a suggéré de « transférer la gestion des risques du deuxième pilier de la Pac vers le premier en tant que composante volontaire des paiements directs à accorder à ceux qui décident d’assurer leur production ou d’adhérer à un autre dispositif de stabilisation du revenu ».
(1) Voir n° 3596 22/05/17