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Tribune libre Pac : favoriser les consommateurs et non la spéculation

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Les prix des produits agricoles viennent de flamber en quelques mois. Les agriculteurs se croyaient condamnés à la descente aux enfers car les prix ne cessaient de baisser sous la concurrence de pays qui semblaient avoir des réserves de production inépuisables. Résultat, les prix à la production ont baissé de moitié en valeur réelle dans les 25 dernières années. Il faut dire que cette évolution a été accentuée par la réforme de la Pac de 1992 et par les décisions qui ont suivi aux sommets de Berlin et de Luxembourg. La Commission européenne a mis en place des mécanismes pour atteindre cet objectif en diminuant les protections aux frontières et les mesures de soutien des marchés. Les nouvelles propositions présentées le 20 novembre dernier sur le « Bilan de santé de la Pac » poursuivent dans cette même voie tracée depuis quinze ans maintenant.

Il ne suffit pas de vouloir baisser les prix pour que les marchés obéissent

L’effervescence sur les marchés mondiaux montre qu’il ne suffit pas de vouloir une baisse des prix pour l’obtenir. Le fonctionnement de la « loi des marchés » provoque des surprises étonnantes. La concurrence créée par l’ouverture progressive des frontières ne conduit pas nécessairement à la baisse des prix. La réalité observée nous montre au contraire qu’elle peut conduire à des hausses très importantes comparables dans le passé à celle qui a suivi la guerre du Vietnam en 1974 ou la guerre de Corée en 1952.

Ce rappel historique nous indique cependant qu’on ne peut dissocier la conjoncture des produits agricoles de celle des produits industriels ou de l’énergie. Mais ce serait aller vite en besogne que de transposer purement et simplement les analyses. Il n’est pas évident en effet que ce soit la même situation sur le pétrole et sur les produits alimentaires. Certains ont eu vite fait de transposer. La cause était entendue.

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Pourtant, les terres agricoles mobilisables ne sont pas très importantes. L’eau pour l’irrigation est de moins en moins abondante. Le pays le plus peuplé du monde, la Chine, est à cet égard dans une situation caricaturale car sa surface agricole arable est très inférieure à celle des USA alors que sa population est quatre fois supérieure. Par ailleurs, les Chinois de plus en plus nombreux seront tentés d’arbitrer dans les usages de l’eau en faveur de l’utilisation domestique au détriment de l’usage agricole. Le seul petit problème est que cette explication ne tient pas la route. Les importations de céréales de la Chine n’ont pas augmenté ces dernières années et le monde vient d’obtenir en 2007 A 2086 millions de tonnes, la production mondiale dépasse de 4,8 % celle de 2006 ; pour les seuls Etats-Unis, la progression est de 26 % sur le maïs sa meilleure récolte de céréales de toute l’histoire de l’humanité.

Pourquoi les prix ont-ils augmenté ?

En fait les prix ont augmenté parce que nos pays ont manqué de vigilance. Cela fait des années que l’on cherche à décourager les producteurs agricoles. Certes dans nos pays, on a institué des aides directes pour compenser en partie l’insuffisance des prix. Mais pour tout entrepreneur le signal est clair. S’il a le sentiment que les prix seront toujours inférieurs à ses coûts de production, il lui est difficile d’investir et de croire à un avenir radieux. Certains se sont découragés ou sont allés s’installer sous des cieux plus cléments. Tous nos pays ont mis en place des procédures de gel des terres et ont voulu réduire les stocks au motif que cela coûtait cher. Toutes ces mesures ont été efficaces et ont contribué à réduire la production et à réduire les stocks à des niveaux historiquement bas. Il a suffi alors d’une moisson difficile en Europe cet été et d’une sécheresse en Australie pour donner des frissons aux opérateurs. On peut se douter que cela ne laisse pas indifférents certains fonds spéculatifs habitués à faire leurs choux gras sur les marchés financiers, ou sur celui du pétrole et qui n’hésitent pas à en faire autant sur les produits alimentaires.

On peut faire autrement à l’avenir

Il n’y a pas de quoi être fier d’avoir ainsi favorisé les spéculateurs. Les USA et l’Union européenne auraient montré davantage leur sens des responsabilités dans le monde s’ils avaient mis en place des stocks de sécurité au moins pour le blé. Cela aurait d’abord permis d’empêcher une partie de la spéculation. Cela aurait permis aussi de mieux assurer l’approvisionnement de l’industrie agroalimentaire dans nos pays et cela aurait permis enfin de nourrir à meilleur compte les populations les plus pauvres du globe. On oublie trop souvent, en effet, que les politiques agricoles ont été inventées pour éviter la volatilité des prix sur les produits de première nécessité que sont les produis alimentaires. Cette volatilité est très néfaste pour les consommateurs mais aussi pour les industries agroalimentaires. Si l’on veut donner aux consommateurs des produits alimentaires sécurisés et diversifiés, il faut pouvoir approvisionner les industries avec des produits agricoles à prix stables. Les agriculteurs n’ont jamais demandé à bénéficier de prix spéculatifs. Ils ont demandé en revanche une sécurisation de leur prix en longue période. Il est étonnant que le document que la Commission vient de rendre public sur le « Bilan de santé de la Pac » semble ignorer complètement les problèmes posés par l’évolution actuelle des marchés.

APCA : Assemblée permanente des Chambres d’agriculture