Dans le petit monde de l’aquaponie qui compte moins d’une vingtaine de fermes commerciales, la plupart sont des microstructures. Mais de grosses fermes de plus de 1 hectare s’apprêtent à sortir de terre.
En France métropolitaine, la première ferme aquaponique à but commercial a vu le jour en 2016 à Le Pout, près de Bordeaux. Baptisée « De l’eau à la bouche », son fondateur Grégory Biton l’a créée sur 1 000 m2 après s’être formé à l’aquaponie aux États-Unis.
Cinq ans plus tard, en 2021, l’Institut technique de l’aviculture, pisciculture et cuniculture (Itavi) recense dix-huit fermes commerciales en activité et dix-huit autres en projet via son programme de recherche et développement APIVA (Aquaponie, innovation végétale et aquaculture).
Majorité de microfermes
La plupart des structures existantes sont « des microfermes de 1 000 à 2 000 m2 qui commercialisent leurs produits dans un rayon de 15 ou 20 km », analyse le président de la fédération française d’aquaponie Laurent Queffelec. « Ces petites fermes donnent une importance prépondérante à la philosophie selon laquelle il faut avoir le moindre impact possible sur l’environnement. »
Certaines sont un peu plus grandes. Comme la ferme expérimentale de 2 500 m2 de la start-up Nutreets, créée en 2016 à la Chapelle-Basse-Mer près de Nantes. Nutreets y a mis au point son système aquaponique tout en commercialisant sa production de végétaux et de poissons vers les restaurants et les particuliers. Début 2021, la start-up est passée à la vitesse supérieure en fermant son site expérimental pour se consacrer au déploiement de ses fermes clefs en main. Une première ferme de 2 000 m2 avec solution d’exploitation a été vendue au groupe hôtelier Accor près de l’aéroport d’Orly (Essonne) ; une deuxième de 2 000 m2 « en cours de construction » a été vendue au groupe immobilier Nexity à Colombes (Hauts-de-Seine) ; et une troisième de 1 500 m2 a été vendue à un éleveur de bœuf wagyu d’Ille-et-Vilaine qui en assurera l’opération.
En projet, il y a également la ferme Odette de la société bordelaise Les Nouvelles fermes, qui sera implantée à Mérignac (Gironde) sur 5 000 m2 et commencera à produire à la fin du premier trimestre 2022.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Du lourd dans les starting-blocks
« L’autre modèle beaucoup plus ‘agroindustriel’qui se développe dans le monde, mais qui n’existe pas encore à ce jour en France, est la ferme aquaponique de 1 hectare ou plus avec une dimension de commercialisation régionale voire nationale », poursuit Laurent Queffelec. Plusieurs projets sont dans les starting-blocks cependant.
La ferme aquaponique de 2 ha d’AMP et de la Scael (voir par ailleurs dans ce dossier), porté par la société Olis Les jardins du saumonier Chartres, entrera en production en 2022 – du moins pour la partie piscicole.
Un autre projet avancé est celui d’Eauzons, une ferme aquaponique de 1 600 m2 créée fin 2019 dans le Gers. « Eauzons va devenir une holding qui détiendra plusieurs fermes qui auront chacune une structure juridique », explique son fondateur Félix Haget. Une première « ferme modèle » de 1 ha sortira de terre à Lescar, près de Pau (Pyrénées-Atlantiques). « La construction débutera mi-2022, et la commercialisation des premiers produits sera pour début 2023 ». Une deuxième ferme de 1 ha « dont le foncier est en cours de validation » près de Toulouse « devrait voir le jour en 2023 pour une commercialisation des produits début 2024 ». Les clients ciblés seront « en priorité les restaurateurs, poissonniers et épiceries, puis la vente directe et en circuits courts (magasins de producteurs et spécialisés), et enfin les GMS locales comme Système U et Intermarché », précise Félix Haget.
Enfin, le fondateur de Nutreets Guillaume Pelet a également « quatre projets de fermes de 1 ha en négociations très avancées avec des acteurs majeurs de la grande distribution », et « une vingtaine » d’autres projets en discussion.