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Feef « Parce qu’une PME n’est pas Coca-Cola, nous voulons du sur-mesure »

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A l’occasion du renouvellement de l’équipe direction de la FEEF, Agra alimentation a rencontré Dominique Amirault, son président, et Christine Barthe, sa déléguée générale. L’association, qui regroupe 600 entreprises indépendantes, dont 60 % dans l’agroalimentaire, entend continuer à travailler dans la continuité des chantiers engagés. Elle veut également améliorer la représentation politique de ses adhérents.

Pouvez-vous nous rappeler quelle est la philosophie de la FEEF ?

Dominique Amirault : La Feef fonctionne comme un club qui permet aux PME de faire avancer leurs affaires. En tant que chef d’entreprise, nous avons besoin de cet échange d’expériences et de l’action en équipe pour compenser la faiblesse de notre taille. La Feef est en quelque sorte aux PME ce que l’Ilec est aux grandes marques, avec en plus une véritable solidarité humaine qui nous unit. Nos adhérents sont des entreprises indépendantes : nous rassemblons des gens qui engagent leur patrimoine dans leur entreprise, qui prennent des risques. Et nous voulons encourager d’autres à faire de même car c’est la vraie condition du développement économique et social. Il faut des gens sur le terrain.
Nous militons pour l’entreprise indépendante. Il faut faciliter la création d’entreprises et leur cession. Tout le monde, tous les acteurs politiques et publics parlent de la « facilitation » de la création d’entreprises, mais en réalité, on rencontre beaucoup de difficultés. On vous met des charges dès le départ, avant que votre chiffre d’affaires soit suffisant et que vous dégagiez des résultats ! Sans parler du problème des capitaux propres. Il faut soutenir les gens qui prennent des risques, au lieu de les taxer, de le décourager avant qu’ils ne décollent. Aujourd’hui ceux qui prennent le risque d’entreprendre passent du temps en tracasseries administratives au détriment du projet lui-même et sont punis s’ils échouent. Beaucoup se découragent.

Concrètement, quels services apportez-vous à vos adhérents ?

DA : Le cœur de métier de la Feef, c’est l’organisation de groupe de travail et d’événements qui permettent à nos adhérents de développer leur activité. Nous les rapprochons de leurs clients : la grande distribution, mais aussi le cash & carry et la restauration… C’est aussi ce qui nous permet d’être indépendants financièrement. L’Ania est souvent dans la confrontation avec la distribution, quand nous, nous sommes dans un esprit de collaboration. Pour les PME, nous n’avons d’autre solution que de promouvoir une approche contractuelle. Et puis les affaires se développent d’autant plus qu’il y a confiance et convivialité.

Christine Barthe : Cette mission de services à nos adhérents s’organise autour d’une plateforme de collaborations concrètes, par exemple des showrooms par enseigne. Nous bâtissons des plans de travail avec chaque distributeur. Nous avons ainsi un groupe de travail par enseigne pour mieux nous connaître et nous comprendre.

Assurez-vous une mission de représentation politique ?

DA : C’est un aspect que nous voulons effectivement développer. Les PME jouent un rôle essentiel dans l’économie, l’emploi et la vitalité des territoires. Ancrées dans leur région, elles ne délocalisent pas. Elles sont une alternative à « la taille pour la taille » et au modèle de la seule rentabilité du capital.
Les PME, tout le monde en parle, mais personne ne va très loin dans les propositions pratiques. Pourtant, les PME d’aujourd’hui sont les grandes entreprises de demain, si on leur donne la possibilité de se développer plutôt, par exemple, que d’être absorbées par un grand groupe. C’est un peu comme un adolescent : on le forme, on le soutient pour lui permettre de grandir, de devenir adulte. Eh bien, on devrait soutenir les PME pour leur donner les moyens devenir plus grandes. Les grands groupes ont une capacité de lobbying très puissante. Les PME, elles, ont plus de mal à faire entendre leur voix, par exemple à l’Ania.
Nous voulons avancer sur la question de la marque fédérative. Elle apporterait la garantie que les produits sont élaborés en France en créant des emplois et en respectant un certain nombre de principes sociaux et environnementaux. Mieux vaut payer un produit un peu plus cher et créer des emplois que de payer plus d’impôts pour indemniser des chômeurs ! L’avenir de chacun n’est pas d’être assisté mais d’avoir un emploi pour défendre sa dignité. C’est aussi la condition pour réindustrialiser la France plutôt que de délocaliser.
Derrière chaque PME familiale, il y a un homme, une famille, une équipe. Dans un modèle économique tourné vers la seule rentabilité du capital, les PME sont une solution négligée. Nous défendons leur combat dans le « livre blanc » que nous avons réalisé à l’occasion des élections présidentielles. Nous avons un vrai travail à faire pour mieux représenter ces PME, structurer notre discours. Les chefs d’entreprises qui s’engagent ont souvent du tempérament. A nous de faire entendre leur voix collectivement car seuls, ils n’ont pas le temps.

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CB : Nous avons un ADN, une organisation en place. Il faut intensifier notre communication, notre manière de prendre la parole, rendre la Feef plus visible.

Au terme de négociations commerciales très dures pour certains, quel regard portez-vous les relations commerciales entre les PME et la grande distribution ?

DA : Nous ne voulons pas d’une nouvelle loi. Les affaires ne se font pas avec des lois faites par des hommes politiques qui ne comprennent pas les affaires. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que toutes les lois sur le sujet sont inadaptées. La LME prévoit le plan d’affaires, il faut qu’elle soit bien appliquée, c'est-à-dire avec des relations constructives et équilibrées. Nous travaillons sur des principes de bonnes pratiques par enseigne. Il faut ensuite être vigilant pour que ce qui est décidé par la tête soit bien appliqué sur le terrain…
Nous sommes des PME fragiles, parce que la grande distribution peut nous mettre dehors du jour au lendemain. Souvent, nous n’avons pas les moyens d’entretenir une force de vente qui évite les ruptures en linéraires. Pour compenser la faiblesse de notre taille, il faut ce qu’on pourrait appeler de la discrimination positive. On ne peut pas traiter de la même manière une PME et une grande entreprise. Tout le monde n’est pas égal devant la loi ! Si on applique les mêmes critères aux PME et aux grandes entreprises, on va décourager les entrepreneurs. Nous respectons les grandes entreprises, mais nous voulons une approche différente.

Les Grès d’or sont le grand événement qui associe fournisseurs et distributeurs, et nous avons la chance qu’il soit organisé par la Feef. La FCD nous a déjà fait signe pour nous dire qu’elle voulait travailler avec nous sur les relations commerciales. Nous voulons du sur-mesure : parce qu’une PME n’est pas Coca Cola, il faut une approche différenciée.

CB : Quand les entreprises n’ont pas de marque ou pas suffisamment de volumes à marque, elles travaillent pour les marques distributeurs. Celles qui ne font que de la MDD sont très vulnérables. Innover ne suffit pas, le gros des volumes est toujours réalisé par le cœur de marché. Il faut des plans d’affaires à moyen terme, qui donnent une visibilité, sans laquelle une entreprise ne peut pas investir. Il ne faut pas que les relations soient remises en cause tous les ans par un appel d’offres ou les négociations commerciales. On doit collaborer dans la durée dans un esprit de partenariat et de création de valeur partagée.

Quels autres chantiers voulez-vous porter ?

CB : De 600 adhérents, nous voudrions passer à 1 000. Nous avons une belle « boîte à outils » à faire fructifier : une lettre confidentielle hebdomadaire, les petits déjeuners par enseignes (où elles présentent leur stratégie), les showrooms…

DA : Nous voulons aussi faciliter la cession d’entreprises. S’agissant d’entreprises patrimoniales, ce sont toujours des sujets très confidentiels mais nous souhaitons, là aussi, faciliter les opérations. L’idée serait de mettre en place un réseau qui assure une entière confidentialité à nos adhérents. Certaines entreprises meurent faute de transmission. Un autre sujet, c’est la question des capitaux propres et du financement. On a parfois besoin de travailler avec des fonds d’investissement pour développer son entreprise. Mais ils demandent une rentabilité bien supérieure à celles que nous connaissons dans l’agroalimentaire. Nous devons trouver des solutions.