La Cour des comptes dénonce la mauvaise conduite du projet, généreusement doté par les pouvoirs publics, et pointe un risque de dilution des objectifs initiaux. Elle propose la nomination d’un responsable interministériel du projet.
Dans son rapport annuel paru le 8 février, la Cour des comptes s’est penchée sur le projet de « cluster technologique » sur le plateau de Saclay, près de Paris. Annoncé en 2008 par le président de la République, puis mis en œuvre dans la loi sur le Grand Paris en 2009, ce projet Paris-Saclay doit réunir plusieurs centres de recherche publics, universités et écoles d’ingénieurs dont Agroparistech, afin de « stimuler la recherche, l’aménagement urbain du site et son développement économique ». L’objectif est de créer une Silicon Valley française. Un niveau élevé de financement public a été prévu pour ce projet : près de 5,3 milliards d’euros programmés à ce jour, dont 700 M€ pour le volet scientifique, 2,6 milliards d’euros pour l’immobilier universitaire et 2 milliards d’euros pour les transports. Le projet comprend le transfert de plusieurs écoles d’ingénieurs, notamment de l’école d’agronomie AgroParisTech en 2020.
Projet universitaire « en suspens »
Dans son rapport, la Cour des comptes critique globalement la mauvaise conduite du projet. Elle propose la nomination d’un responsable interministériel du projet, qui « serait aujourd’hui de nature à garantir la cohérence des actions de l’État sur le site de Saclay et la maîtrise de leurs financements ». Elle constate par exemple que le projet de regroupement universitaire est « en suspens », les écoles d’ingénieurs craignant de diluer leur réputation. Symbole de ce blocage, la question du classement international de « l’université Paris-Saclay » ; celui-ci n’est possible qu’à deux conditions, explique la Cour : chacun de ses membres accepte de renoncer à être classé individuellement et chacun applique la signature commune, sous le label de l’université, de ses publications scientifiques. « À ce stade, ces deux conditions ne sont pas remplies », constate la Cour. Autre exemple : l’Ecole polytechnique refuse actuellement de mettre en commun ce que lui rapporte la valorisation de sa recherche (brevets, licences).
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Besoins financiers « mal évalués »
La Cour des comptes dénonce également un avancement du projet inégal (craintes de manques de transport et de logements étudiants d’ici 2020) et des besoins financiers mal évalués. Entre 2011 et septembre, le coût des projets de l’École centrale Paris, d’AgroParisTech et de l’Institut Mines est passé de 554 M€ à 648 M€, notamment par l’omission en début de projet du coût du « réseau d’infrastructure numérique ». En conclusion, le rapport estime qu’il existe « un risque réel que l’ambition initiale se dilue et que, malgré l’importance des moyens publics engagés, le projet de Paris-Saclay, ne se résume qu’à un rapprochement géographique d’établissements supérieur et de recherche, peu accessibles aujourd’hui, sans cohérence réelle, ni visibilité internationale ».