Cas unique en France, le cluster de Paris-Saclay est entouré de 2500 hectares de terres agricoles sanctuarisées par la loi, qu'un Etablissement public d'aménagement s’efforce de dynamiser. Les circuits courts, l’économie circulaire sont au cœur de sa stratégie.
Préserver l’agriculture autour d’un pôle scientifique et technologique en construction : c’est le défi relevé à Paris-Saclay, environ vingt kilomètres au sud de Paris. « 4 115 ha d’espaces naturels y sont sanctuarisés, un cas unique en France », souligne Pierre Joutard, directeur adjoint de l’EPA (Établissement public d’aménagement) qui pilote le développement du cluster. La loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris classe ces terres (2 469 ha de surfaces agricoles, 1 646 ha de forêts) en « zone de protection » (ZPNAF pour les initiés), les rendant inconstructibles. Pour favoriser leur développement, l’aménageur public mise notamment sur les circuits courts, l’économie circulaire. « Il s’agit d’un plateau très céréalier, indique Sybille Parant, chef de projet Agriculture. Mais avec de plus en plus de maraîchage, d’élevage. » La diversification fait partie du programme d’action de la ZPNAF. Un axe qui requiert plus de main-d’œuvre sur l’exploitation. D’où le projet que mène l’EPA sur le logement de salariés agricoles. Une démarche participative est aussi engagée. Exemple, des panneaux sont en cours de déploiement dans la quinzaine de fermes du secteur, pour les rendre plus visibles. La plateforme internet mangerlocal-paris-saclay.fr, créée il y a deux ans, recense 21 producteurs, 25 points de vente.
Développement de la vente directe
La Ferme de Viltain, à Jouy-en-Josas, est emblématique de la vente directe sur le Plateau de Saclay. Lancée dès ses débuts dans la fabrication de yaourt en 1954, l’exploitation s’est diversifiée dans la cueillette à la ferme de fruits et légumes lors des années quatre-vingt. Son troupeau compte 350 vaches laitières, soit une production de quelque 4 Ml de lait dont 1,3 M sont transformés sur place. En plus de tenir un magasin de produits fermiers, la Ferme de Viltain commercialise ses laitages auprès de la restauration collective et d’entreprise, dans la grande distribution. Elle vient de remporter un appel d’offres pour approvisionner les cantines des lycées d’Ile-de-France. C’est un des nombreux exemples de circuits courts dans la ZPNAF. « 7 % des surfaces sont orientées vers la consommation locale, plus 7 % qui ont un débouché en Ile-de-France : ça fait 14 % des terres agricoles consacrées à l’alimentation de proximité », calcule Dorian Speek, coordinateur général de Terre et Cité, association voulue comme un espace d’échanges entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire.
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L’économie circulaire est aussi un pilier de la stratégie de l’EPA Paris-Saclay. À la ferme de la Martinière, le céréalier Emmanuel Laureau mène depuis 2021 avec l’aménageur public une expérimentation sur l’urine humaine comme alternative aux engrais chimiques. « Les premiers essais avec l’Inrae et la chambre d’agriculture d’Ile-de-France sont très concluants, affirme-t-il. Fertilisé avec de l’urine humaine, le blé garde un rendement équivalent à la normale. Son taux de protéine reste correct. » L’urine est collectée dans un immeuble de bureau au sein du cluster. Elle est utilisée sur 1 ha de la ferme. Mais l’EPA voit plus loin et projette un épandage sur 170 ha à l’horizon 2035. Une étude préalable vise à garantir l’acceptabilité du fertilisant, en mesurant l’accumulation de résidus médicamenteux dans le sol.
Paris-Saclay se veut également « précurseur dans la sobriété foncière ». Au fondement de la stratégie d’aménagement du pôle d’innovation, il y a l’attention portée à la géographie du plateau, faite d’étendue agricole, de vallons et coteaux boisés. L’idée est d’assurer une cohabitation harmonieuse entre la ville et la campagne. Une lisière est ainsi aménagée. Au-delà de sa dimension esthétique, c’est un lieu d’expérimentation agricole pour les écoles et centre de recherche du campus. L’Inrae AgroParisTech y diversifie ses activités, d’abord orientées sur les grandes cultures. « En étendant notre recherche au maraîchage, on contribue à relocaliser cette production », déclare l’ingénieur Cyril Girardin.