Création d’une agence européenne des indications géographiques, renforcement des règles d’utilisation des dénominations sur les étiquettes des produits industriels, outils de régulation pour les produits de qualité. Telles sont les principales demandes des producteurs italiens de parmesan et de jambon de Parme qui veulent pouvoir se défendre plus vigoureusement en Europe et dans le monde, notamment face à la contrefaçon. A l’occasion de la consultation sur la qualité des produits agricoles (livre vert) que doit lancer la Commission européenne, à partir du 15 octobre et jusqu’au 31 décembre prochain, la Communauté prendra la décision d’approfondir le mécanisme des appellations géographiques, espèrent-ils, plutôt que de l’assouplir faute de moyens humains et financiers.
«Si nous voulons défendre les indications géographiques, nous savons qu’il va nous falloir des arguments ». Les producteurs de jambon de Parme et de parmesan se réjouissent que la Commission européenne ait le « courage » de lancer un vaste débat sur la qualité, le 15 octobre prochain, avec la présentation de son livre vert sur ce sujet. Ils n’attendent pas moins cette consultation avec une certaine anxiété. Et craignent que l’exécutif communautaire, submergé par les demandes d’enregistrement de nouvelles appellations, chaque jour plus nombreuses, n’ait la tentation d’assouplir le système et de se défausser en grande partie sur les Etats membres de l’UE. Les indications géographiques seraient alors « victimes de leur succès », redoute Federico Desimoni, le directeur juridique du consortium qui gère l’appellation jambon de Parme. Il préfère écarter ce « scénario du pire ». Au contraire, les futures décisions politiques « doivent renforcer la protection des consommateurs », défend Guiseppe Alai, le président de l’association des producteurs européens de parmesan.
Une agence pour les IGP
Côte à côte avec son homologue Stefano Tedschi, président du consortium des fabricants de jambon de Parme, M. Alai promeut l’idée d’une agence européenne pour les indications géographiques. Celle-ci permettrait d’améliorer la gestion des appellations, de sensibiliser davantage les consommateurs et d’envoyer un signe fort aux pays non européens sur la volonté de la Communauté de continuer à défendre ce système, expliquent en substance les deux présidents. L’agence offrirait, aussi, la possibilité d’accélérer les procédures d’enregistrement de nouvelles indications ou de modification des dénominations existantes, d’uniformiser l’approche règlementaire dans les différents Etats membres, de moderniser les règles de commercialisation et de clarifier la politique de l’Union.
A l’issue du débat sur la qualité qui sera lancé par le livre vert de la Commission, les producteurs de produits sous appellation des environs de Parme espèrent obtenir un renforcement du lien entre le fromage ou le jambon qu’ils fabriquent et leur terroir au cœur de la « food valley » italienne. Selon eux, les pouvoirs publics devraient imposer que l’emballage des produits soit systématiquement réalisé dans l’aire géographique de l’appellation. Et que les organisations de producteurs qui gèrent ces indications voient leurs compétences reconnues au niveau communautaire et accrues.
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Gérer les volumes
Alors que le nombre de site de production de jambon de Parme ne cesse de se réduire et que les artisans fromagers de la région sont en crise, Stefano Tedschi et Guiseppe Alai plaident pour l’instauration de mécanismes de gestion des volumes de production, confiés aux professionnels. Ce type d’outil permettrait de « rééquilibrer le marché d’une façon plus équitable » entre les producteurs et la grande distribution, fait remarquer Stefano Tedschi. Aujourd’hui, les grandes surfaces « imposent leur vue sur la qualité », déplore Leo Bertozzi, directeur du groupement des producteurs de Parmigiano Reggiano. Les enseignes, avec leurs systèmes de filière qualité, « polluent le marché (…) chaque semaine, les supermarchés créent de nouvelles choses », et ce, « sans garantie de l’Etat», met-il en garde. Pour que les consommateurs ne se perdent pas dans le labyrinthe des signes de qualité, les indications géographiques offrent un cadre basé sur l’histoire de produits de qualité qui ont obtenu l’imprimatur des pouvoirs publics, fait-il remarquer.
Enfin, un vaste ménage est nécessaire dans les linéaires des supermarchés, font remarquer les professionnels. « Il est frustrant pour les producteurs qui font énormément d’efforts, de voir des produits industriels utiliser leur notoriété sans limite ni contrôle ». A l’instar de l’opération organisée en coopération avec la chaine de restauration rapide Mc Donald, les fabricants d’appellations veulent pouvoir négocier avec les industriels les conditions d’utilisation de leurs dénominations. Et, surtout, s’assurer que lorsque l’étiquette d’un produit de grande consommation se targue d’offrir du jambon de Parme ou du parmesan, les consommateurs en aient pour son argent.