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Légumes « Partout en Europe, il y a beaucoup de carottes »

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Rien ne va plus dans la production de carottes, on en entend peu parler mais aujourd'hui elle est en crise. Le président de l'AOP carottes de France, Vincent Schieber, insiste sur la problématique de l'exportation.

Quels sont les problèmes que rencontre la production de carottes ?

Vincent Schieber : Les problèmes se situent surtout au niveau de l'exportation : nous n'avons pas de débouchés de nos produits, même en Europe. De plus, on est confrontés à des importations encore nombreuses venant d'Espagne. Eux aussi ont des difficultés d'exportation et se retrouvent avec des productions importantes qu'ils n'ont pas réussi à écouler pendant notre temps d'arrêt. En effet, en production française, on a toujours un temps d'arrêt entre la diminution de la production d'hiver sur les mois de mars-avril et l'arrivée de carottes primeurs en avril et mai. Nous sommes dans une situation où partout en Europe il y a beaucoup de carottes. Les marchés s'écoulent mal, il ne nous reste plus que le marché national bien en deçà des volumes prévus car, quand on a emblavé, on avait prévu un pourcentage important de carottes pour l'exportation.

Quelles sont les conséquences sur les prix ?

Le marché est saturé et il y a une tension des prix très forte. Les opérateurs ont tendance à entraîner une baisse des prix. Le souci c'est que nous sommes en début de saison et c'est la fixation d'un prix qui va être initiateur de la tenue du marché pour le reste de la campagne. Donc, si on démarre à des prix bas, on va fatalement aller vers une mauvaise saison à la fois en termes de prix et de volume.

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Il y a énormément de problèmes de compétitivité au niveau de la carotte française. On est attaqués de toute part par les importations, aussi bien par les carottes d'Espagne que de Belgique. Aujourd'hui c'est très compliqué pour nous d'y faire face tout en maintenant des prix pour les opérateurs. On est confrontés à un dilemme : soit accepter des importations importantes et conserver une petite partie de notre clientèle à haute valeur ajoutée mais fatalement nos chiffres d'affaires seront à la baisse, soit au contraire s'engager dans une guerre des prix pour repousser les carottes étrangères et on vendra un peu plus mais là aussi on aura des chiffres d'affaires à la baisse.

Vous êtes intervenus auprès d'Interfel (l'interprofession des fruits et légumes frais), pourquoi ?

Nous voulons mettre en avant la qualité française et rappeler aux opérateurs que la préférence nationale peut nous faire du bien, juste sur cette campagne-ci. À certains moments, on peut accepter la libre-concurrence mais avec des prix aussi bas ce n'est pas possible. Les producteurs ne peuvent pas subir la double peine : des prix bas et qu'on ne vende pas. On demande vraiment aux acheteurs de jouer, à prix égal, la préférence nationale parce qu'au moins cela permettra aux producteurs français de sortir leurs marchandises. C'est un cri d'alarme, on sait qu'on va vivre une campagne très difficile ! C'est la loi du marché mais nous voulons que les distributeurs français et l'ensemble de la filière jouent vraiment la préférence nationale !