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Élevage Pas d’année « blanche » pour les éleveurs, mais un examen au cas par cas

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Bovins, porcs, volailles… tous les éleveurs sont concernés par cet engagement des banques à favoriser le maintien des exploitations. « Tous les outils possibles » sont à envisager, selon Bruno Le Maire et Christine Lagarde, qui ont rencontré le 7 mars les 5 plus grandes banques françaises, en réponse à la demande de Nicolas Sarkozy, du 19 février, au Salon de l’agriculture.

«Il n’y aura pas d’année blanche au sens d’un report d’annuité uniforme […] pour tout le monde. La bonne solution, c’est de regarder au cas par cas les exploitations qui sont les plus en difficulté », s’est exclamé Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse, le 7 mars. Telle est la conclusion d’une réunion, le même jour, entre les 5 plus grandes banques françaises dont le Crédit agricole, avec Christine Lagarde, Bruno Le Maire, Gérard Rameix, médiateur national de crédit et Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France. Ainsi, selon Christine Lagarde, « les banques ont pris l’engagement vis-à-vis de nous [Christine Lagarde et Bruno Le Maire, ndlr] et vis-à-vis de leurs clients » d’envisager tous les outils possibles pour aider les éleveurs. « Elles peuvent jouer sur le temps, le taux, les volumes, le rééchelonnement… », a-t-elle suggéré. Bruno Le Maire a longuement insisté sur le fait que les « banques ont leur rôle à jouer » dans la crise que traverse actuellement l’élevage, du fait de la flambée des prix des céréales.

Accompagner les éleveurs auprès des banques
En parallèle, selon le communiqué de presse du ministère de l’Agriculture, « les ministres ont décidé de renforcer la mobilisation de la Médiation du crédit au service des agriculteurs. La Médiation du crédit intervient à leur demande auprès de toutes les entreprises qui se voient refuser une demande de financement de la part de leur établissement bancaire. » Près de 900 exploitants agricoles ont saisi la médiation en deux ans avec un taux de succès proche de 54%, contre 63% pour les autres secteurs, souligne Christine Lagarde. Elle reconnaît indirectement que ce système est peu utilisé en milieu agricole. « Pour faciliter l’accès d’un plus grand nombre d’agriculteurs à la médiation, les médiateurs départementaux et les directions départementales des territoires désigneront, en fonction des enjeux locaux, des correspondants “financement” qui auront pour mission d’alerter les acteurs publics locaux sur les difficultés rencontrées par le monde agricole et d’accompagner les exploitants dans leur démarche auprès de la médiation », relève le communiqué de presse. Un rapport sur la mise en œuvre de cette mission a été demandé à Gérard Rameix pour fin juin.

Conflit d’intérêt entre éleveurs et créanciers
La médiation du crédit traduit une difficulté pour les éleveurs à se faire entendre. Cela se retrouve notamment en élevage porcin. Ainsi, la Direction régionale de l’agriculture et de la forêt (Draaf) de Bretagne a du mal à détecter les éleveurs en difficulté financière afin de les aider à participer au plan d’accompagnement social (audit volontaire de l’exploitation et tour de table des créanciers). Difficulté si importante que la Draaf en arrive à changer de tactique de détection. Elle ne passe plus par les groupements de producteurs, mais par les fichiers Agridiff. Cette difficulté se retrouve également dans l’élaboration en cours du plan national de cessation d’activité. Pour Pierre Brosseau, responsable de la commission nationale porc de la Confédération paysanne, « les créanciers ne veulent pas de médiateurs car l’objectif est de faire disparaître les éleveurs tout en conservant les autorisations d’exploiter en liens avec les plans d’épandages », soit obtenir une restructuration tout en maintenant la production. Pierre Brosseau explique qu’ainsi certaines organisations de producteurs attendent que la situation de l’éleveur soit vraiment critique afin qu’un autre éleveur rachète l’exploitation au plus bas prix et récupère ces autorisations d’exploitation.

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